Ebola : l’OMS déclenche son plus haut niveau d’alerte, 88 morts déjà recensés

Le virus Ebola refait surface en Afrique centrale, et cette fois, la communauté internationale retient son souffle. L’Organisation mondiale de la Santé vient de déclencher son plus haut niveau d’alerte sanitaire face à une épidémie qui frappe la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Le variant en cause n’a ni vaccin ni traitement connu. Derrière les chiffres officiels, une réalité bien plus sombre se dessine dans une province quasi inaccessible.
Ebola en RDC : pourquoi cette épidémie inquiète plus que les précédentes
L’Afrique a connu plus de 15 000 morts liés au virus Ebola ces cinquante dernières années. La République démocratique du Congo, épicentre historique de la fièvre hémorragique, pensait avoir tourné la page après une flambée maîtrisée entre août et décembre 2025, soldée par au moins 34 décès. Mais le répit aura été de courte durée.
Cette fois, c’est le variant Bundibugyo qui circule dans la province d’Ituri, à l’est du pays. Ce variant pose un problème majeur : les vaccins et traitements développés ces dernières années — efficaces contre la souche Zaïre — ne fonctionnent pas contre lui. La zone touchée, sans médicament disponible, est en outre extrêmement difficile d’accès, ce qui complique l’envoi d’équipes médicales et le prélèvement d’échantillons.
Résultat : les bilans reposent essentiellement sur des cas suspects. L’épidémie la plus meurtrière en RDC avait fait près de 2 300 morts pour 3 500 malades entre 2018 et 2020. Les autorités sanitaires redoutent un scénario comparable.
L’OMS déclenche l’urgence de santé publique : ce que cela signifie concrètement
Ce matin, l’OMS a officiellement déclaré l’état d’urgence de santé publique de portée internationale, désigné par l’acronyme USPPI. Jusqu’en juin 2024, il s’agissait du niveau d’alerte le plus élevé prévu par le Règlement sanitaire international — un cadre juridiquement contraignant pour les États membres. Des amendements adoptés l’an dernier ont depuis introduit un échelon supérieur, celui d’« urgence due à une pandémie », qui n’a pas encore été activé.
Au 16 mai, l’OMS a confirmé huit cas en laboratoire et recensé 246 cas suspects dans la province d’Ituri, auxquels s’ajoutent un cas confirmé à Kinshasa et un décès en Ouganda chez un voyageur revenu d’Ituri. L’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, dresse un bilan plus lourd : 88 décès vraisemblablement liés au virus sur 336 cas suspects. L’écart entre les deux décomptes illustre le manque de capacités de dépistage sur place, un problème qui rappelle les alertes sanitaires récentes.

Variant Bundibugyo : 88 décès et aucun vaccin à l’horizon
Le financement de la recherche vaccinale reste le talon d’Achille de la lutte contre les virus émergents. Pour le variant Bundibugyo, la situation est limpide : aucun candidat-vaccin n’est prêt. Les traitements existants — anticorps monoclonaux et antiviraux — ont été conçus pour la souche Zaïre, celle qui a provoqué les grandes flambées ouest-africaines de 2014-2016.
La fièvre hémorragique causée par Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels des malades ou des défunts. Dans la province d’Ituri, les rites funéraires traditionnels et l’isolement géographique favorisent la propagation silencieuse du pathogène. Peu d’échantillons parviennent aux laboratoires, ce qui signifie que le bilan réel est probablement bien supérieur aux chiffres officiels.
Les autorités congolaises, épaulées par l’OMS et l’Africa CDC, tentent d’installer des postes de surveillance aux frontières de la province. Mais chaque jour sans vaccin adapté rapproche cette épidémie d’un point de basculement que personne ne souhaite atteindre.
Un variant sans vaccin, une zone enclavée, des bilans probablement sous-estimés : l’épidémie d’Ebola en RDC coche toutes les cases d’une crise sanitaire majeure. Reste une question que les experts posent désormais ouvertement — combien de temps faudra-t-il pour que le monde investisse dans un vaccin contre Bundibugyo, ou faudra-t-il attendre que le virus franchisse un continent de plus ?