Les 8 départements français où les habitants consultent le plus leur médecin : le n°1 dépasse 10 visites par an
En France, on consulte en moyenne 6,8 fois par an son médecin généraliste. Mais derrière cette moyenne nationale se cachent des écarts spectaculaires. Certains départements dépassent les 10 consultations annuelles par habitant, tandis que d’autres plafonnent sous les 5. Les données de la DREES et de l’Assurance Maladie révèlent un classement qui bouscule les idées reçues — et le numéro 1 n’a rien à voir avec le vieillissement de la population.

Ce que la carte des consultations raconte vraiment sur la France
On pourrait croire que les départements qui consultent le plus sont ceux qui comptent le plus de personnes âgées. C’est en partie vrai, mais la réalité est bien plus nuancée. La densité médicale joue un rôle paradoxal : plus il y a de médecins disponibles, plus les habitants consultent. Les départements où les habitants déménagent le plus affichent souvent des taux de consultation plus bas, faute de suivi médical stable.
L’Assurance Maladie comptabilise les consultations et visites chez les médecins généralistes libéraux. Les données les plus récentes, issues du rapport annuel Charges et produits 2024, montrent des disparités allant du simple au double entre départements. La précarité, la présence de maladies chroniques et les habitudes culturelles pèsent autant que l’âge dans la balance.
Positions 8 à 6 : trois départements que personne n’attendait
En 8ᵉ position, on trouve le Pas-de-Calais avec environ 8,4 consultations par habitant et par an. Le département cumule un taux de maladies chroniques supérieur de 25 % à la moyenne nationale, notamment pour le diabète et les maladies cardiovasculaires. La densité de généralistes y reste correcte, ce qui facilite l’accès aux soins.

Le Nord occupe la 7ᵉ position avec 8,6 consultations annuelles. Premier département de France en population, il concentre aussi des zones de forte précarité autour de Roubaix, Tourcoing et le bassin minier. Les villes où les salaires sont les plus élevés ne se trouvent clairement pas dans ce périmètre.
En 6ᵉ position, les Bouches-du-Rhône surprennent avec 8,9 consultations par an. Ce n’est pas un département particulièrement âgé — l’âge médian y est inférieur à la moyenne. Mais Marseille concentre une densité médicale élevée (parmi les plus fortes de France), et les études montrent que l’offre de soins crée en partie sa propre demande.
Positions 5 et 4 : quand le Sud-Ouest entre dans la danse
Le Lot-et-Garonne se hisse en 5ᵉ position avec 9,1 consultations annuelles par habitant. Département rural et vieillissant, il affiche un taux de personnes de plus de 65 ans de 28 %, soit 7 points au-dessus de la moyenne nationale. Le suivi des pathologies liées à l’âge — arthrose, hypertension, insuffisance cardiaque — gonfle mécaniquement le nombre de visites.
La 4ᵉ place revient à la Nièvre, avec 9,3 consultations par an. Ce département de Bourgogne est l’un des moins peuplés de France métropolitaine (environ 200 000 habitants), mais aussi l’un des plus âgés. Près de 33 % de sa population a plus de 65 ans. Paradoxe : la Nièvre manque cruellement de médecins. Les habitants qui consultent beaucoup sont souvent ceux qui ont encore accès à un généraliste — les autres ont tout simplement renoncé aux soins. Mais ce n’est pas la zone rurale qui domine ce classement.
La médaille de bronze va à un département inattendu
En 3ᵉ position, l’Aisne atteint 9,6 consultations par habitant et par an. Ce département des Hauts-de-France cumule plusieurs facteurs aggravants : un taux de pauvreté de 20 % (le double de la moyenne nationale), une prévalence élevée de diabète de type 2 et une surmortalité par cancers liés au tabac et à l’alcool.
L’Aisne est aussi l’un des départements où les loyers sont les moins chers de France, ce qui attire des populations modestes souvent en moins bonne santé. Le cercle se referme : précarité, pathologies chroniques, consultations fréquentes. Chaque visite chez le médecin n’est pas un luxe mais une nécessité pour renouveler des ordonnances vitales.
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Le n°2 est un département que tout le monde associe aux vacances
C’est l’Hérault qui décroche la 2ᵉ place, avec 9,9 consultations annuelles par habitant. Montpellier, sa préfecture, est la ville de France métropolitaine qui a connu la plus forte croissance démographique ces vingt dernières années. Mais l’Hérault attire aussi énormément de retraités — le littoral entre Sète et le Cap d’Agde est l’un des plus prisés par les retraités français en quête de cadre de vie.
Résultat : le département combine une population âgée importante, une forte densité médicale (Montpellier est un pôle hospitalier majeur) et des poches de précarité dans l’arrière-pays. Le CHU de Montpellier draine aussi des patients des départements voisins, mais les consultations libérales comptabilisées ici concernent uniquement les résidents. L’Hérault frôle la barre symbolique des 10 consultations par an — mais un département la dépasse nettement.
Le n°1 : plus de 10 visites par an chez le médecin
Le département où les Français consultent le plus leur médecin généraliste est le Nord… non. C’est la Seine-Saint-Denis, avec 10,4 consultations par habitant et par an, soit 53 % de plus que la moyenne nationale.
Ce résultat surprend à plus d’un titre. La Seine-Saint-Denis n’est pas un département vieillissant — c’est même l’un des plus jeunes de France, avec un âge médian de 33 ans. Mais c’est aussi le département le plus pauvre de France métropolitaine, avec un taux de pauvreté de 28 %. La prévalence du diabète y est la plus élevée du pays : 7,4 % de la population est traitée pour un diabète, contre 5,1 % en moyenne nationale.
Les affections de longue durée (ALD) concernent 19 % des habitants du 93, un record. Chaque ALD implique un suivi régulier, des renouvellements d’ordonnance, des contrôles trimestriels. C’est ce qui fait exploser le compteur. Les difficultés d’accès au travail aggravent encore la situation : le stress lié à la précarité est un facteur documenté de consultations répétées.
Autre élément clé : la Seine-Saint-Denis dispose encore d’un maillage de généralistes dense dans certaines communes comme Montreuil, Saint-Denis ou Aubervilliers. Les centres de santé municipaux, très présents dans le 93, facilitent l’accès aux soins pour les populations les plus modestes. Là où d’autres départements précaires voient leurs habitants renoncer aux soins faute de médecin, le 93 consulte — beaucoup.
Ce que ce classement dit de la santé des Français
Le top 8 révèle une France coupée en deux — mais pas celle qu’on croit. Ce n’est pas le Sud contre le Nord, ni la ville contre la campagne. C’est la France des maladies chroniques contre la France en bonne santé. Les départements en tête cumulent diabète, maladies cardiovasculaires et cancers à des taux bien supérieurs à la moyenne.
La densité médicale joue aussi un rôle ambigu. Les départements bien dotés en médecins voient leurs habitants consulter davantage — non pas par confort, mais parce que l’accès aux soins existe encore. Dans les déserts médicaux, le nombre de consultations chute artificiellement : les malades sont là, mais plus les médecins. Selon la DREES, 6 millions de Français vivent dans un territoire sous-doté en professionnels de santé.
Alors, tu aurais deviné que la Seine-Saint-Denis, département le plus jeune d’Île-de-France, dépasse largement les 10 consultations annuelles ? Ce classement rappelle que la vraie question n’est pas « qui consulte trop », mais « qui ne consulte pas assez ».