Mort d’Émile : plus de 100 ADN prélevés au Haut-Vernet, voici ce que nous l’on pourrait découvrir dans quelques jours
Près de deux ans après la disparition du petit Émile au Haut-Vernet, l’enquête franchit une étape décisive. Plus de 100 prélèvements ADN, réalisés sur les habitants, vacanciers et personnes de passage, viennent d’être achevés. Leur exploitation par un laboratoire de renommée nationale pourrait enfin donner un visage aux traces génétiques inconnues retrouvées sur les vêtements de l’enfant.
Une campagne de prélèvements d’une ampleur inédite
Début mars, les deux juges d’instruction en charge du dossier ont ordonné aux gendarmes de lancer une vaste opération de collecte d’ADN. L’objectif : ratisser large, très large. Habitants permanents du Haut-Vernet, estivants présents le 8 juillet 2023, simples visiteurs de passage — personne n’a été oublié dans ce hameau des Alpes-de-Haute-Provence où Émile a disparu.

Au total, ce sont plus de 100 prélèvements ADN qui ont été effectués, selon les informations de BFMTV confirmées par des sources concordantes. Les opérations se sont déroulées principalement dans les locaux de la gendarmerie de Seyne-les-Alpes, située à 25 kilomètres du Vernet. Certaines personnes ont été prélevées directement à leur domicile.
Cette collecte massive témoigne de la détermination des magistrats à ne laisser aucune piste inexplorée. Mais le vrai travail ne fait que commencer, et c’est dans un laboratoire bordelais que tout va se jouer.
Le professeur Doutremepuich, expert de référence en génétique forensique
L’exploitation génétique de ces prélèvements a été confiée au laboratoire du Professeur Christian Doutremepuich, basé à Bordeaux. Ce nom n’est pas inconnu des spécialistes des affaires criminelles françaises. Son laboratoire est régulièrement sollicité dans des dossiers sensibles, comme ce fut le cas dans la tuerie de Chevaline, où les expertises ADN avaient aussi constitué un enjeu majeur.
L’analyse va « prochainement » débuter, selon les sources proches du dossier. Les juges d’instruction espèrent obtenir un premier retour « dans plusieurs semaines », idéalement avant l’été. Un calendrier serré, mais qui dit beaucoup de l’urgence ressentie par les magistrats après bientôt deux ans sans mise en examen.
Le cœur de la mission est précis : comparer chacun des profils génétiques récoltés aux traces ADN étrangères à la famille d’Émile, découvertes sur les vêtements du petit garçon fin mars 2024. Ces traces demeurent à ce jour totalement inconnues.
Puces de volailles et excréments de chauve-souris : ces indices qui orientent l’enquête
Un rapport d’expertise rendu en septembre dernier a révélé des éléments troublants. Des traces de puces de volailles ainsi que des excréments de chauve-souris ont été retrouvés sur les ossements et les vêtements d’Émile. Des informations confirmées par une source proche de l’enquête à BFMTV, après avoir été évoquées dans l’émission « Sept à Huit » sur TF1.

Ces découvertes ont eu un impact concret sur la stratégie de la défense. Les avocats des grands-parents d’Émile se sont rendus au Haut-Vernet en novembre 2026. Ils ont ensuite déposé un mémoire auprès des juges d’instruction, demandant l’exploration de lieux agricoles — granges, abris, bâtiments d’élevage — qui n’avaient été que peu ou pas fouillés jusqu’ici. Une voisine avait déjà évoqué des zones du village insuffisamment examinées.
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La présence conjuguée de parasites aviaires et de déjections de chiroptères suggère que le corps d’Émile a séjourné dans un endroit rural fermé — un lieu potentiellement accessible à une personne connaissant parfaitement les environs. Mais les enquêteurs disposent d’un autre gisement de preuves génétiques, moins médiatisé, et tout aussi prometteur.
Des centaines de courriers anonymes passés au crible
Depuis le début de l’affaire, la Section de recherches de Marseille a reçu plusieurs centaines de lettres anonymes. Certaines contenaient des accusations, d’autres des « révélations » plus ou moins crédibles. Toutes ont un point commun : elles portent des traces d’ADN. Celles-ci ont été soigneusement prélevées et conservées.
Ces empreintes génétiques issues des courriers vont elles aussi être comparées aux profils ADN recueillis lors de la campagne de prélèvements au Haut-Vernet. L’idée est double. D’abord, identifier d’éventuels recoupements entre l’auteur d’un courrier et une personne présente sur les lieux le jour de la disparition. Ensuite, vérifier si l’un des profils anonymes correspond aux traces retrouvées sur les vêtements d’Émile. Comme dans d’autres phases de l’enquête, la génétique pourrait faire basculer le dossier.
Dans les affaires criminelles non résolues, il arrive qu’un expéditeur de courrier anonyme soit bien plus impliqué qu’il ne le pense. L’ADN laissé en cachetant une enveloppe ou en léchant un timbre a déjà permis de confondre des suspects dans plusieurs cold cases en France.
Une messe de Pâques et trois prières qui résument l’attente
À l’occasion du week-end de Pâques, une messe a été célébrée à la demande des grands-parents d’Émile. Trois intentions de prière ont été formulées : une pour les avocats et les juges, une pour les enquêteurs, et une dernière — la plus lourde de sens — « pour la personne qui a tué Émile ».

Cette troisième intention traduit une conviction familiale que beaucoup partagent : quelqu’un sait ce qui s’est passé ce 8 juillet 2023. L’entourage d’Émile n’a jamais cessé de croire que la vérité finirait par émerger, et que le responsable serait identifié. L’enquête sur la mort d’Émile reste l’une des plus suivies par l’opinion publique française.
Reste à savoir si les analyses du laboratoire bordelais apporteront la réponse que tout le monde attend. Si un profil génétique matche avec les traces inconnues retrouvées sur les vêtements d’Émile, l’enquête prendra un tournant radical. Dans le cas contraire, les juges devront envisager que la personne responsable n’était peut-être pas parmi les habitants et visiteurs prélevés — une hypothèse qui ouvrirait d’autres pistes, potentiellement encore plus complexes.
D’ici là, les habitants du Haut-Vernet vivent dans une attente que l’on imagine pesante. Plus de 100 personnes ont accepté de donner leur ADN. Parmi elles, statistiquement, se trouve peut-être la clé d’une affaire qui hante la France depuis bientôt deux ans. Comme d’autres disparitions récentes, le dossier Émile rappelle que la patience et la rigueur scientifique finissent souvent par l’emporter sur le silence.