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Rennes : libéré après 20 ans, un violeur relogé près de sa victime

Publié par Cassandre le 13 Mai 2026 à 15:16
Lettre officielle de justice posée sur une table en bois

Un courrier de la justice, quelques lignes administratives, et la vie de Karine Jambu bascule à nouveau. L’homme condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour l’avoir violée quand elle était enfant sort de prison le 12 mai 2026. Pire : il va s’installer à Rennes, à deux pas de son lieu de travail. Derrière cette décision se cache un mécanisme juridique méconnu que la famille veut abolir.

Confusion des peines : pourquoi Roland Blaudy sort 12 ans plus tôt que prévu

En 2018, la cour d’assises condamne Roland Blaudy à 30 ans de réclusion assortis de 20 années de période de sûreté. Karine était certaine de ne pas revoir son agresseur avant 2038. Mais le droit pénal lui a réservé un calcul glaçant.

Blaudy purgeait déjà une peine depuis 2005 pour une autre affaire de viol. La justice a estimé que les 20 ans de sûreté couraient depuis cette première incarcération. C’est le principe de la confusion des peines : quand plusieurs condamnations se chevauchent, elles ne s’additionnent pas systématiquement. Résultat, l’horloge a tourné pendant que Karine, elle, tentait de se reconstruire.

Ce mécanisme, conçu pour éviter des détentions disproportionnées, n’a jamais été pensé pour les crimes sexuels sur mineurs. Du moins, c’est ce que défend Laurence Brunet-Jambu, mère adoptive de Karine, qui réclame une réforme urgente auprès du ministre de la Justice. La lettre est partie. La réponse, elle, se fait toujours attendre.

« C’est moi qui vais être en prison » : le quotidien impossible de Karine à Rennes

Quand Karine lit la lettre de la juge, elle décrit un effondrement. « Une personne qui ne sait pas se reconstruire comme moi peut se suicider, clairement. On lit la lettre, on se fout en l’air. » Des mots crus, sans filtre, qui disent l’ampleur du choc.

Mais le traumatisme ne s’arrête pas à la libération. Le procureur de la République de Caen, Joël Jarrigue, a confirmé que la seule adresse obtenue pour héberger Blaudy sous surveillance électronique était celle de son frère, domicilié à Rennes. La proximité avec le lieu de travail de Karine ? Un dommage collatéral assumé. Le magistrat invoque la nécessité de mettre en place des mesures de soins et un suivi GPS.

Karine résume sa situation d’une phrase terrible : « C’est moi qui vais devoir réfléchir si je peux sortir ou pas, par crainte de le voir. » La victime devient prisonnière, l’agresseur retrouve la rue. On a vu des sorties de prison déboucher sur des drames bien plus vite que prévu. Ici, le risque pèse chaque jour sur les épaules d’une seule femme.

Façade d'un tribunal français vue depuis la rue

Crimes sur mineurs et confusion des peines : un vide juridique dénoncé jusqu’au ministère

La protection des mineurs face au système pénal reste un terrain miné. Laurence Brunet-Jambu ne mâche pas ses mots : « La confusion des peines, ça ne doit pas exister pour les crimes d’enfants. Ni pour les violences conjugales. Ni pour les gros criminels. Il faut que ça s’arrête. » Son combat dépasse le cas de sa fille.

Aujourd’hui, aucune disposition légale n’exclut les criminels sexuels récidivistes du bénéfice de la confusion des peines. Ce flou laisse des juges appliquer mécaniquement un calcul arithmétique à des affaires où la récidive est statistiquement élevée. Les associations de victimes réclament depuis des années une exception pénale pour les viols sur mineurs.

Karine et Laurence ont écrit au ministère de la Justice. Silence radio. Sur les réseaux, le reportage diffusé par France 3 Bretagne a provoqué une vague d’indignation. Mais l’indignation ne modifie pas le Code pénal. Tant que la loi reste muette, d’autres victimes pourraient recevoir la même lettre glaciale dans leur boîte aux lettres.

Une femme violée enfant, un agresseur libre à 500 mètres de son bureau, et un système judiciaire qui hausse les épaules : voilà le résumé d’une faille que personne n’a voulu colmater. Si demain la confusion des peines devait être réformée, ce serait grâce à des voix comme celle de Karine. La question, c’est : combien de témoignages faudra-t-il encore avant qu’un législateur bouge ?

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