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En Argentine, un agriculteur plante 7000 arbres pour dessiner une guitare géante visible depuis le ciel

Publié par Gabrielle Nourry le 19 Avr 2026 à 6:16

Dans la pampa argentine, une œuvre colossale se cache à la vue de tous. Invisible depuis le sol, elle ne révèle son secret qu’à ceux qui lèvent les yeux très, très haut. Un agriculteur a passé des années à planter près de 7 000 arbres pour dessiner une guitare d’un kilomètre de long. Et la raison derrière ce projet fou est une histoire d’amour qui dépasse l’imagination.

Un dessin né d’une promesse jamais oubliée

Vue aérienne de la guitare géante en arbres en Argentine

Pedro Martín Ureta est agriculteur dans la province de Córdoba, au centre de l’Argentine. Sa vie bascule quand sa femme, Graciela Yraizoz, disparaît à seulement 25 ans. Passionnée de musique, Graciela avait un jour esquissé un rêve : transformer leur propriété en une immense guitare visible depuis le ciel. Un dessin griffonné, une idée folle lancée comme ça, entre deux sourires.

Après sa mort, Pedro décide de donner vie à ce croquis. Pas un hommage discret, pas une plaque commémorative. Non. Un monument végétal de près d’un kilomètre de long et 350 mètres de large, planté arbre après arbre, année après année. Le genre de projet qu’on qualifierait de délirant si la motivation n’était pas aussi belle.

Ce qui frappe, c’est l’obstination. Pedro n’est ni artiste, ni paysagiste. C’est un homme de la terre qui a décidé que sa terre porterait la trace de celle qu’il aimait. Et il n’a rien lâché, même quand le projet semblait insurmontable. Mais encore fallait-il choisir les bons arbres pour que la guitare prenne forme vue du ciel.

Cyprès, eucalyptus : chaque essence a son rôle

Pedro Martín Ureta dans son champ de cyprès en Argentine

Planter 7 000 arbres au hasard ne suffit pas à dessiner quoi que ce soit. Pedro a dû penser comme un peintre, sauf que sa toile fait plusieurs hectares et que ses pinceaux sont des plants d’arbres. Pour le contour de la guitare et la rosace en forme d’étoile au centre, il a choisi des cyprès. Leur vert sombre et dense trace les lignes principales de l’instrument.

Pour les cordes, six rangées d’eucalyptus s’étirent sur toute la longueur. Leur ton bleuté crée un contraste saisissant avec le vert foncé des cyprès. Vu du ciel, l’effet est immédiat : on reconnaît une guitare classique, avec ses courbes, sa rosace et ses cordes. Le choix des essences n’est pas qu’esthétique — chaque arbre contribue à la lisibilité de l’œuvre à des centaines de mètres d’altitude.

En France aussi, les arbres plantés de manière stratégique racontent une histoire. Mais ici, l’échelle est tout autre. Pedro a créé ce que les spécialistes appellent du « land art » — une œuvre composée au cœur même de l’environnement naturel. Sauf que la plupart des artistes de land art travaillent avec des subventions et des équipes. Lui a fait ça seul, sur ses propres terres.

L’entretien, d’ailleurs, est un défi permanent. Les arbres poussent, certains meurent, d’autres dévient. Maintenir la forme de la guitare lisible au fil des saisons demande un travail colossal. Et pourtant, des décennies plus tard, l’œuvre tient toujours. Mais le plus vertigineux, c’est que Pedro lui-même n’a jamais vu sa création achevée depuis le ciel.

Une œuvre que son créateur n’a jamais vue d’en haut

C’est le détail qui serre le cœur. Pedro Martín Ureta, l’homme qui a passé des années à planter, tailler, remplacer et entretenir ces milliers d’arbres, n’a jamais pris l’avion. Il n’a jamais contemplé le résultat final de ses propres yeux. Il sait que la guitare existe parce que d’autres la voient — les pilotes, les satellites, les curieux sur Google Earth. Mais lui reste au sol, au milieu de ses arbres, sans pouvoir embrasser du regard ce qu’ils dessinent ensemble.

Cette information donne une dimension supplémentaire à l’histoire. Pedro n’a pas créé cette guitare pour lui. Il l’a créée pour Graciela, pour que quelque chose d’elle existe dans le paysage, visible depuis là-haut. On peut y voir un message adressé au ciel, littéralement. L’œuvre n’est pas faite pour être admirée par son auteur — elle est faite pour exister, point.

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Si vous êtes du genre à planter des arbres dans votre jardin, vous savez déjà que la patience est une vertu obligatoire. Mais imaginez cette patience multipliée par 7 000, étalée sur des années, sans jamais voir le tableau final. C’est exactement ce qu’a vécu Pedro. Et pourtant, le résultat a dépassé les frontières de l’Argentine.

Google Earth et la célébrité involontaire

Rosace en étoile au centre de la guitare végétale vue du ciel

La guitare végétale est restée longtemps un secret local. Les habitants de Córdoba connaissaient l’histoire, les pilotes de la région la repéraient en survolant la zone. Mais c’est l’arrivée de Google Earth qui a tout changé. Quand les images satellites ont rendu l’œuvre accessible à n’importe qui dans le monde, la guitare de Pedro est devenue virale.

Partagée sur les réseaux sociaux, relayée par des médias internationaux, photographiée par des drones, l’œuvre a touché des millions de personnes. Pas parce qu’elle est techniquement parfaite — un paysagiste professionnel aurait sans doute fait autrement. Mais parce que l’histoire derrière chaque arbre est bouleversante. On ne regarde pas une guitare faite de cyprès et d’eucalyptus. On regarde une déclaration d’amour de la taille d’un stade de foot.

L’œuvre est aujourd’hui considérée comme l’un des plus beaux exemples de land art involontaire au monde. « Involontaire » parce que Pedro n’a jamais voulu être artiste. Il voulait juste honorer un croquis que sa femme avait dessiné un jour, peut-être sans y croire vraiment. Parfois, les plus belles œuvres naissent comme ça — sans prétention, juste avec du cœur et beaucoup de pelles.

Un kilomètre d’amour planté dans la terre

Les chiffres donnent le vertige. Un kilomètre de long. 350 mètres de large. Près de 7 000 arbres. Plusieurs hectares de terrain agricole consacrés non pas à la production, mais à la mémoire. Dans un pays où l’agriculture est le pilier économique, Pedro a fait un choix qui va à contre-courant : utiliser sa terre non pas pour nourrir, mais pour raconter.

En France, le rapport aux arbres évolue aussi. La réglementation autour de l’élagage se durcit, et la Déclaration des Droits de l’Arbre de 2019 reconnaît désormais l’arbre comme « un être vivant ». Pedro, lui, n’a pas eu besoin d’un texte de loi pour le savoir. Chacun de ses 7 000 arbres porte un morceau de l’histoire de Graciela.

L’entretien de la guitare mobilise d’ailleurs plusieurs personnes aujourd’hui. Les enfants de Pedro participent au maintien de l’œuvre, perpétuant ainsi le geste de leur père. Comme quoi, certains héritages ne se transmettent pas en euros mais en racines. Si vous cherchez des idées pour aménager votre jardin, celle-ci est peut-être un peu ambitieuse. Mais l’intention, elle, est à la portée de tout le monde.

Au milieu de la pampa argentine, une guitare géante pousse en silence. Elle ne joue aucune note, mais elle raconte la plus belle des mélodies : celle d’un homme qui a transformé son chagrin en forêt et son amour en paysage. Et quelque part, entre les branches de cyprès et les feuilles d’eucalyptus, Graciela sourit.

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