Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Santé

Ce vaccin contre l’hantavirus était prêt — 7 millions de dollars ont manqué

Publié par Killian le 15 Mai 2026 à 13:28
Paillasse de laboratoire avec flacons et microscope abandonnés

L’hantavirus fait trembler l’actualité depuis le cluster détecté sur le navire MV Hondius début mai. Pas de vaccin disponible, un taux de mortalité estimé entre 30 et 40 %, et une angoisse palpable. Pourtant, des scientifiques avaient trouvé la clé. Ils étaient à deux doigts de lancer des essais cliniques chez l’humain. Ce qui les a stoppés net ? Pas un échec en labo, mais un chèque que personne n’a voulu signer.

Hantavirus des Andes : pourquoi aucun vaccin n’existe encore en 2026

Transmis par les excréments, l’urine ou la salive de rongeurs infectés, l’hantavirus des Andes provoque un syndrome pulmonaire sévère capable de tuer près d’une personne sur trois. Certaines souches attaquent aussi les reins. Malgré cette dangerosité, seuls des vaccins inactivés existent contre d’autres types d’hantavirus — aucun ne cible la variante andine.

La raison est brutalement simple : l’argent manque. L’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) dénonce un « sous-financement chronique » de la recherche sur les maladies d’origine animale, alors que 60 % des maladies infectieuses humaines proviennent justement des animaux. Le paradoxe est vertigineux. On sait d’où vient le danger, on connaît les mécanismes de transmission, mais les budgets ne suivent pas. Et quand la prochaine pandémie frappe, on redécouvre l’urgence. Trop tard, trop cher.

L’anticorps miracle trouvé au Chili — puis oublié dans un tiroir

À l’Université de Concepción, au Chili, une équipe planche sur le sujet depuis les années 2010. En 2018, coup de tonnerre : les chercheurs isolent des anticorps monoclonaux efficaces. L’un d’eux élimine complètement l’infection pulmonaire chez les animaux testés. C’est énorme. Le feu vert pour des essais cliniques humains semble acquis.

Sauf que la facture s’élève à 7 millions de dollars. Personne ne signe. Puis le Covid-19 débarque et aspire toutes les ressources disponibles. Comme le résume la virologue María Inés Barría auprès de Bloomberg : « Nous avons franchi des étapes importantes, mais nous avons atteint une phase beaucoup plus coûteuse qui exige des investissements d’une tout autre ampleur. » Un à deux ans suffiraient pour relancer la machine, selon elle. Encore faudrait-il que quelqu’un décroche son carnet de chèques. On parle d’un montant ridicule à l’échelle pharmaceutique mondiale — à peine le prix d’un test sanguin révolutionnaire multiplié par quelques milliers.

Couloir d'hôpital avec chambres d'isolement vides

En France, la situation est « sous contrôle » — mais la menace reste intacte

Le spectre d’une nouvelle crise sanitaire a poussé les autorités françaises à réagir vite. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a confirmé jeudi sur X que « la totalité des cas contacts à une personne positive à l’hantavirus, présents en France », ont été testés négatifs. Bonne nouvelle, mais pas de quoi relâcher la vigilance.

Les 26 personnes concernées restent en isolement hospitalier et seront testées trois fois par semaine. La durée d’incubation, évaluée à 42 jours, impose cette prudence extrême. Le virus ne pardonne pas les raccourcis. Pendant ce temps, au Chili, un anticorps validé dort dans un congélateur. María Inés Barría attend toujours un coup de fil. Le plus absurde ? Sept millions de dollars, c’est moins que le budget marketing annuel d’un seul blockbuster pharmaceutique.

Un anticorps qui fonctionne, une équipe prête à reprendre, et un chiffre dérisoire qui bloque tout : voilà le résumé le plus frustrant de la recherche médicale en 2026. Pendant que les labos courent après les molécules les plus rentables, un virus à 40 % de létalité circule sans vaccin. La vraie question, c’est : combien de clusters faudra-t-il encore avant que ces 7 millions trouvent preneur ?

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *