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Bruno Salomone : ce que ses proches ont caché au public jusqu’au bout

Publié par Gabrielle Nourry le 16 Mar 2026 à 11:14

Il faisait partie de ces visages que l’on a l’impression de connaître depuis toujours. Ceux qui entrent dans les maisons sans frapper, par l’écran interposé d’un poste de télévision, et qui finissent par ressembler à un membre de la famille. Bruno Salomone était de ceux-là. Et pourtant, derrière ce sourire familier et cette bonhomie si communicative, il se passait quelque chose que personne, ou presque, n’était censé savoir.

La nouvelle a éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel que l’on croyait dégagé. La France du spectacle pleure aujourd’hui l’un de ses comédiens les plus aimés, emporté à seulement 55 ans. Et si le communiqué officiel a parlé d’une « longue maladie » avec la sobriété d’usage, les confidences qui ont suivi ont révélé une réalité bien plus complexe, bien plus douloureuse, et surtout bien plus secrète qu’on ne l’imaginait.

bruno salomone

Car Bruno Salomone n’a pas simplement disparu. Il s’est battu. Seul, en silence, loin des caméras et des plateaux qu’il aimait tant. Pourquoi ce silence ? Qui savait vraiment ? Et quelle vérité ses proches ont-ils fini par livrer au monde ? Les réponses sont à la fois plus simples et plus déchirantes qu’on ne l’aurait cru.

Ce dimanche matin où tout a basculé

C’est par un communiqué sobre, transmis à l’Agence France-Presse en ce dimanche 15 mars 2026, que le monde a appris la nouvelle. L’agent historique du comédien, Laurent Grégoire, a choisi des mots mesurés pour annoncer l’inannoncable : « C’est avec une immense tristesse que nous vous annonçons la disparition de Bruno Salomone dans sa 56e année. » Une phrase. Quelques mots. Et soudain, un vide immense.

Sur les réseaux sociaux, la stupeur a été immédiate et totale. En quelques minutes, le nom de l’acteur est devenu le sujet le plus commenté de la journée. Des milliers de messages, de photos partagées, de souvenirs ressortis des archives personnelles de fans qui n’avaient pas vu venir le coup. Parce que personne ne l’avait vu venir. C’est peut-être ce qui rend cette disparition si difficile à accepter.

Le communiqué précisait qu’il s’était éteint « après s’être battu contre une longue maladie », formulation classique, pudique, qui protège les familles sans rien dire de concret. Une formulation qui, cette fois, allait susciter autant de questions que de larmes. Parce que Bruno Salomone, dans ses dernières apparitions publiques, semblait aller bien. Du moins, c’est ce que tout le monde croyait.

Cette disparition à 55 ans a immédiatement soulevé des interrogations légitimes. Comment un homme aussi présent, aussi vivant dans ses moindres apparitions, avait-il pu traverser une telle épreuve sans que le public en sache quoi que ce soit ? La réponse tient en un mot que ses proches ont répété comme un mantra dans les heures suivant l’annonce : pudeur. Une pudeur qui allait bien au-delà de la simple discrétion.

Villeneuve-Saint-Georges, les débuts et la naissance d’un monstre comique

Pour mesurer l’ampleur de ce deuil, il faut comprendre d’où venait cet homme et ce qu’il représentait pour plusieurs générations de spectateurs. Bruno Salomone est né à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, loin des projecteurs et des paillettes. Rien dans ses origines ne prédestinait ce fils d’une famille modeste à devenir l’un des visages les plus reconnaissables de la télévision française.

C’est la passion du jeu, de l’imitation et du spectacle vivant qui l’a mené vers les planches, puis vers les écrans. Formé au contact de la scène, il a forgé son style dans les cafés-théâtres et les salles de province, là où se construit le vrai métier d’acteur, loin des écoles de cinéma et des grandes familles du show-business. Cette école de la rue, du public réel, de la sueur et des retours immédiats de la salle, a façonné un comédien ancré dans le réel, jamais affecté, toujours juste.

Sa rencontre avec Jean Dujardin, Éric Collado, Éric Massot et Bruno Pizollo va tout changer. Ensemble, à la fin des années 90, ils forment la troupe des « Nous C Nous », un collectif comique qui va littéralement révolutionner l’humour à la télévision française. Leurs sketches, diffusés dans l’émission Fiesta de Patrick Sébastien, trouvent immédiatement un écho massif auprès du grand public. On rit, on partage, on redemande. Salomone, avec ses voix improbables et ses personnages extravagants, est souvent celui qui déclenche les plus grands éclats de rire.

Son personnage de « Cochonnet » devient culte. Ses imitations parodiques font mouche à chaque fois. Il y a chez lui une précision dans le timing comique, une façon de trouver le détail absurde dans une situation banale, qui le distingue de ses comparses pourtant déjà très talentueux. Jean Dujardin est le séducteur charismatique, celui qui fait craquer les femmes dans la salle. Bruno Salomone, lui, est celui qui fait se tordre de rire les hommes, les femmes, les jeunes et les moins jeunes, sans distinction.

Pendant que Dujardin s’envole vers une carrière cinématographique internationale qui le mènera jusqu’à l’Oscar du meilleur acteur en 2012, Bruno Salomone fait des choix différents. Moins clinquants, peut-être. Mais profondément cohérents avec ce qu’il est : un artisan du jeu, un amoureux du travail collectif, un homme qui préfère la solidité d’un beau rôle à l’éclat d’une célébrité tapageuse.

Denis Bouley, le père de toute une génération

Si la troupe des « Nous C Nous » lui a offert la notoriété, c’est un rôle télévisé qui lui a offert quelque chose de bien plus précieux : une place dans le cœur des familles françaises. En 2007, Bruno Salomone décroche le rôle de Denis Bouley dans Fais pas ci, fais pas ça, la série de France 2 qui va devenir l’une des grandes réussites de la fiction hexagonale des années 2000 et 2010.

Pendant neuf saisons, il incarne ce père de famille légèrement décalé, adepte de l’éducation positive et des grands principes qui s’effondrent au contact du quotidien. Face à lui, Isabelle Gélinas campe la redoutable Marlène, et ensemble ils forment l’un des couples les plus savoureux de la comédie française moderne. La série joue sur les contrastes, les frictions, les malentendus générationnels, et Salomone y excelle dans un registre qui mêle la comédie physique à une vraie sensibilité dramatique.

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Ce rôle lui permet de toucher un public multigénérationnel que peu d’acteurs parviennent à rassembler. Les enfants adorent Denis Bouley parce qu’il ressemble à leur père. Les parents s’y reconnaissent avec un mélange d’amusement et de gêne. Les grands-parents apprécient son humanité désarmante. En neuf ans, Bruno Salomone est littéralement entré dans les foyers, et cette familiarité-là, ce lien invisible tissé saison après saison, explique en grande partie l’intensité du deuil collectif qui accompagne sa disparition.

En parallèle de la série, il développe également une carrière de doublage qui révèle une autre dimension de son talent vocal. Sa voix grave et chaleureuse trouve une incarnation mémorable dans le personnage de Syndrome, le grand méchant des Indestructibles de Pixar. Une performance qui lui vaut les éloges des spécialistes du doublage et qui démontre, une fois encore, sa capacité à habiter un personnage de l’intérieur, même sans corps à l’écran, avec rien d’autre que ses cordes vocales et son imagination.

Les premiers signaux que personne n’a su lire

Avec le recul, certains se souviennent de détails qui auraient pu alerter. Une apparition télévisée où il semblait légèrement amaigri. Un projet annoncé puis silencieusement abandonné. Une présence sur les réseaux sociaux qui s’était espacée sans raison apparente. Sur le moment, personne n’a fait le lien. Bruno Salomone était discret de nature, peu enclin aux selfies et aux publications quotidiennes de sa vie privée. Son absence numérique était perçue comme une hygiène de vie, pas comme un signal d’alarme.

Ses collègues de tournage témoignent aujourd’hui d’un homme qui maintenait la façade avec une maîtrise déconcertante. Il plaisantait, il proposait, il s’investissait dans les répétitions avec la même énergie apparente. Ceux qui le côtoyaient de près remarquaient peut-être une légère fatigue, une tendance à économiser ses forces entre les prises, mais rien qui aurait pu laisser imaginer l’ampleur de ce qu’il traversait en réalité.

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C’est cette capacité à dissocier son état intérieur de son comportement public qui force aujourd’hui l’admiration mêlée d’une certaine tristesse. Car si cette force de caractère était admirable, elle signifie aussi qu’il a traversé des moments d’une dureté extrême sans pouvoir s’appuyer sur le soutien que le public lui aurait volontiers offert. Il avait choisi de porter son fardeau seul. Et il l’a fait jusqu’au bout.

Une pluie d’hommages : quand ses amis brisent le silence

Dès les premières heures après l’annonce, le monde du spectacle français s’est mobilisé dans un élan d’une sincérité rare. Jean Dujardin a été l’un des premiers à prendre la parole, et ses mots ont immédiatement résonné bien au-delà du milieu artistique. Sur son compte Instagram, l’acteur oscarisé a publié une photo de leurs débuts communs, ces années de scène partagée où tout restait encore à faire, où le succès était un rêve lointain et flou. Pas de long discours, pas de formules élaborées.

Juste une image et ces quelques mots, simples et dévastateurs : « Mon frère de rire, tu vas tellement me manquer. » Cette amitié entre les deux hommes avait résisté à tout, y compris au fossé que creuse souvent une carrière internationale fulgurante. Dujardin n’avait jamais oublié d’où il venait, et Bruno faisait partie de ces origines-là, de cette époque fondatrice où l’on se construisait ensemble.

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Frédérique Bel, qui avait partagé l’affiche avec lui dans plusieurs projets, a exprimé sa douleur avec des mots qui éclairent l’homme derrière l’acteur. Elle a décrit un partenaire de jeu « généreux, inventif et d’une gentillesse rare », un homme qui ne cherchait jamais à voler la scène à l’autre mais qui, au contraire, s’employait à donner à chacun le meilleur de lui-même. Sur un plateau, ce type de générosité est exceptionnel. Il transforme un tournage en expérience collective et laisse des traces durables chez ceux qui ont eu la chance d’en bénéficier.

Pascal Légitimus, de son côté, a évoqué un « artisan du rire » qui ne cherchait jamais à tirer la couverture à lui. Les journaux télévisés ont consacré de longs papiers à sa carrière, rappelant à quel point Salomone était apprécié dans le milieu pour son absence totale d’ego. Dans un univers où les narcissismes se frottent et s’étincellent quotidiennement, cette modestie-là était presque révolutionnaire. Ses amis savaient qu’il traversait une période difficile, mais beaucoup avaient respecté son souhait de ne pas ébruiter l’affaire. Ce silence collectif, aussi bienveillant qu’il fût, rend aujourd’hui la révélation encore plus brutale.

Un trouble invisible qui empoisonnait ses journées depuis l’enfance

Avant d’aborder ce que ses proches ont gardé le plus longtemps secret, il faut comprendre que Bruno Salomone vivait déjà depuis des années avec un autre fardeau, moins mortel mais profondément handicapant. Un trouble dont il avait choisi de parler publiquement en juin 2019, sur les ondes de RMC, avec une franchise qui avait surpris ceux qui le connaissaient pour sa réserve habituelle.

Ce trouble, c’est la misophonie. Un mot qui parle peu au grand public mais qui désigne une réalité neurologique bien documentée : une aversion profonde, viscérale, parfois insupportable pour certains sons répétitifs du quotidien. Les bruits de mastication. Les cliquetis d’un stylo. Les reniflements. Des sons que la majorité des gens filtrent naturellement et inconsciemment, mais qui, chez le misophone, déclenchent une réaction émotionnelle et physique d’une intensité disproportionnée.

« C’est un trouble discret, caractérisé par un dysfonctionnement du cerveau, du cortex cingulaire », avait-il expliqué avec un sérieux inhabituel pour quelqu’un dont le métier était de faire rire. Cette zone du cerveau est également impliquée dans le syndrome de Gilles de la Tourette, ce qui donne une idée de l’intensité neurologique du phénomène. La misophonie, ce n’est pas de la sensibilité exacerbée ni de la mauvaise humeur chronique. C’est une dérégulation cérébrale réelle, documentée, qui peut transformer une simple réunion de famille en épreuve psychologique.

Pour Bruno Salomone, les symptômes se manifestaient de façon particulièrement intense. « Ça se manifeste par un sentiment de haine, des montées de sang, des angoisses », avait-il décrit avec une honnêteté désarmante. Il avouait que la redondance de certains bruits pouvait le rendre « dingue », au point de devoir s’isoler pour ne pas réagir de manière disproportionnée. Sur un plateau de tournage, où les bruits parasites sont omniprésents et où la concentration est une nécessité absolue, gérer ses crises de misophonie représentait un défi permanent et épuisant.

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Il avait toutefois développé une méthode personnelle pour tenter d’atténuer ses crises : associer progressivement un son positif à un son négatif, sur une très longue période de conditionnement. Un processus qu’il qualifiait lui-même de « contrainte terrible », lente et fastidieuse, mais qui lui permettait de maintenir une vie professionnelle et sociale à peu près normale. Cette révélation avait suscité beaucoup d’empathie à l’époque, et contribué à faire connaître un trouble dont souffrent silencieusement environ 15 % de la population française. En brisant ce tabou-là, il avait, comme à son habitude, rendu service aux autres avant de penser à lui-même.

Julie Gayet, la passion secrète au bord de la Marne

Derrière l’acteur public se cachait aussi un homme qui avait connu de grandes histoires d’amour, souvent restées dans l’ombre. Bruno Salomone n’était pas du genre à alimenter les colonnes des magazines people avec les détails de sa vie sentimentale. Il protégeait son jardin privé avec la même détermination qu’il mettait à protéger sa santé : avec discrétion, avec fierté, sans jamais donner à la curiosité publique ce qu’il considérait comme ne lui appartenant pas.

Pourtant, l’une de ses relations a fini par être connue, au détour d’une confidence accordée en 2020 dans l’émission Je t’aime etc. Une relation avec une femme dont le nom allait, quelques années plus tard, s’associer à une autre célébrité bien plus exposée médiatiquement. Cette femme, c’est Julie Gayet, l’actrice et productrice aujourd’hui connue du grand public comme l’épouse de François Hollande.

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Leur idylle avait débuté en 2010, sur le tournage du téléfilm Familles décomposées. Un coup de foudre entre deux artistes, loin des artifices et des stratégies d’image. La relation avait duré deux ans, intense et secrète, vécue à l’abri des regards dans la maison de Bruno Salomone située sur les bords de la Marne. L’histoire raconte que Julie Gayet était tellement éprise qu’elle n’hésitait pas à décaler ses rendez-vous parisiens pour rester auprès de lui, quitte à rejoindre sa maison en bateau pour éviter les paparazzi.

La relation avait pris fin au bout de deux ans, comme beaucoup d’histoires passionnées qui brûlent trop fort pour durer. Mais le ton avec lequel Bruno Salomone en parlait, dix ans plus tard, en disait long sur sa manière d’habiter ses émotions sans jamais s’en laisser consumer. « Je garde toujours un bon souvenir de mes histoires d’amour », avait-il déclaré avec un sourire nostalgique, sincère, sans la moindre trace d’amertume. Cette façon de traiter le passé sentimental avec bienveillance plutôt qu’avec des regrets ou des règlements de comptes était révélatrice de sa philosophie de vie : avancer, préserver, aimer sans posséder.

La vérité que ses proches ont préservée jusqu’au bout

Les hommages continuaient d’affluer, les anecdotes de circuler, les souvenirs de ressurgir. Mais une question restait en suspens, celle que tout le monde se posait sans oser la formuler trop directement : de quoi, exactement, Bruno Salomone était-il mort ? Le communiqué officiel avait parlé d’une longue maladie. Mais quelle maladie ? Et depuis quand ?

La réponse est venue de là où on ne l’attendait pas forcément. Non pas d’un membre de la famille, ni d’un agent ou d’un attaché de presse. Mais d’une actrice avec qui il avait partagé plusieurs tournages, une femme qui l’avait côtoyé de près et qui, visiblement, avait du mal à contenir plus longtemps ce qu’elle savait. Cette actrice, c’est Hélène de Fougerolles, qui avait partagé l’écran avec lui dans Le Secret d’Elise et Mention particulière.

Contactée par Paris Match dans les heures suivant l’annonce du décès, Hélène de Fougerolles a fait des confidences qui ont immédiatement circulé sur tous les réseaux. « Je savais qu’il était malade », a-t-elle commencé, avec cette retenue de quelqu’un qui mesure le poids de chaque mot. Elle a alors révélé ce que très peu de personnes savaient : Bruno Salomone luttait depuis plusieurs années contre un cancer. Une information qu’il n’avait partagée qu’avec un cercle absolument restreint, et seulement à ses conditions, au moment qu’il jugeait lui-même opportun.

Selon Hélène de Fougerolles, l’acteur lui avait confié sa maladie pour la première fois lors d’un dîner informel, il y a deux ou trois ans. Sans emphase, sans larmes, comme on glisse une information pratique entre deux plats. « Tu sais, j’ai eu un cancer », lui avait-il simplement dit. À l’époque, il semblait avoir pris le dessus sur la maladie. Les traitements avaient fonctionné, ou du moins c’est ce que laissait entendre sa relative sérénité. On pouvait croire que le pire était derrière lui.

Mais en septembre dernier, Hélène de Fougerolles avait appris par une tierce personne que le cancer avait récidivé. Et cette fois-ci, de manière beaucoup plus agressive. Plus question de traitement ambulatoire et de vie presque normale. L’acteur était entré dans une phase de combat intensive, épuisante, qui allait progressivement le priver de la scène qu’il aimait tant. « Merci, je vais me battre » : c’est la réponse qu’il lui envoyait, invariablement, chaque fois qu’elle lui adressait des encouragements par messages. Une phrase courte. Presque sèche. Mais d’une densité émotionnelle absolue.

La pudeur comme armure, le silence comme dignité

L’une des raisons pour lesquelles le public a été si violemment surpris par cette nouvelle tient à une décision que Bruno Salomone avait prise dès les premiers jours de sa maladie : ne rien dire. Hélène de Fougerolles a insisté sur ce point lors de son entretien avec Paris Match. « Il était très pudique. Il ne voulait pas que les gens aient pitié de lui. » Pour un homme dont l’image était associée à la joie, à l’énergie, à la drôlerie, se montrer affaibli, vulnérable, dépendant des machines et des médecins était une perspective insupportable.

Il y a dans cette décision une forme de cohérence avec le personnage qu’il avait toujours été. Bruno Salomone ne se plaignait pas. Il ne se vantait pas non plus. Il faisait son travail, il aimait les gens autour de lui, et il gardait pour lui ce qui ne regardait que lui. La maladie était entrée dans cette catégorie avec une évidence absolue. Elle ne regardait pas le public. Elle n’avait pas à nourrir les colonnes des magazines ni à alimenter les débats des plateaux télévisés.

Cette pudeur l’a poussé à continuer d’honorer certains engagements professionnels tant que son corps le lui permettait. Il s’est présenté sur des tournages, il a serré des mains, il a ri aux blagues de ses collègues, sans jamais laisser filtrer l’effort que cela lui coûtait. Ce choix, bien que difficile à vivre pour ses proches qui devaient garder le secret malgré eux, était sa manière à lui de garder le contrôle sur sa propre narration. Il voulait rester Bruno Salomone, l’acteur. Pas Bruno Salomone, le malade.

Il y a quelque chose de profondément humain et de terriblement émouvant dans cette posture. L’idée que l’on peut décider, jusqu’au bout, de l’image que l’on laisse de soi. Bruno Salomone a choisi que son dernier acte public ne soit pas un combat hospitalier retransmis en temps réel sur les réseaux sociaux, mais une œuvre : neuf saisons d’une série aimée, des décennies de rires partagés, des voix qui habitent encore les mémoires. Et dans ce sens, il a totalement réussi.

« A priori » : le projet inachevé et la question de sa succession

La maladie a eu une conséquence concrète et douloureuse sur le plan professionnel : elle a contraint Bruno Salomone à renoncer à ce qui devait être l’un de ses grands retours à la télévision. La série policière A priori, diffusée sur France 3, lui avait offert un nouveau registre à explorer. Dans la première saison, il incarnait le Capitaine Victor Montagnac avec une crédibilité et une sobriété qui avaient surpris ceux qui ne le connaissaient que dans la comédie. Le personnage était taillé pour lui, et le succès avait été immédiatement au rendez-vous.

Une deuxième saison avait été commandée dans la foulée, preuve de la confiance que la chaîne et la production plaçaient dans l’acteur et dans la série. Mais dès septembre dernier, il est apparu évident que Bruno Salomone ne pourrait pas reprendre son rôle. Son état de santé s’était trop dégradé. Il avait fallu se rendre à l’évidence, adapter les scénarios, trouver une solution narrative pour justifier l’absence du personnage principal.

C’est finalement le champion olympique de natation Florent Manaudou qui a été choisi pour rejoindre le casting, non pas en reprenant le rôle de Montagnac, mais en interprétant un nouveau personnage : le Capitaine Jean-Mathieu Alberti, dit « Jim ». Un choix de casting inattendu, qui a suscité la curiosité autant que les interrogations, et qui sera inévitablement regardé à travers le prisme de l’absence de celui qu’il remplace symboliquement.

Florent Manaudou, qui a lui-même exprimé son respect pour Bruno Salomone dans plusieurs interviews de promotion, semble conscient de l’immense responsabilité que représente ce premier grand rôle télévisé. Pour l’équipe de production et les partenaires de jeu qui avaient tourné la première saison avec Salomone, le tournage de ces nouveaux épisodes a été particulièrement chargé en émotion. Chacun gardait en tête l’image de Bruno, sa rigueur professionnelle, ses éclats de rire entre deux prises, cette façon qu’il avait de mettre tout le monde à l’aise sur le plateau. La diffusion de cette nouvelle saison, prévue le 31 mars prochain, sera indéniablement marquée par son ombre.

Ce qu’il laisse derrière lui : bien plus que des rôles

Il serait réducteur de résumer l’héritage de Bruno Salomone à une liste de rôles et de projets. Ce que ses proches, ses collègues et son public soulignent unanimement depuis l’annonce de sa mort, c’est avant tout un certain art de vivre. Une façon d’être dans le métier sans jamais se laisser corrompre par ses excès. Une manière de rire sans méchanceté, de jouer sans tricher, d’occuper l’espace sans écraser les autres.

Il laisse derrière lui une œuvre foisonnante qui continuera de faire rire et réfléchir pendant longtemps. Des archives télévisuelles qui témoignent d’une intelligence du jeu rare, d’une capacité à passer de la farce la plus débridée à l’émotion la plus sincère avec une fluidité déconcertante. Des doublages qui continueront à résonner dans les salles obscures et sur les écrans des générations futures. Et surtout, ce personnage de Denis Bouley qui restera l’un des grands portraits de la paternité française à la télévision.

Mais au-delà de la filmographie, c’est sa manière d’affronter l’adversité qui restera comme sa plus grande leçon. Lutter contre un cancer tout en gérant au quotidien un trouble neurologique complexe et invalidant, le tout sans jamais se plaindre, sans jamais demander de la sympathie, sans jamais instrumentaliser sa souffrance pour obtenir quoi que ce soit, relève d’un héroïsme discret qui force le respect bien au-delà du cercle du show-business.

Sa disparition nous rappelle aussi, avec une brutalité particulière, l’écart qui peut exister entre l’image publique d’un artiste et la réalité de sa vie intérieure. Derrière le masque du comédien, derrière les sourires des conférences de presse et les rires des plateaux de tournage, se cachent parfois des combats d’une intensité que le public ne soupçonne pas. Bruno Salomone avait choisi de porter son fardeau seul pour ne pas attrister ceux qui l’aimaient. Une forme d’altruisme poussé jusqu’à son terme le plus extrême.

Aujourd’hui, les messages de soutien à sa famille continuent d’affluer de la France entière. Ses enfants, ses amis, ses collaborateurs de longue date pleurent un homme qui n’a jamais dévié de ses valeurs, même quand le prix à payer était terriblement élevé. Les plateformes de streaming et les archives de l’INA nous permettront de retrouver ce sourire si particulier, cette voix qui a bercé nos vies pendant plus de trente ans, ce regard qui savait en une fraction de seconde basculer du comique au bouleversant. Bruno Salomone n’est plus là pour créer de nouveaux souvenirs. Mais ceux qu’il a laissés sont suffisamment nombreux, suffisamment riches, pour durer longtemps encore.

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