Les moustiques piquent certaines personnes plus que d’autres : la science confirme et l’explication est surprenante
Tu connais forcément la scène. Barbecue d’été, six personnes autour de la table, et toi — uniquement toi — qui te retrouves avec les chevilles en feu pendant que les autres sirotent tranquillement leur rosé. Tu as tout essayé : la citronnelle, le ventilateur, les bracelets anti-moustiques. Rien n’y fait. Et quand tu te plains, on te répond toujours la même chose : « C’est parce que tu as le sang sucré. » Cette phrase, des millions de Français la répètent chaque été comme une évidence. Sauf que la science a creusé la question très sérieusement. Le verdict est net — et la vraie raison n’a rien à voir avec le sucre.

Le verdict : VRAI ✅ — mais pas pour les raisons que tu crois
Oui, les moustiques ont bel et bien des préférences. Ce n’est pas dans ta tête, ce n’est pas de la malchance. Des études entomologiques menées depuis les années 1990 le confirment : certains profils humains attirent objectivement plus de moustiques que d’autres. Un individu « attractif » peut recevoir jusqu’à 4 fois plus de piqûres que son voisin dans les mêmes conditions.
En revanche, l’explication du « sang sucré » est complètement fausse. Le taux de glucose dans ton sang n’a strictement aucun impact sur les moustiques. Ils ne détectent même pas le sucre. Ce qui les attire, c’est un cocktail chimique bien plus complexe — et tu ne peux quasiment rien y faire.
Le facteur numéro un, c’est le CO2. Chaque expiration que tu produis émet du dioxyde de carbone, et les moustiques femelles (seules à piquer, car elles ont besoin de protéines sanguines pour développer leurs œufs) possèdent des récepteurs capables de détecter ce gaz à plus de 50 mètres. Les personnes qui expirent davantage de CO2 — les grands gabarits, les femmes enceintes, les sportifs après l’effort — sont donc repérées en priorité. Mais le CO2 n’est que le GPS longue distance. À courte portée, ce sont d’autres signaux qui font la différence.
Ce que ta peau raconte aux moustiques (sans que tu le saches)
En 2011, une étude publiée dans PLOS ONE a démontré que les moustiques Aedes aegypti sont significativement plus attirés par les personnes de groupe sanguin O. Les porteurs du groupe O ont été piqués presque deux fois plus que ceux du groupe A. Le groupe B se situait entre les deux. Mieux encore : environ 80 % des humains sécrètent des marqueurs chimiques de leur groupe sanguin à travers leur peau. Les moustiques les détectent.

Mais le groupe sanguin n’est qu’une pièce du puzzle. En 2023, une recherche de l’université Rockefeller publiée dans Cell a identifié le vrai coupable : les acides carboxyliques présents sur ta peau. Ces composés, produits par les glandes sébacées et transformés par les bactéries cutanées, créent une signature olfactive unique. Certains profils bactériens produisent des niveaux d’acide carboxylique jusqu’à 100 fois supérieurs à d’autres.
Concrètement, si ta flore cutanée fabrique beaucoup de ces acides gras, tu es un aimant à moustiques — et ni la douche ni le parfum n’y changent quoi que ce soit. L’étude de Rockefeller a même montré que cette attractivité reste stable dans le temps : les personnes les plus ciblées le restaient pendant toute la durée de l’expérience, sur plusieurs années. C’est en grande partie génétique, comme le fait que le stress peut blanchir tes cheveux.
L’acide lactique, la sueur et la bière : les accélérateurs
Au-delà du profil génétique de base, certains comportements amplifient ton attractivité. L’acide lactique, libéré en grande quantité après un effort physique, agit comme un signal puissant pour les moustiques. Une étude du Journal of the American Mosquito Control Association a montré que les sujets venaient de faire du sport étaient piqués significativement plus souvent.
La chaleur corporelle joue aussi un rôle. Les moustiques possèdent des thermorécepteurs qui les guident vers les zones les plus chaudes du corps — c’est pourquoi ils ciblent souvent les chevilles et les pieds, zones très vascularisées et facilement accessibles. Tout ce qui augmente ta température (exercice, alcool, vêtements sombres qui absorbent la chaleur) te rend plus visible.
D’ailleurs, parlons de la bière. Une étude japonaise de 2002 parue dans le Journal of the American Mosquito Control Association a démontré qu’une seule canette de bière suffisait à augmenter l’attractivité d’un sujet. Les chercheurs pensaient que c’était dû à l’augmentation de la température cutanée ou de l’éthanol dans la sueur — mais les résultats n’ont pas permis de trancher le mécanisme exact. Ce qui est certain, c’est que l’effet est mesurable. Si tu bois au barbecue, prépare tes mollets.
Et contrairement à ce que beaucoup croient, les moustiques ne sont pas attirés par la lumière. Ça, c’est le comportement des papillons de nuit. Les moustiques, eux, se fient au CO2, aux odeurs corporelles et à la chaleur — pas aux lampes de ta terrasse. Comme quoi, les idées reçues ont la vie dure, un peu comme celle qui veut que le froid donne le rhume.
D’où vient le mythe du « sang sucré » ?
L’expression « sang sucré » ou « sang doux » remonte probablement à la médecine populaire du XIXe siècle, qui associait encore les humeurs et les saveurs du corps à la maladie. À l’époque, on pensait que certains sangs étaient « plus riches » ou « plus doux » et attiraient davantage les insectes — une logique intuitive mais totalement erronée.
Cette croyance a été renforcée par une coïncidence malheureuse. Les personnes diabétiques, dont le sang contient effectivement plus de glucose, ont longtemps rapporté se faire piquer davantage. Sauf que les études ont montré que ce n’est pas le sucre qui les rend attractives : c’est leur métabolisme altéré, qui modifie la composition de leur sueur et de leurs émissions de CO2. Le sucre est innocent — c’est tout le reste de la chimie corporelle qui est en cause.
L’autre raison de la persistance du mythe, c’est le biais de confirmation. Si tu es convaincu que les moustiques t’adorent, tu remarques chaque piqûre et tu oublies les moments où tu n’as pas été touché. Ton voisin qui se fait piquer une fois ne le mentionne même pas. Résultat : tu es sûr d’être une cible prioritaire — et tu as peut-être raison, mais pas à cause du sucre.
Le vrai coupable, c’est donc ton patrimoine génétique, ta flore bactérienne et les sens insoupçonnés des moustiques. Ils ne te choisissent pas au hasard. Ils te repèrent grâce à un système sensoriel affûté par des millions d’années d’évolution, capable de trier des centaines de signatures chimiques pour trouver le meilleur repas.
La prochaine fois qu’on te dit que tu as le « sang sucré », tu pourras corriger le tir : non, tu as juste la mauvaise combinaison d’acides gras sur la peau, le bon groupe sanguin pour les moustiques, et un microbiote cutané qui les fait saliver. Pas grand-chose à y faire — mais au moins, maintenant, tu sais pourquoi.