Les Français pourraient-ils être mobilisés en cas de guerre imminente ?
Les frappes iraniennes soulèvent de nombreuses inquiétudes parmi lesquelles la possible mobilisation de citoyens inexpérimentés.
Les Français toujours mobilisables ? La situation actuelle laisse entrevoir le scénario effrayant d’une guerre imminente. De quoi démoraliser les populations qui assistent, médusées, aux frappes qui gangrènent actuellement le Moyen-Orient. Et si, physiquement, les Français se trouvent loin du conflit, ils n’en restent pas moins impliqués politiquement… La faute aux alliances qui existent entre l’Occident et des pays visés par l’Iran.
La France en guerre : les citoyens appelés à combattre ?
D’ailleurs, qui dit implication, dit possible déploiement des troupes. Une perspective que redoutent les jeunes et moins jeunes, qui s’imaginent déjà contraints de partir au front comme leurs aînés avant eux. Mais alors que les posts sarcastiques sur les réseaux sociaux et les prises de parole se multiplient, une question se pose : est-il réellement possible que des militaires non professionnels soient déployés pour combattre ?
Et les craintes ne sont pas sans fondement. Au moment des Première et Seconde Guerres mondiales, la France a donné l’ordre de mobilisation générale. « Par décret du président de la République, la mobilisation des armées de terre, de mer et de l’air est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures, moyens d’attelage, aéronefs, véhicules automobiles, navires, embarcations, engins de manutention et de tous les moyens nécessaires pour suppléer à l’insuffisance des moyens ordinaires d’approvisionnement de ces armées », détaille le texte signé par Albert Lebrun, président de la IIIe République.
Durant la Seconde Guerre mondiale, pas moins de 4,5 millions d’hommes ont ainsi été appelés sous les drapeaux. Une source d’angoisse extrême pour les hommes à l’époque. Seulement, à l’heure actuelle, quelques obstacles empêchent qu’une telle situation se reproduise. On vous explique tout.
À lire aussi
Une armée de métier qui compte plus de 150 000 éléments
Pour commencer, il existe aujourd’hui une armée de métier, argumente Ouest-France. Ainsi, en cas de combat, les forces opérationnelles françaises sont les premières qui entreront en jeu. Soit les 77 000 hommes et femmes qui composent la force opérationnelle terrestre, les 34 000 militaires de la Marine et les 40 000 de l’Armée de l’air et de l’Espace. « Notre modèle de défense s’articule autour de la dissuasion nucléaire et de la capacité pour le président de la République de l’engager en tout temps et en tous lieux pour défendre nos intérêts vitaux s’ils venaient à être menacés », rappelle le ministère des Armées et des Anciens combattants dans L’édition du soir, fin 2024.
En cas de besoin, l’armée peut encore se rabattre sur les réservistes. Ils seraient en tout 22 000 pour l’armée de Terre, 6 000 pour la Marine nationale, et 5 700 pour l’armée de l’Air et de l’Espace.
Si et seulement si cette main-d’œuvre ne suffit pas, la mobilisation générale ou partielle est alors décidée par le Conseil des ministres puis signée par le président de la République. « Elle consiste à affecter une partie ou l’ensemble des citoyens à un poste ayant des fins militaires. Le ministre des Armées et des Anciens combattants est alors chargé de transmettre et de notifier l’ordre de mobilisation aux diverses autorités civiles et militaires intéressées. Si elle est générale, la mobilisation vise toute personne non exemptée des obligations militaires, sauf objection de conscience », reprend le ministère des Armées et des Anciens combattants.
À lire aussi
« La mobilisation est liée à la conscription »
Autre argument de taille : le service militaire ou « conscription » est actuellement suspendu. De fait, les jeunes ne sont plus formés au maniement des armes ou au comportement à adopter au sein de l’armée. Comme le souligne l’historien et ancien officier Michaël Bourlet, « la mobilisation est liée à la conscription ».
« Dans l’état actuel de l’organisation des armées, la mobilisation générale, au sens de 1914 et 1939, est improbable, ce qui n’exclut pas d’autres scenarii. Les hommes mobilisés lors des deux conflits mondiaux ont eu une instruction militaire, ils savent utiliser un fusil, marcher au pas, combattre au niveau d’une section… ce qui n’est pas le cas aujourd’hui des jeunes qui ne sont pas formés à la guerre. » Ils connaissaient par ailleurs leur affectation, inscrite dans un livret militaire lors de la conscription. Aujourd’hui, ces milliers, voire millions, d’hommes et de femmes non formés ne pourront donc pas intégrer l’armée, ou en tout cas péniblement.
Dernière problématique soulevée par Ouest-France : l’absence d’infrastructures et d’équipements pour accueillir les nouveaux arrivants. À l’heure actuelle, il serait matériellement impossible d’accueillir 8 ou 4,5 millions de citoyens sous le drapeau, comme ce fut le cas lors des Première et Seconde Guerres mondiales. Malgré tout, d’autres solutions pourraient être envisagées par l’État en cas de force majeure, à commencer par le rétablissement de la conscription.