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Pourquoi les kiosques à journaux sont peints en vert : la réponse date de Haussmann

Publié par le 06 Avr 2026 à 16:02

Tu passes devant un kiosque à journaux plusieurs fois par semaine. Peut-être même tous les jours. Et pourtant, tu ne t’es probablement jamais demandé pourquoi il est vert. Ni pourquoi il a cette forme si particulière, avec son toit pointu et ses volets en accordéon. Ni pourquoi il est exactement là, sur ce trottoir, à cet angle précis. La réponse remonte à plus de 160 ans — et elle est bien plus réfléchie qu’il n’y paraît.

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Kiosque à journaux vert parisien sur un boulevard haussmannien

Une couleur choisie pour disparaître dans le décor

Le kiosque à journaux parisien tel qu’on le connaît naît officiellement en 1857, sous le Second Empire. Le préfet Haussmann est en train de transformer Paris de fond en comble : grands boulevards, immeubles uniformes, mobilier urbain coordonné. Tout doit s’harmoniser. Les kiosques sont donc peints en vert foncé — le même vert que les bancs, les colonnes Morris et les candélabres. Ce ton, qu’on appelle parfois vert olive ou vert parisien, est choisi pour fondre le mobilier urbain dans la végétation des arbres qui bordent les avenues.

L’idée n’est pas décorative au sens fantaisiste du terme. C’est une décision d’urbanisme : uniformiser sans écraser, habiller la rue sans la défigurer. La ville pensait déjà en termes de cohérence visuelle, bien avant que le mot « design » n’existe dans ce sens. Tu peux d’ailleurs retrouver cette logique dans d’autres détails parisiens que peu de gens remarquent au quotidien.

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La forme en champignon n’est pas un caprice d’architecte

Toit pointu en zinc d'un kiosque parisien traditionnel

Le kiosque dessiné par l’architecte Gabriel Davioud — le même qui concevra le mobilier urbain haussmannien — a une silhouette immédiatement reconnaissable : base hexagonale ou octogonale, toit en zinc pointu, auvent relevé. Cette forme n’est pas un caprice esthétique. Elle répond à des contraintes très concrètes.

D’abord, la structure octogonale maximise la surface d’exposition des journaux sur un emplacement réduit. Chaque face devient une vitrine. Ensuite, le toit débordant protège les publications de la pluie sans fermer visuellement le kiosque. Enfin, la forme arrondie facilite la circulation des passants sur les trottoirs étroits de l’époque. C’est un peu l’ancêtre du design user-centered, appliqué à un étal de presse du XIXe siècle. On construisait aussi des choses durables à l’époque — comme ces passionnés qui élèvent aujourd’hui un château fort en suivant les techniques médiévales.

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Ce que personne ne sait : le kiosque était d’abord une cabine de toilettes

Voilà le détail qui surprend tout le monde. Avant d’accueillir des journaux, les premiers kiosques installés à Paris dans les années 1840 étaient… des vespasiennes déguisées. Ces petites structures destinées aux besoins naturels étaient habillées d’un panneau d’affichage ou d’une devanture commerciale pour les rendre plus acceptables visuellement dans l’espace public.

C’est seulement avec la loi de 1857 autorisant la vente ambulante de presse que le kiosque trouve sa vocation définitive. Le modèle Davioud standardise alors la forme et l’installe durablement dans le paysage parisien. La transformation du mobilier public en France s’est souvent faite par ce type de glissements progressifs, presque invisibles.

Mobilier urbain parisien du Second Empire XIXe siècle
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Il existe aujourd’hui un autre vestige de cette époque que la quasi-totalité des Parisiens ignorent : la dernière cabine téléphonique encore fonctionnelle en France, qui témoigne elle aussi de la lenteur avec laquelle le mobilier urbain disparaît vraiment.

Et ailleurs dans le monde, ça ressemble à quoi ?

En Allemagne, les Zeitungskiosk sont des structures en verre et métal aux couleurs vives, souvent orange ou rouge, conçues pour être voyantes — l’exact opposé de la philosophie haussmannienne. En Grande-Bretagne, les news stalls sont des étals ouverts, presque des marchés de rue, sans structure fixe. Aux États-Unis, les kiosques fermés ressemblent davantage à des cabines de péage qu’à des boutiques.

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Le modèle français est une exception mondiale à double titre : d’abord parce qu’il intègre le kiosque comme mobilier d’État coordonné, ensuite parce qu’il a survécu presque intact pendant plus d’un siècle. Le kiosque parisien est classé comme élément du patrimoine urbain — il ne peut pas être modifié n’importe comment, même aujourd’hui.

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Un objet qui résiste à la disparition… de justesse

Kiosquier parisien le soir devant son kiosque vert

En 2010, Paris comptait encore plus de 400 kiosques. En 2024, il en reste environ 200, et ce chiffre continue de baisser. La presse papier recule, les exploitants vieillissent sans successeurs, et le modèle économique tient de plus en plus difficilement. La Ville de Paris a lancé plusieurs plans de sauvetage, notamment en autorisant les kiosquiers à vendre autre chose que de la presse — souvenirs, café, tickets de bus.

Certains kiosques se sont réinventés en points relais ou en boutiques de services. D’autres ferment définitivement. C’est le même paradoxe que le bistrot de village en France : un objet du quotidien si familier qu’on ne le remarque plus jusqu’au jour où il disparaît.

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La prochaine fois que tu passeras devant un kiosque vert, tu sauras que cette couleur a été choisie par un préfet il y a 160 ans pour que tu ne la remarques pas. Paradoxalement, c’est peut-être ce qui l’a rendue inoubliable.

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