Ce président de club espagnol pourchasse ses joueurs musulmans avec un jambon — la vidéo fait scandale
En Espagne, une vidéo tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. On y voit le président d’un club de football madrilène courir après plusieurs de ses propres joueurs, un jambon ibérique brandi à bout de bras, en leur criant de manger du porc. La séquence, aussi surréaliste qu’offensante, a déclenché une vague d’indignation bien au-delà des frontières du football. Et le personnage derrière ce geste n’en est pas à son premier dérapage.

Une scène filmée qui défie l’entendement
La vidéo a été tournée au sein même du CD Colonia Moscardo, un petit club évoluant dans les divisions inférieures madrilènes. Javi Poves, son président, y apparaît en train de traquer plusieurs joueurs musulmans de son effectif dans ce qui ressemble à un couloir du stade. Dans ses mains, un jambon ibérique entier. Son injonction, répétée à plusieurs reprises : « Mangez du porc ! »
Officiellement, la séquence aurait été tournée dans le cadre de la promotion d’un tirage au sort prévu lors du prochain match à l’Estadio Roman Valero. Mais l’excuse « promotionnelle » n’a convaincu personne. Sur les réseaux sociaux, les commentaires oscillent entre la consternation et la colère froide. Nombreux sont ceux qui dénoncent un acte de provocation délibéré visant des joueurs dont la religion interdit la consommation de porc.
Le geste ne se résume pas à une mauvaise blague potache entre coéquipiers. Il s’agit d’un dirigeant de club ciblant ses propres joueurs sur la base de leur confession religieuse, caméra allumée, dans un contexte où le racisme dans le football est un sujet brûlant en Espagne. Et justement, le timing de cette vidéo n’a rien d’anodin.
Un climat déjà explosif en Espagne
Quelques jours avant la diffusion de cette vidéo, la rencontre amicale entre l’Espagne et l’Égypte a été entachée par des incidents à caractère raciste. Lamine Yamal, la jeune star du FC Barcelone d’origine marocaine, a été prise à partie par plusieurs supporters dans les tribunes. Des chants islamophobes ont retenti pendant le match, poussant la FIFA à ouvrir une procédure disciplinaire.

L’émotion suscitée par ces événements était encore palpable quand la vidéo de Poves a fait surface. Pour de nombreux observateurs du football espagnol, ce n’est pas une coïncidence : c’est le symptôme d’un problème plus profond. Le geste du président du Colonia Moscardo s’inscrit dans une série d’actes discriminatoires qui secouent le sport espagnol ces dernières semaines.
En France aussi, le phénomène est connu. On se souvient que Mbappé avait envisagé de quitter les Bleus après l’Euro 2021, écœuré par des épisodes de racisme. Le football, miroir grossissant de la société, renvoie parfois des images difficiles à regarder en face. Mais qui est exactement ce président capable d’un tel geste devant une caméra ?
Javi Poves, un personnage aux multiples casseroles
Pour comprendre cette scène, il faut connaître le personnage. Javi Poves n’est pas un obscur dirigeant anonyme. Ancien footballeur professionnel, il avait déjà défrayé la chronique en 2011 en abandonnant sa carrière du jour au lendemain. À l’époque, il avait dénoncé publiquement les marchés financiers et la Bourse, qu’il comparait à une arme de destruction massive. Des déclarations qui avaient fait les gros titres en Espagne.
Reconverti en président de club, Poves est devenu une figure sulfureuse du football amateur espagnol. Ses prises de position, qualifiées de complotistes par la presse ibérique, lui ont valu une notoriété qui dépasse largement le cadre sportif de son modeste club. Mais c’est surtout son comportement sur le terrain qui inquiète les instances.
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Avant même l’affaire du jambon, la Fédération espagnole de football avait engagé des poursuites disciplinaires contre lui. Des menaces proférées à l’encontre d’arbitres, un accrochage physique avec des membres de l’équipe adverse lors d’un match contre le Rayo Majadahonda : le dossier Poves s’épaissit de mois en mois. Il risquait déjà une suspension de deux ans. Cette nouvelle vidéo pourrait bien alourdir considérablement la facture.
Ce qui frappe dans le cas Poves, c’est l’escalade. Chaque incident est plus provocateur que le précédent, comme si le dirigeant testait les limites de ce que les instances sportives sont prêtes à tolérer. Et cette stratégie de la surenchère rappelle d’autres épisodes où des provocations dans les stades ont franchi la ligne rouge.
Ce que risque réellement le dirigeant
La procédure disciplinaire en cours devant la Fédération espagnole ne portait jusqu’ici que sur les incidents précédents. Avec la diffusion de cette vidéo, le dossier prend une tout autre dimension. La question n’est plus seulement sportive : elle devient juridique et politique.
En Espagne, la loi sur le sport prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à l’interdiction définitive de toute fonction dans le football pour des actes discriminatoires. Le Code pénal espagnol punit également les actes d’incitation à la haine religieuse, avec des peines pouvant atteindre quatre ans de prison dans les cas les plus graves. Plusieurs associations antiracistes espagnoles ont d’ores et déjà annoncé leur intention de porter plainte.

La Fédération espagnole, déjà sous pression après les incidents lors du match Espagne-Égypte, se retrouve face à un nouveau test de crédibilité. Sanctionner un président de club amateur pour islamophobie avérée, filmée et diffusée, serait un signal fort. Ne pas le faire reviendrait à cautionner implicitement ce type de comportement, à un moment où le football espagnol est scruté de près par les instances internationales.
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Les joueurs, premières victimes silencieuses
Dans toute cette affaire, on parle beaucoup du président, de la vidéo, des réactions indignées. Mais on oublie souvent les premiers concernés : les joueurs eux-mêmes. Ces footballeurs du CD Colonia Moscardo, visés par leur propre dirigeant en raison de leur religion, se retrouvent dans une position impossible.
Jouer sous les ordres d’un homme qui vous humilie publiquement pour votre foi. Continuer à porter le maillot d’un club dont le président fait de votre confession un objet de moquerie. Garder le silence pour préserver sa place dans l’effectif, ou prendre la parole au risque de tout perdre dans un club de division inférieure où les contrats sont précaires et les alternatives rares.
Aucun des joueurs concernés ne s’est exprimé publiquement à ce stade. Ce silence, loin d’être un signe d’indifférence, en dit long sur le rapport de force qui existe dans les petits clubs entre dirigeants et joueurs. Dans les divisions inférieures, un président contrôle tout : les salaires, les titularisations, les contrats. Prendre la parole, c’est risquer de se retrouver sans club du jour au lendemain.
Le football professionnel dispose de syndicats de joueurs, de cellules anti-discrimination, de protocoles en cas d’incident raciste. Dans les divisions amateurs, ces filets de sécurité n’existent quasiment pas. C’est précisément dans ces zones grises que les abus prospèrent le plus facilement, loin des caméras de télévision et des communiqués officiels des grandes ligues.
Un scandale qui dépasse le rectangle vert
L’affaire Poves cristallise un débat qui dépasse largement le cadre sportif. En Espagne comme dans le reste de l’Europe, l’islamophobie dans le sport connaît une recrudescence préoccupante. Les incidents se multiplient, des tribunes aux vestiaires, des réseaux sociaux aux terrains de jeu.
La particularité de cette affaire, c’est qu’elle ne vient pas des tribunes. Elle ne vient pas de supporters alcoolisés ou de groupes ultras radicalisés. Elle vient du sommet de la hiérarchie d’un club. D’un homme censé protéger ses joueurs, les encadrer, les représenter. Cette dimension verticale de la discrimination est peut-être la plus inquiétante : quand le racisme descend du haut vers le bas, il contamine tout l’écosystème.
Les prochaines semaines diront si la Fédération espagnole et la justice ont les moyens — et la volonté — de traiter ce dossier à la hauteur de sa gravité. En attendant, la vidéo continue de circuler, partagée des centaines de milliers de fois, transformant un obscur club madrilène en symbole involontaire de tout ce qui ne va pas dans le football amateur européen.