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L’Élysée perquisitionné : 22 ans de cérémonies au Panthéon et des factures à 2 millions d’euros dans le viseur

Publié par Elodie le 22 Mai 2026 à 16:29
Façade du Panthéon à Paris au coucher du soleil

Des juges qui entrent dans le palais présidentiel, ce n’est jamais anodin. Et quand la dernière fois remonte à l’affaire Benalla en 2018, on mesure la gravité du moment. Le 21 mai, deux magistrats du Parquet national financier ont franchi les grilles de l’Élysée pour fouiller des bureaux liés à l’organisation des cérémonies au Panthéon. Derrière cette perquisition, une question simple : comment une seule société a-t-elle pu décrocher ces marchés publics pendant 22 ans ?

Favoritisme présumé : pourquoi le Parquet national financier cible l’Élysée

Tout part d’une information judiciaire ouverte en octobre 2025. Les chefs d’accusation donnent le ton : favoritisme, prise illégale d’intérêt, corruption et trafic d’influence. Rien que ça. Au cœur du dossier, les conditions dans lesquelles le Centre des monuments nationaux (CMN) a attribué certains marchés publics pour organiser les cérémonies de panthéonisation — ces grands hommages solennels aux figures illustres de la République.

C’est Le Canard Enchaîné qui a mis le feu aux poudres en révélant l’affaire. L’hebdomadaire satirique pointe du doigt le choix récurrent d’un même prestataire, la société Shortcut Events, pour orchestrer ces événements d’État. Le problème n’est pas tant la qualité des cérémonies que la manière dont les contrats ont été signés, sans que la concurrence semble avoir eu voix au chapitre. Un schéma qui, selon les enquêteurs, interroge sur la destination réelle des fonds publics engagés.

Shortcut Events : 2 millions d’euros par panthéonisation pendant plus de deux décennies

Le chiffre fait tourner la tête. Chaque cérémonie d’entrée au Panthéon aurait été facturée « autour de 2 millions d’euros » à l’État, selon Le Canard Enchaîné. Multipliez par le nombre de panthéonisations organisées sur 22 ans, et vous obtenez un volume financier considérable confié à un seul et même acteur privé.

Les enquêteurs veulent comprendre pourquoi Shortcut Events a systématiquement été retenue, et si des liens personnels ou des arrangements ont pu fausser le jeu de la commande publique. Le Parquet national financier — le même qui instruit des dossiers de grande délinquance économique — ne se déplace pas à l’Élysée pour un simple doute comptable. La perquisition du 21 mai a d’ailleurs été précédée d’échanges institutionnels pour en permettre le déroulement, signe que les tensions entre justice et présidence étaient palpables.

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La loi protège, mais jusqu’où ? Le 14 avril, soit plus d’un mois avant la perquisition effective, les magistrats du PNF s’étaient déjà présentés au palais. Réponse de l’Élysée : circulez. L’argument brandi ? L’article 67 de la Constitution, qui garantit au président une forme d’inviolabilité pendant son mandat. Selon cette lecture, les locaux rattachés à la présidence seraient eux aussi protégés de toute intrusion judiciaire.

Le procureur de la République financier, Pascal Prache, a rendu la chose publique par communiqué : les enquêteurs se sont vu opposer une interprétation constitutionnelle verrouillant l’accès. Un mois de négociations a suivi. Le 21 mai, la porte s’est finalement ouverte. L’Élysée, interrogé par l’AFP, n’a fait « aucun commentaire dans l’immédiat ». Un silence qui en dit long. Car la dernière perquisition dans ces murs, c’était en 2018, dans l’affaire Benalla — déjà sous Emmanuel Macron.

Deux perquisitions en sept ans au palais présidentiel : c’est deux de plus que sous tous les prédécesseurs de la Ve République réunis. L’enquête ne fait que commencer, et les juges ont désormais accès aux documents. Reste une question qui va occuper les prochains mois : que contiennent exactement ces dossiers que l’Élysée ne voulait pas montrer ?

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