Un couple de croque-morts remettait de fausses cendres en béton aux familles depuis quatre ans
Pendant quatre ans, Jon et Carie Hallford ont encaissé les frais funéraires de centaines de familles endeuillées. Incinérations, enterrements écologiques… tout était prévu sur le papier. Sauf que rien n’a jamais été fait. Les corps s’entassaient dans un bâtiment, et les proches repartaient avec des urnes remplies de béton sec. Le couple vient d’être condamné à de lourdes peines de prison.

Une odeur insoutenable dans une petite ville du Colorado
Tout commence en octobre 2023 à Penrose, une petite localité du Colorado. Les habitants se plaignent depuis des semaines d’odeurs nauséabondes qui flottent dans le quartier. Pas un problème d’égout, pas une décharge sauvage. Quelque chose de bien plus sinistre.
Quand les policiers remontent la piste, elle les mène directement au local de Return of Nature, le funérarium « écologique » tenu par Jon et Carie Hallford. Ce qu’ils trouvent à l’intérieur dépasse tout ce qu’ils imaginaient : 189 corps en décomposition, entassés dans un bâtiment à température ambiante. Les portes avaient été soigneusement calfeutrées pour contenir les odeurs le plus longtemps possible.
Selon l’Associated Press, les pratiques funéraires écologiques sont légales au Colorado. Mais à une condition stricte : les dépouilles doivent être enterrées sous 24 heures ou correctement réfrigérées. Ici, aucune de ces deux conditions n’était remplie. Les corps étaient simplement abandonnés là, livrés aux insectes. L’identification de certains cadavres a pris plusieurs mois, tant la décomposition était avancée.

Du béton sec dans les urnes
Le pire, c’est le culot du stratagème. Chaque famille payait 1 895 dollars — soit environ 1 600 euros — pour une crémation ou un enterrement écologique. En échange, le couple remettait une urne contenant ce que les proches croyaient être les cendres de leur défunt. En réalité, il s’agissait de béton sec, broyé pour imiter la texture de cendres humaines.
Pendant quatre ans, l’arnaque a fonctionné sans que personne ne soupçonne rien. Les Hallford ont ainsi empoché plus de 130 000 dollars — près de 125 000 euros — uniquement grâce à cette escroquerie funéraire. Un business macabre qui leur aurait permis de s’offrir des voitures de luxe et d’investir massivement dans les cryptomonnaies, d’après les éléments du dossier.
Des centaines de familles ont donc fait leur deuil autour d’une urne remplie de gravats. Certaines ont dispersé ces « cendres » dans des lieux symboliques, organisé des cérémonies, gardé l’urne sur la cheminée. Tout ça pour du béton. Mais ce n’est pas la seule source de revenus douteuse du couple.
900 000 dollars d’aides Covid détournées
L’affaire des fausses cendres n’est en réalité que la partie émergée de l’iceberg. Avant même la découverte des corps, Jon Hallford avait déjà été condamné à 20 ans de prison pour fraude fédérale. D’après le New York Post, l’homme aurait perçu près de 900 000 dollars d’aides destinées aux petites entreprises pendant la pandémie de Covid-19.
Presque un million de dollars en aides publiques, détournés par un individu qui stockait des cadavres dans son arrière-boutique. L’arnaque aux aides Covid est loin d’être un cas isolé aux États-Unis — des milliards de dollars ont été frauduleusement réclamés pendant la pandémie. Mais rares sont les cas où les fraudes financières se doublent d’un scandale aussi macabre.
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Le profil de Jon Hallford dessine celui d’un escroc en série, capable d’exploiter n’importe quelle situation — y compris le deuil et une crise sanitaire mondiale — pour s’enrichir. Sa femme, elle, raconte une tout autre version des faits.
« Un enchevêtrement de mensonges et d’abus »
Ce vendredi, Carie Hallford s’est présentée devant le tribunal du Colorado en larmes. Elle a présenté ses excuses aux familles, les yeux rougis, la voix tremblante. Selon ses propres mots, elle avait « perdu le sens des réalités » au fil des années, piégée dans ce qu’elle décrit comme « un enchevêtrement complexe de mensonges, de tromperies et d’abus ».
Elle a également affirmé avoir été victime de violences conjugales de la part de Jon Hallford. Une ligne de défense que le juge a partiellement entendue. Car si les familles des victimes réclamaient la peine maximale de 35 ans, le magistrat a finalement condamné Carie à 30 ans de prison.
Pour le juge, c’est bien Jon Hallford qui est le cerveau de l’opération. L’homme avait déjà écopé de 40 ans de prison il y a deux mois pour abus de cadavres. Au total, entre la fraude fédérale et le scandale du funérarium, Jon Hallford cumule désormais 60 ans de condamnations. Il passera très probablement le reste de sa vie derrière les barreaux.
189 familles face à l’impensable
Reste la question la plus douloureuse : qu’advient-il des 189 familles ? Certaines ont récupéré les restes de leurs proches après identification. D’autres n’ont jamais pu le faire, la décomposition ayant rendu tout examen impossible.
Pour ces familles, le deuil a été vécu deux fois. Une première fois à la perte de leur proche. Une seconde en découvrant que les cendres qu’elles avaient précieusement conservées n’étaient que du béton. Que le corps de la personne aimée avait été abandonné dans un entrepôt, sans soin, sans respect, sans sépulture.
L’affaire Return of Nature est l’un des plus grands scandales funéraires de l’histoire récente des États-Unis. Elle pose aussi une question vertigineuse : comment un funérarium a-t-il pu fonctionner quatre ans sans qu’aucun contrôle ne détecte l’arnaque ? Au Colorado, les inspections des établissements funéraires restent rares et peu encadrées. Un vide réglementaire que Jon et Carie Hallford ont exploité jusqu’au bout — jusqu’à ce que l’odeur les trahisse.