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Un scientifique a poignardé et tenté de tuer son collègue en Antarctique parce qu’il lui avait révélé la fin d’un livre : il ne supportait pas qu’on le spoile

Publié par Elsa Fanjul le 07 Avr 2026 à 7:14

En 2018, une base scientifique perdue au bout du monde a été le théâtre d’une tentative de meurtre. Le motif n’a rien à voir avec la politique, l’argent ou la jalousie. Il concerne quelque chose que des millions de gens détestent — mais que personne n’avait encore réglé à coups de couteau.

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Un coup de couteau dans le réfectoire d’une base antarctique

Le 9 octobre 2018, la base Bellingshausen — une station de recherche russe située sur l’île du Roi-George, en Antarctique — bascule dans le chaos. Sergei Savitsky, ingénieur de 55 ans, se jette sur son collègue Oleg Beloguzov, 52 ans, armé d’un couteau de cuisine. La scène se déroule dans le réfectoire, devant d’autres membres de la station.

Beloguzov est touché à la poitrine. La lame atteint le cœur. Il est évacué en urgence vers un hôpital au Chili, le pays le plus proche disposant d’infrastructures médicales adaptées. Placé en soins intensifs, il frôle la mort mais finit par s’en sortir après plusieurs jours critiques.

Savitsky, lui, est immédiatement maîtrisé par le reste de l’équipe. Il est rapatrié à Saint-Pétersbourg, où il est placé en détention et mis en examen pour tentative d’homicide. Devant les médias britanniques, il lâche simplement : « C’est regrettable que les choses aient tourné ainsi. »

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Le motif le plus absurde de l’histoire criminelle polaire

Quand l’affaire éclate dans la presse internationale, tout le monde s’attend à un différend professionnel ou à une crise psychologique liée à l’isolement. La réalité est à la fois plus triviale et plus universelle.

Beloguzov avait une habitude insupportable : il révélait systématiquement la fin des livres que Savitsky était en train de lire. Dans une base antarctique, les distractions sont rares. La lecture est l’un des seuls refuges mentaux. Et pendant des mois, Beloguzov a méthodiquement gâché chaque dénouement, chaque suspense, chaque surprise littéraire de son collègue.

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Réfectoire d'une base scientifique en Antarctique
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Autrement dit : il spoilait. Encore et encore. Selon les témoignages recueillis après l’incident, cette manie durait depuis plusieurs mois et avait déjà provoqué de vives tensions entre les deux hommes. L’alcool — consommé régulièrement sur la base — aurait joué le rôle de catalyseur le soir du drame.

L’Antarctique, un laboratoire de la folie humaine

Aussi absurde que paraisse le motif, les spécialistes de la psychologie polaire ne sont pas vraiment surpris. Les bases antarctiques sont des environnements extrêmes où de petits groupes vivent confinés pendant des mois, parfois sans lumière naturelle, avec des températures extérieures qui descendent sous les -30 °C.

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Dans ces conditions, les micro-conflits du quotidien prennent des proportions démesurées. Un bruit de mastication, une manie de rangement, une blague répétée cent fois : tout devient potentiellement insoutenable. Les agences spatiales étudient d’ailleurs ces bases pour préparer les futures missions vers Mars, où l’isolement serait encore plus radical.

Le cas Savitsky-Beloguzov n’est pas isolé. En 2010, un météorologue russe posté dans une station arctique avait été condamné pour avoir tué son compagnon de base. Le motif exact n’avait jamais été pleinement élucidé, mais l’alcool et l’enfermement étaient là aussi au cœur de l’affaire.

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Une base « accessible » devenue célèbre pour les mauvaises raisons

La base Bellingshausen est l’une des plus anciennes stations de recherche en Antarctique. Opérationnelle toute l’année, elle est parfois décrite par les explorateurs comme un point d’entrée relativement accessible sur le continent blanc. Certains touristes polaires y font même escale lors de croisières en Antarctique.

Livres usés dans une chambre de station polaire

Après l’affaire de 2018, cette réputation a pris un sacré coup. L’image d’une base où l’on peut se faire poignarder pour un spoiler de roman a fait le tour des réseaux sociaux et des tabloïds du monde entier. Le contraste entre la gravité du geste et la futilité apparente du motif a fasciné l’opinion publique.

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Les autorités russes n’ont jamais communiqué publiquement sur le verdict du procès de Savitsky. On sait qu’il a été inculpé pour tentative d’homicide, mais l’issue judiciaire reste floue. Beloguzov, de son côté, s’est rétabli physiquement après son évacuation au Chili.

Ce que cette histoire dit de nous

Au-delà de l’anecdote, cette affaire met en lumière un phénomène bien documenté : l’effet dévastateur de l’ennui et du confinement sur les relations humaines. Quand l’espace est restreint et que les échappatoires n’existent pas, la moindre irritation devient une bombe à retardement.

Elle rappelle aussi que la lecture, loin d’être un simple passe-temps, peut représenter un véritable espace vital pour la santé mentale. Détruire cet espace — même involontairement, même par jeu — peut avoir des conséquences que personne n’anticipe.

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Alors, la prochaine fois que vous êtes tenté de révéler la fin d’un livre ou d’une série à quelqu’un, repensez à Sergei Savitsky et à la base Bellingshausen. Ce n’est pas une menace. C’est un conseil de survie.

Base Bellingshausen en Antarctique sous ciel nuageux

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