Un pédiatre inculpé pour 130 viols sur mineurs commis en 12 ans

Un médecin censé soigner des enfants. Des consultations qui auraient servi de piège pendant douze ans. Le 13 mai, la justice allemande a inculpé un pédiatre de 45 ans pour 130 faits de violences sexuelles sur mineurs dans la région du Brandebourg. L’affaire, d’une ampleur rare, rappelle les pires scandales médicaux européens. Voici ce que l’on sait du dossier — et le détail qui a tout fait basculer.
130 chefs d’accusation dans deux hôpitaux près de Berlin
Le parquet de Potsdam a confirmé l’inculpation mercredi. Les faits reprochés couvrent une période allant de 2013 à novembre 2025. Parmi les charges : agressions sexuelles aggravées sur mineurs et viols. Le nombre exact de victimes n’a pas été communiqué, mais les enquêteurs parlent de dizaines d’enfants.
Le praticien exerçait au sein du groupe hospitalier Havelland Kliniken, dans deux établissements situés à Nauen et Rathenow, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Berlin. Selon le parquet, la grande majorité des agressions auraient eu lieu « dans le cadre de l’exercice de son activité professionnelle ». En clair, la blouse blanche servait de couverture. Des enfants venus pour une consultation ou une hospitalisation auraient été victimes de celui qui était supposé les protéger. Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres cas de non-assistance qui interrogent sur les failles du système.
Mais comment un tel engrenage a-t-il pu durer plus d’une décennie sans être détecté ?
L’alerte d’une mère a mis fin à 12 ans de silence
C’est une mère de famille qui a brisé l’omerta. En novembre 2025, elle signale aux autorités un cas présumé de violences sexuelles impliquant le pédiatre. L’homme est arrêté dans la foulée et placé en détention provisoire. Inculpé le 6 mai dernier, il attend désormais que le tribunal régional de Potsdam fixe la date d’ouverture de son procès.
Son identité n’a pas été révélée publiquement — conformément au droit allemand. Mais la presse locale suit l’affaire de près. Le quotidien régional a détaillé les conditions de son interpellation. L’enquête a permis de remonter le fil des consultations, des hospitalisations, et de croiser les témoignages. Résultat : 130 faits retenus par le parquet. Un chiffre qui pourrait encore évoluer à mesure que d’anciennes familles se manifestent. L’affaire rappelle à quel point le silence peut peser sur les victimes, parfois pendant des décennies.
Ce dossier résonne douloureusement avec un précédent français tout aussi glaçant.

Le spectre de l’affaire Le Scouarnec plane sur ce dossier
Les faits divers impliquant des mineurs provoquent toujours un électrochoc. En France, le chirurgien Joël Le Scouarnec avait été arrêté en 2017 après avoir commis des viols et agressions sexuelles sur près de 300 personnes entre 1989 et 2014. Plus de 250 victimes étaient âgées de moins de 15 ans. L’an dernier, il a été condamné à la peine maximale : 20 ans de réclusion.
Les parallèles entre les deux affaires sont troublants. Un professionnel de santé. Un accès direct aux enfants. Une confiance institutionnelle exploitée comme arme. Et des années d’impunité rendues possibles par l’autorité du statut médical. Dans le Brandebourg comme en Charente-Maritime, c’est la parole d’un parent qui a déclenché l’enquête. Sans ce courage, le pédiatre allemand exercerait peut-être encore aujourd’hui.
Le tribunal de Potsdam n’a pas encore fixé de date de procès. Les semaines à venir diront si d’autres victimes se font connaître — et si le bilan, déjà accablant, s’alourdit encore.
130 chefs d’accusation, 12 ans d’agressions, et une seule mère qui a osé parler. Cette affaire pose une question brutale : combien de signaux d’alerte ont été ignorés avant qu’une voix ne brise le mur du silence ? Si un proche vous a déjà confié ce genre de souffrance, vous savez à quel point chaque mot compte.