La NASA n’a jamais ajouté de 13e signe du zodiaque : pourquoi le Serpentaire affole les réseaux pour rien
Sur TikTok et Instagram, des posts viraux affirment que la NASA aurait découvert un 13e signe du zodiaque, le Serpentaire, et que tout votre thème astral serait à jeter à la poubelle. Résultat : des millions de Sagittaire paniqués, des Scorpion en crise existentielle, et une confusion monstre entre astronomie et astrologie. La réalité est bien plus nuancée — et votre signe n’a probablement pas bougé d’un millimètre.
D’où sort cette histoire de Serpentaire ?

Tout remonte à 2016. La NASA publie sur son site pédagogique un article destiné aux enfants. Le sujet est simple : rappeler que le Soleil, vu depuis la Terre, traverse non pas douze mais treize constellations au cours de l’année. Parmi elles, Ophiuchus — le Serpentaire en français —, coincée entre le Scorpion et le Sagittaire.
Ophiuchus n’est pas une découverte récente. Cette constellation a été officiellement délimitée par l’Union astronomique internationale en 1930. Le Soleil la traverse approximativement du 29 novembre au 18 décembre. Son nom latin désigne la figure d’Asclépios, le dieu médecin grec, représenté tenant un serpent enroulé autour d’un bâton — l’image qui a inspiré le caducée qu’on retrouve sur les pharmacies.
Petite parenthèse pour les amoureux de nature : le « serpentaire » est aussi le nom d’un grand rapace africain, Sagittarius serpentarius, un oiseau spectaculaire qui écrase les serpents à coups de pattes. Mais lui n’a strictement rien à voir avec votre thème astral. Les réseaux sociaux, eux, n’ont pas fait la distinction et ont transformé un rappel d’astronomie en théorie virale.
Ce que la NASA a vraiment dit (et surtout ce qu’elle n’a pas dit)
Face à l’emballement, la NASA a dû publier une mise au point assez inhabituelle pour une agence spatiale. En substance : « Nous faisons de l’astronomie, pas des horoscopes. Nous n’avons changé aucun signe du zodiaque. » Le message était clair, mais il est arrivé trop tard pour stopper la machine à rumeurs.
Le malentendu tient en une phrase : les astronomes et les astrologues ne parlent pas du même zodiaque. Les premiers décrivent des constellations — des regroupements d’étoiles visibles depuis la Terre, aux tailles très variables. Certaines sont immenses, d’autres minuscules. Elles n’ont aucune raison de faire douze parts égales dans le ciel. La constellation du Scorpion, par exemple, est traversée par le Soleil en à peine six jours, là où la Vierge occupe 45 jours du calendrier.
Les astrologues occidentaux, eux, travaillent avec un tout autre outil. Et c’est là que la confusion s’effondre — à condition de comprendre comment fonctionne ce fameux cercle des douze signes.
Zodiaque tropical contre constellations : deux systèmes que tout oppose

L’astrologie occidentale utilise le zodiaque tropical. C’est un cercle parfait de 360 degrés, découpé en douze secteurs strictement égaux de 30 degrés chacun. Son point de départ n’est pas une étoile : c’est l’équinoxe de printemps, le moment où le jour et la nuit font la même durée. Ce repère est fixe, lié aux saisons, pas aux étoiles qui bougent très lentement dans le ciel au fil des millénaires.
Chaque signe résume une « ambiance saisonnière » et s’inscrit dans une architecture très précise : quatre éléments (Feu, Terre, Air, Eau) multipliés par trois modes (Cardinal, Fixe, Mutable). Quatre fois trois, ça fait douze. Pas treize. Les Babyloniens, puis les Grecs, ont sélectionné douze constellations parmi d’autres pour raconter une histoire cohérente et symbolique — pas pour coller au découpage réel du ciel.
Si l’on ajoutait Ophiuchus, toute cette structure mathématique s’effondrerait. Il faudrait inventer un cinquième élément ou un quatrième mode. Autant dire qu’on réécrirait des milliers d’années de tradition astrologique. C’est un peu comme si on décidait d’ajouter une treizième note à la gamme chromatique : techniquement possible, mais ça change absolument tout. Les astrologues qui suivent les transits planétaires actuels n’ont donc aucune raison d’intégrer ce signe.
Et les Scorpion nés fin novembre, ils deviennent quoi ?
C’est la question qui revient le plus souvent. Si vous êtes né entre le 29 novembre et le 18 décembre, des posts vous ont peut-être annoncé que vous n’étiez plus Sagittaire mais Serpentaire. Respirez : dans le zodiaque tropical utilisé par l’immense majorité des astrologues occidentaux, rien n’a changé.
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Les Scorpion restent Scorpion, les Sagittaire restent Sagittaire. Votre signe solaire est calculé en fonction de la position du Soleil dans le zodiaque tropical, pas dans les constellations réelles. Que le Soleil traverse physiquement Ophiuchus en décembre ne change rien à l’affaire, tout comme le fait qu’il traverse aussi un bout de la constellation de la Baleine (Cetus) sans que personne ne propose d’en faire un signe.
Pour ceux qui s’intéressent à la personnalité liée à leur signe, c’est donc toujours le même référentiel qui s’applique. Mais alors, est-ce que quelqu’un, quelque part, utilise vraiment le Serpentaire ?
Les courants marginaux qui y croient (et pourquoi ils restent minoritaires)

Certains astrologues, très peu nombreux, proposent des zodiaques sidéraux à treize signes. Dans ces systèmes alternatifs, le Serpentaire couvrirait grosso modo du 29 novembre au 17 décembre. Ces courants existent, ils sont documentés, mais ils restent ultra-minoritaires face à l’astrologie occidentale classique.
L’astrologie sidérale « standard » (celle pratiquée notamment en Inde, appelée Jyotish) utilise elle aussi douze signes, pas treize. Elle se cale sur les constellations réelles plutôt que sur les saisons, ce qui crée un décalage d’environ 24 degrés avec le zodiaque tropical. Mais même dans ce système, Ophiuchus n’apparaît pas. Le treizième signe reste donc un objet de curiosité, pas une pratique établie.
Le phénomène qui alimente la rumeur porte un nom : la précession des équinoxes. L’axe de rotation de la Terre oscille lentement, comme une toupie, sur un cycle d’environ 26 000 ans. Cela signifie que les constellations visibles à l’équinoxe de printemps se décalent progressivement. Les phénomènes astronomiques et les signes astrologiques ne sont donc plus alignés depuis des siècles — et les astrologues occidentaux le savent très bien. C’est même pour cette raison qu’ils ont choisi un repère saisonnier plutôt que stellaire.
Pourquoi cette rumeur revient tous les deux ans comme un marronnier
Le cycle est devenu prévisible. Un compte viral déterre l’article de 2016 de la NASA, le présente comme une « annonce », et la panique se propage. Les Sagittaire de fin novembre paniquent, les médias relaient, les astrologues corrigent, tout le monde oublie… jusqu’à la prochaine fois.
Ce qui rend le sujet si viral, c’est qu’il touche à l’identité. Dire à quelqu’un que son signe a changé, c’est comme lui dire que son prénom est faux. La réaction émotionnelle est immédiate et massive. Les algorithmes des réseaux sociaux adorent ça : engagement, commentaires, partages, débats. Peu importe que l’info soit fausse — elle fait réagir.
En réalité, l’astrologie n’a jamais prétendu être une science exacte calée sur les étoiles au millimètre. C’est un système symbolique, construit par des humains il y a des millénaires, avec ses propres règles internes. Et dans ces règles, il y a douze signes. Point. Si vous êtes passionné par les phases lunaires ou les éclipses, ces événements sont calculés dans le même zodiaque tropical — sans Serpentaire.
Le Serpentaire, un faux problème mais une vraie question
Derrière la rumeur, il y a quand même une question intéressante : faut-il que l’astrologie évolue avec les connaissances astronomiques modernes ? Certains pensent que oui, que coller aux constellations réelles donnerait plus de crédibilité à la discipline. D’autres répondent que c’est comme demander à la poésie de respecter les règles de la physique quantique — ça n’a juste pas de sens.
Ce qui est sûr, c’est que la prochaine fois qu’un post TikTok vous annonce que vous n’êtes plus Balance mais Vierge, ou que la NASA a « tout changé », vous saurez quoi répondre. La NASA observe les étoiles. Les astrologues lisent un calendrier symbolique. Et votre signe reste exactement là où il a toujours été. Si vous voulez savoir ce que les astres vous réservent avec votre vrai signe, jetez plutôt un œil aux prévisions du mois — là au moins, le zodiaque n’a pas bougé.