Les 8 épices les plus consommées en France : le numéro 1 n’est pas le poivre
On les glisse dans les plats sans y penser, elles parfument les cuisines du lundi au dimanche, et pourtant leur classement par consommation réelle est à peu près l’inverse de ce qu’on imaginerait. Le poivre sur la première marche ? Raté. La cannelle dans le top 3 ? Pas sûr. Ce palmier des épices françaises, établi à partir des données de FranceAgriMer, des panels de consommation Nielsen et des rapports du syndicat des épices et aromates (SEFEL), cache au moins deux surprises majeures — dont un numéro 1 que personne ne voit venir.
Avant le classement : pourquoi les Français consomment-ils de plus en plus d’épices ?
La consommation d’épices en France a bondi de plus de 30 % en dix ans, portée par la cuisine du monde, l’essor des régimes végétariens et la popularité des cuisines asiatiques et africaines. Selon FranceAgriMer, le marché des épices et condiments dépasse désormais 1,5 milliard d’euros par an en France.

Ce boom ne concerne pas les mêmes produits selon les générations. Les moins de 40 ans plébiscitent le curcuma et le garam masala, quand les cuisines traditionnelles françaises restent fidèles à leurs classiques. Résultat : le classement mélange les deux univers — et ça crée quelques chocs.
Les positions 8 et 7 : deux classiques discrets
8. La muscade — souvent oubliée dans les débats, la muscade est pourtant présente dans presque toutes les béchamels et gratins français. Sa consommation reste stable autour de 1 200 tonnes par an selon le SEFEL. Petite quantité, grand impact gustatif : un seul gramme suffit à parfumer un plat entier.
7. Le gingembre — il a explosé en dix ans. Le gingembre est passé de condiment exotique à incontournable des thés, smoothies et plats asiatiques maison. La France en importe désormais plus de 4 000 tonnes par an, contre moins de 1 500 en 2010. Le boom du gingembre confit dans la pâtisserie a aussi joué un rôle discret mais réel.
Les positions 6 et 5 : des invités surprises
6. Le piment (sous toutes ses formes) — piment d’Espelette, piment de Cayenne, paprika fort : regroupés en famille, les piments constituent un marché solide de plus de 5 000 tonnes par an. Le paprika fumé espagnol a particulièrement progressé depuis 2018, porté par la mode des tapas et des cuisines méditerranéennes. Si tu cherches les viandes les plus consommées en France, tu réalises vite que le piment accompagne presque chacune d’elles dans la cuisine du monde.

5. La cannelle — surprise à cette place ? Elle devance pourtant plusieurs grands noms. La France consomme environ 6 500 tonnes de cannelle par an, dopée par la viennoiserie industrielle, les vin chauds hivernaux et la tendance des porridges et pancakes à la mode nordique. La marque cannelle des boulangeries artisanales a aussi explosé avec les rolls suédois désormais présents partout.
Le podium : deux géants et un outsider total
3. Le poivre — oui, seulement troisième. Le poivre reste un pilier avec environ 8 000 tonnes importées chaque année (données Douanes françaises), mais il a perdu du terrain face à des concurrents plus polyvalents. La France est le deuxième importateur européen de poivre, mais les usages ont évolué : moins de poivre sur la table, plus dans les marinades et les charcuteries industrielles.
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2. Le curcuma — voilà la vraie surprise du podium. Le curcuma a bondi de 180 % en huit ans pour atteindre environ 9 500 tonnes consommées par an en France. Les études sur ses propriétés anti-inflammatoires ont transformé cet ingrédient de niche en produit grand public. On le retrouve dans les lattes, les soupes, les riz et même dans certains compléments alimentaires — un usage que les légumineuses les plus consommées ont également bénéficié, les deux se combinant souvent dans les plats indiens.

Mais alors, qu’est-ce qui dépasse à la fois le poivre ET le curcuma ? La réponse est dans la cuisine française traditionnelle — et dans chaque supermarché du pays.
Le numéro 1 : l’épice que tu utilises sans y penser
1. Le persil / les herbes de Provence (catégorie aromates séchés) — attention, on parle ici de la catégorie « épices et aromates secs » au sens large, et c’est le mélange herbes de Provence qui écrase tous les autres avec plus de 12 000 tonnes consommées par an selon FranceAgriMer. Seul, le persil séché représente près de 4 000 tonnes — mais combiné aux autres herbes de la catégorie leader, l’ensemble pulvérise la concurrence.

Pourquoi ce résultat ? Parce que les herbes de Provence sont présentes dans la quasi-totalité des plats cuisinés industriels, des pizzas surgelées, des rôtis du dimanche et des marinades de barbecue. Ce ne sont pas les chefs étoilés qui propulsent ce condiment en tête : c’est la cuisine quotidienne de 68 millions de Français. Les supermarchés les plus fréquentés en France vendent des dizaines de millions de flacons par an, souvent à moins de 1,50 €.
Ce que ce classement dit vraiment de nos habitudes
Ce palmarès révèle deux France culinaires qui coexistent. D’un côté, la France traditionnelle de l’herbe de Provence, du poivre et de la muscade — des épices discrètes qui servent à relever sans transformer. De l’autre, une France de plus en plus ouverte au curcuma, au gingembre et au piment, poussée par les réseaux sociaux et l’accès facilité aux épiceries du monde.
Ce mouvement rejoint une tendance plus large : les Français consomment de plus en plus de produits étrangers dans leur assiette quotidienne, sans forcément s’en rendre compte. Le curcuma au petit-déjeuner, le gingembre dans l’eau, le piment sur les œufs — des habitudes qui auraient semblé exotiques il y a vingt ans sont devenues banales.
Et toi, tu aurais misé sur quel numéro 1 ? Si tu as répondu « le poivre », tu es en bonne compagnie — et dans le même tort que la majorité des gens interrogés avant de voir les chiffres.