Pourquoi les moustiques piquent certaines personnes et pas d’autres — la science a enfin tranché
C’est la scène que tu vis chaque été. Tu es à table en terrasse, les bras couverts de boutons, et la personne en face de toi — même distance, même heure, même repas — n’a pas une seule piqûre. Tu jures que les moustiques te « choisissent ». Et en fait… tu as raison. Ce n’est ni de la malchance, ni de la paranoïa. La science a identifié les raisons précises pour lesquelles environ 20 % de la population attire les moustiques bien plus que la moyenne. Et certaines de ces raisons, tu ne peux absolument rien y faire.
Un cocktail chimique que ta peau fabrique sans te demander ton avis
Premier fait à intégrer : les moustiques ne piquent pas au hasard. La femelle moustique — car seules les femelles piquent, elles ont besoin de protéines sanguines pour développer leurs œufs — possède jusqu’à 72 types de récepteurs olfactifs sur ses antennes. Elle « sent » littéralement ta peau à plus de 50 mètres de distance.

Ce qu’elle détecte, c’est d’abord le CO2 que tu expires. Plus tu en produis, plus tu es repérable. Les personnes de forte corpulence, les femmes enceintes (qui expirent environ 21 % de CO2 en plus) et les sportifs en plein effort sont donc des cibles prioritaires. Mais le CO2 ne fait que guider le moustique dans ta direction. La vraie sélection se joue à courte distance.
En 2023, une étude publiée dans Cell par des chercheurs de l’université Rockefeller à New York a identifié le facteur décisif : les acides carboxyliques présents sur ta peau. Ces molécules, produites par les glandes sébacées, forment un film gras invisible dont la composition varie énormément d’une personne à l’autre. Les participants dont la peau contenait des niveaux élevés d’acide pentadécanoïque et d’acide heptadécanoïque attiraient jusqu’à 100 fois plus de moustiques que les moins attractifs du groupe.
Le plus frustrant ? Cette signature chimique est en grande partie déterminée par ton patrimoine génétique. Des études sur des jumeaux menées à la London School of Hygiene & Tropical Medicine ont montré que les vrais jumeaux attiraient les moustiques de façon quasi identique, alors que les faux jumeaux présentaient des profils très différents. Autrement dit, si tu te fais dévorer, remercie tes parents. Mais le génétique n’explique pas tout.
Ton groupe sanguin entre en jeu — et un en particulier fait office d’aimant
Plusieurs études, dont une menée en 2004 par le Journal of Medical Entomology, ont montré que les personnes de groupe sanguin O se faisaient piquer environ 83 % plus souvent que celles de groupe sanguin A. Le groupe B se situe entre les deux. La raison exacte reste débattue, mais une hypothèse solide avance que les personnes de groupe O sécrètent davantage de certains marqueurs chimiques à travers leur peau, des saccharides détectables par les antennes du moustique.

Et ce n’est pas fini. Environ 85 % des humains sont des « sécréteurs » : leur peau émet des signaux chimiques liés à leur groupe sanguin. Les 15 % restants, dits « non-sécréteurs », n’émettent presque rien. Résultat : un sécréteur de groupe O est la combinaison la plus attractive qui existe pour un moustique. Si en plus cette personne vient de courir un 10 km et boit une bière fraîche en terrasse… c’est le buffet à volonté.
Tu te demandes peut-être ce que la bière vient faire là-dedans. Une étude japonaise de 2002 a montré qu’une seule canette de bière (350 ml) suffisait à augmenter significativement l’attractivité d’une personne pour les moustiques Anopheles gambiae. L’hypothèse ? L’alcool dilate les vaisseaux sanguins, augmente la température cutanée et modifie les composés volatils de la sueur. Trois signaux que la femelle moustique adore. Les amateurs de bière en terrasse l’été viennent de comprendre un truc.
Ce que ton microbiote cutané raconte aux moustiques sans que tu le saches
Ta peau héberge environ un écosystème bien plus complexe que ce que tu imagines : entre 200 et 600 espèces de bactéries différentes, selon les zones du corps. Ce microbiote cutané transforme les sécrétions de tes glandes sudoripares en un cocktail de composés organiques volatils. C’est lui qui donne à ta sueur son odeur spécifique — et c’est cette odeur qui rend ta peau plus ou moins irrésistible.
Des chercheurs néerlandais de l’université de Wageningen ont démontré en 2011 que les personnes dont le microbiote cutané était peu diversifié mais très dense — dominé par quelques espèces comme Staphylococcus epidermidis — attiraient beaucoup plus les moustiques que celles dont la flore cutanée était variée. En clair, plus ton écosystème de peau est « monotone », plus tu es une proie facile.
Et comme ton cerveau ne contrôle pas la composition de ton microbiote, tu ne peux pas non plus décider de devenir moins attractif par la seule volonté. C’est une loterie biologique. Mais il y a quand même quelques variables sur lesquelles tu as la main — et elles sont plutôt contre-intuitives.
Les fausses croyances — et ce qui marche vraiment
Non, manger de l’ail ne repousse pas les moustiques. Aucune étude sérieuse n’a jamais confirmé cette légende. La vitamine B1 non plus — un essai clinique publié dans le Journal of the American Mosquito Control Association a conclu à une absence totale d’effet répulsif. Les bracelets à ultrasons ? Testés et retestés : zéro efficacité prouvée.
Ce qui marche, en revanche, c’est très documenté. Le DEET (diéthyltoluamide), développé par l’armée américaine en 1946, reste le répulsif le plus efficace au monde. Il ne tue pas les moustiques : il brouille leurs récepteurs olfactifs, les empêchant de détecter ta peau. L’icaridine et le PMD (extrait d’eucalyptus citronné) offrent des alternatives avec des durées de protection légèrement inférieures.
Côté vêtements, la couleur compte. Une étude de 2022 publiée dans Nature Communications par l’université de Washington a montré que les moustiques Aedes aegypti sont visuellement attirés par le rouge, l’orange et le noir, mais ignorent largement le blanc, le bleu clair et le vert. Ce n’est pas un hasard si les objets sombres absorbent plus de chaleur : la chaleur corporelle est un autre signal que le moustique utilise pour te localiser à courte distance.
Et le ventilateur ? C’est probablement le répulsif le plus sous-estimé qui existe. Les moustiques volent à environ 2,5 km/h. Un simple ventilateur orienté vers tes jambes suffit à disperser le panache de CO2 et de composés volatils que tu émets, tout en créant un courant d’air que l’insecte ne peut pas remonter. Pas cher, pas chimique, redoutablement efficace.
Et si les moustiques avaient une « mémoire » de leurs victimes préférées ?
Dernière découverte, et pas la moindre. En 2018, des chercheurs de Virginia Tech ont publié dans Current Biology une étude montrant que les moustiques Aedes aegypti sont capables d’apprentissage associatif. Concrètement, ils mémorisent les odeurs des personnes qui se défendent vigoureusement (celles qui donnent des claques) et apprennent à les éviter. À l’inverse, ils « retiennent » les profils olfactifs des personnes passives et reviennent vers elles.
Ce mécanisme implique la dopamine — le même neurotransmetteur associé à la récompense chez les humains. En bloquant les récepteurs dopaminergiques des moustiques, les chercheurs ont supprimé cette capacité d’apprentissage. Autrement dit, ton cerveau et celui du moustique partagent un mécanisme biochimique fondamental — sauf que lui l’utilise pour mieux te retrouver la prochaine fois.
En résumé : si tu te fais piquer plus que les autres, c’est à cause d’un mélange de génétique (acides carboxyliques, groupe sanguin, statut sécréteur), de microbiote cutané, de métabolisme (CO2, chaleur corporelle) et même de ton comportement face à l’insecte. La mauvaise nouvelle, c’est que tu ne changeras pas ton ADN. La bonne, c’est qu’un ventilateur, des vêtements clairs et un bon répulsif peuvent sérieusement rééquilibrer la partie. Et la prochaine fois qu’on te dit « c’est parce que tu as le sang sucré »… tu sauras que c’est faux, mais que la réalité est encore plus injuste que ça.