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13 mai : le jour où la France a basculé dans une guerre sans nom… et où Stevie Wonder est né aveugle à 11 ans

Publié par Claire le 12 Mai 2026 à 20:03

Le 13 mai est l’une de ces dates qui concentrent des événements si différents qu’on dirait un roman mal ficelé. Un putsch militaire qui enterre une République française entière, trois enfants portugais qui affirment avoir vu la Vierge Marie, un gamin du Michigan qui perd la vue à la naissance et deviendra l’un des musiciens les plus influents du XXe siècle. Installe-toi : cette journée dans l’histoire mérite qu’on s’y arrête.

Alger, 1958 : le coup de force qui a tué la IVe République

Le 13 mai 1958, la France vit l’une des crises politiques les plus violentes de son histoire contemporaine. À Alger, des milliers de partisans de l’Algérie française envahissent le siège du Gouvernement général. Des généraux, emmenés par Massu et Salan, forment un « Comité de salut public » et exigent le retour au pouvoir du général de Gaulle. Paris est sidéré. Le gouvernement de Pierre Pflimlin, investi le jour même, est déjà condamné.

Foule et militaires devant le gouvernement général à Alger en 1958

Ce qui rend cet épisode si singulier, c’est qu’il ne s’agit pas d’un simple putsch militaire. Le mouvement mêle colons furieux, parachutistes en armes et gaullistes convaincus que seul le Général peut sauver le pays. En métropole, la peur d’un coup d’État plane pendant deux semaines. De Gaulle joue habilement l’ambiguïté : il ne condamne pas les insurgés, mais ne les soutient pas ouvertement non plus.

Le résultat ? Le 1er juin, de Gaulle est investi président du Conseil par l’Assemblée nationale. En septembre, la Ve République est adoptée par référendum avec 82 % des voix. La IVe République, née en 1946, aura vécu douze ans. Comme on l’a vu avec la fin de la Seconde Guerre mondiale le 8 mai, les dates de mai ont une tendance particulière à redistribuer les cartes en France. Mais ce jour-là, personne ne pouvait deviner que le conflit algérien durerait encore quatre ans.

Fatima, 1917 : trois enfants, un « secret » et un siècle de controverses

Vingt-quatre heures avant que l’Europe ne s’entre-déchire sur les tranchées, trois jeunes bergers portugais — Lúcia dos Santos, 10 ans, et ses cousins Francisco et Jacinta Marto, 9 et 7 ans — affirment avoir vu une « dame toute de blanc vêtue » au-dessus d’un chêne vert, dans un champ près de Fatima, au Portugal. Nous sommes le 13 mai 1917.

Trois enfants bergers dans un champ à Fatima en 1917

L’apparition se répétera cinq fois, jusqu’au 13 octobre 1917, date du fameux « miracle du soleil » devant 70 000 témoins. L’Église catholique mettra des décennies à reconnaître officiellement l’événement, mais Fatima deviendra l’un des plus grands lieux de pèlerinage au monde, avec environ 6 millions de visiteurs par an. Le détail qui fascine encore aujourd’hui : les trois « secrets de Fatima ». Les deux premiers, révélés en 1941, évoquent l’enfer et la montée du communisme en Russie. Le troisième, gardé sous scellés au Vatican, ne sera publié qu’en l’an 2000. Il décrit un « évêque vêtu de blanc » abattu par des soldats — une vision que Jean-Paul II a interprétée comme la prédiction de sa propre tentative d’assassinat… survenue un 13 mai 1981.

Cette coïncidence de dates reste l’un des mystères les plus discutés de l’histoire religieuse contemporaine. Mais un autre 13 mai a failli changer le cours de la guerre froide de façon bien plus concrète.

1981 : deux balles sur la place Saint-Pierre

Le 13 mai 1981, à 17 h 17, le pape Jean-Paul II traverse lentement la place Saint-Pierre à bord de sa papamobile blanche, saluant la foule. Un jeune Turc de 23 ans, Mehmet Ali Ağca, tire quatre coups de feu. Deux balles atteignent le pape : l’une à l’abdomen, l’autre à la main gauche. Jean-Paul II perd connaissance dans les bras de son secrétaire. L’opération durera cinq heures et vingt minutes. Il survivra.

Ağca avait déjà assassiné un journaliste turc en 1979 et s’était évadé de prison. Son mobile reste, encore aujourd’hui, partiellement obscur. La « piste bulgare », impliquant les services secrets du bloc de l’Est, n’a jamais été formellement prouvée, malgré un procès retentissant à Rome en 1986. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que Jean-Paul II a rendu visite à son agresseur en prison dès 1983 et lui a pardonné. Ağca a été gracié par l’Italie en 2000, à la demande du pape lui-même.

Place Saint-Pierre au Vatican avec la papamobile en 1981

Le lien entre cet attentat et les apparitions de Fatima, survenues exactement 64 ans plus tôt, a profondément marqué le pontificat de Jean-Paul II. Il a fait enchâsser l’une des balles extraites de son corps dans la couronne de la statue de Notre-Dame de Fatima. Un geste qui, que l’on soit croyant ou non, dit quelque chose de la puissance symbolique des dates dans l’histoire. Mais le 13 mai n’est pas qu’une affaire de foi et de politique — c’est aussi le jour où un musicien a réécrit les règles du jeu.

Stevie Wonder : aveugle à la naissance, génie dès 11 ans

Stevland Hardaway Judkins naît le 13 mai 1950 à Saginaw, dans le Michigan. Prématuré de six semaines, il est placé en couveuse. L’excès d’oxygène administré provoque une rétinopathie qui le rend définitivement aveugle. À 4 ans, il joue de l’harmonica. À 8 ans, du piano. À 9 ans, de la batterie. À 11 ans, il signe chez Motown sous le nom de « Little Stevie Wonder ».

Son premier album live, enregistré à 12 ans, contient le tube « Fingertips », qui le propulse numéro 1 aux États-Unis. Il devient le plus jeune artiste à atteindre cette place. Mais c’est dans les années 1970 que Stevie Wonder explose toutes les frontières : entre 1972 et 1976, il sort cinq albums consécutifs — Talking Book, Innervisions, Fulfillingness’ First Finale, Songs in the Key of Life — qui sont considérés parmi les plus grands disques de l’histoire de la musique populaire. Vingt-cinq Grammy Awards au compteur, plus de 100 millions d’albums vendus.

Jeune musicien aveugle jouant du piano avec passion années 1970

Le détail surprenant ? En 1973, un grave accident de voiture à Salisbury, en Caroline du Nord, le plonge dans le coma pendant quatre jours. Son bassiste lui chante « Higher Ground » à l’oreille dans sa chambre d’hôpital. Wonder finit par bouger les doigts en rythme. C’est le premier signe de son réveil. Une naissance marquée par la cécité, un quasi-décès sauvé par la musique : la vie de Stevie Wonder est un roman à elle seule. D’autres célébrités nées un 13 mai ont connu des destins tout aussi fascinants.

Robert Pattinson et les autres natifs du 13 mai

Si tu es né un 13 mai, tu partages ta date de naissance avec Robert Pattinson, né en 1986 à Londres. Avant de devenir Batman en 2022, l’acteur a failli tout plaquer. Viré de son école privée pour avoir revendu des magazines pornographiques à ses camarades, il rejoint un club de théâtre amateur sur les conseils de son père. Le reste appartient à l’histoire du cinéma — et aux 3,3 milliards de dollars générés par la saga Twilight.

Autre natif du jour : Daphné Bürki, née le 13 mai 1980 à Toulouse. Mannequin devenue chroniqueuse puis présentatrice sur Canal+ et France 2, elle a imposé un style décalé dans le paysage audiovisuel français. Son émission Je t’aime etc. sur France 2 a abordé des sujets de société avec une liberté de ton rare pour la télé publique.

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On peut aussi citer Georges Braque, né le 13 mai 1882 à Argenteuil, cofondateur du cubisme avec Picasso. Sans lui, l’art moderne aurait pris un chemin radicalement différent. Mais un autre événement du 13 mai a redessiné la carte d’un continent entier — et presque personne ne s’en souvient.

1888 : le Brésil abolit l’esclavage en une signature

Le 13 mai 1888, la princesse Isabelle du Brésil signe la « Lei Áurea » — la Loi d’or — qui abolit immédiatement et sans conditions l’esclavage sur tout le territoire brésilien. Le texte tient en deux articles. Le premier : « L’esclavage est déclaré aboli au Brésil. » Le second : « Toutes les dispositions contraires sont abrogées. » Dix-huit mots au total.

Le Brésil est le dernier pays des Amériques à abolir l’esclavage. À cette date, environ 700 000 personnes sont encore réduites en servitude. La loi ne prévoit aucune indemnisation pour les anciens esclaves, ni aucune politique de réinsertion. Cette abolition sans transition va plonger des centaines de milliers de personnes dans une misère qui marquera la société brésilienne pour des générations. Comme pour d’autres abolitions historiques, la signature d’une loi ne signifie pas la fin d’un système.

Princesse Isabelle signant l'abolition de l'esclavage au Brésil en 1888

Détail méconnu : les propriétaires terriens, furieux de ne recevoir aucune compensation, retirent leur soutien à la monarchie. Dix-huit mois plus tard, un coup d’État militaire renverse l’empereur Pedro II. La république est proclamée le 15 novembre 1889. La princesse Isabelle, celle-là même qui a libéré 700 000 personnes, finit sa vie en exil en France, à Eu, en Normandie, où elle meurt en 1921. La liberté qu’elle a accordée a coûté sa couronne à sa famille.

1846 : les États-Unis déclarent la guerre au Mexique pour un territoire grand comme l’Europe

Le 13 mai 1846, le président américain James K. Polk signe la déclaration de guerre contre le Mexique. Le prétexte officiel : des soldats américains auraient été attaqués en « territoire américain ». La réalité est plus cynique. Les États-Unis convoitent le Texas (annexé un an plus tôt), la Californie et tout le Sud-Ouest. La guerre durera deux ans.

Le traité de Guadalupe Hidalgo, signé en février 1848, contraint le Mexique à céder 55 % de son territoire : le Texas, la Californie, le Nevada, l’Utah, l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Colorado et le Wyoming actuels. En échange, les États-Unis versent 15 millions de dollars. C’est l’équivalent d’environ 500 millions actuels — pour un territoire plus vaste que l’Europe de l’Ouest.

Le fait troublant : neuf jours avant la signature du traité de paix, le 24 janvier 1848, de l’or est découvert à Sutter’s Mill, en Californie. Si le Mexique avait tenu quelques semaines de plus, la ruée vers l’or de 1849 aurait pu réécrire toute l’histoire des Amériques. Ce genre de « presque » historique rappelle que les grandes dates tiennent parfois à quelques jours de décalage. D’ailleurs, le hasard a parfois un sens de l’humour assez particulier un 13 mai.

L’anecdote que personne ne connaît : le jour où l’URSS a lancé un vaisseau spatial… vide

Le 13 mai 1946, l’URSS signe un décret secret ordonnant la création de son programme de missiles balistiques, sous la direction d’un certain Sergueï Korolev — l’homme qui enverra Gagarine dans l’espace quinze ans plus tard. Ce qui est fascinant, c’est que Korolev avait été condamné à six ans de goulag en 1938, accusé de « sabotage ». Il a conçu ses premiers plans de fusées dans un camp de travail, sur du papier d’emballage.

Autre curiosité spatiale liée au 13 mai : en 1992, trois astronautes de la navette Endeavour réalisent la première sortie extravéhiculaire à trois personnes simultanément, pour capturer un satellite de communication en panne. L’opération, diffusée en direct, montre les trois spationautes attraper le satellite à mains nues — littéralement — après que le bras robotique a échoué. Parfois, comme le racontait l’éphéméride du 12 mai, la technologie cède le pas à l’improvisation humaine.

Mai 68 : le 13 mai qui a paralysé la France

Dix ans exactement après le putsch d’Alger, le 13 mai 1968, un million de personnes défilent dans les rues de Paris. Ouvriers et étudiants marchent ensemble pour la première fois. Les syndicats CGT, CFDT et FEN appellent à la grève générale. Le Quartier latin est barricadé depuis une semaine. La Sorbonne est occupée.

Le défilé du 13 mai 1968 transforme une révolte étudiante en crise nationale. En une semaine, neuf millions de travailleurs seront en grève. L’économie française est paralysée. De Gaulle — encore lui — disparaît mystérieusement le 29 mai, direction Baden-Baden, pour consulter le général Massu (le même qu’en 1958). À son retour, il dissout l’Assemblée nationale. Les élections de juin donneront une victoire écrasante à la droite gaulliste.

Le paradoxe du 13 mai ? En 1958, cette date a installé de Gaulle au pouvoir. En 1968, elle a failli l’en chasser. Deux 13 mai, le même homme, deux faces d’une même pièce. Si tu veux retrouver d’autres dates qui ont fait trembler la France, jette un œil à ce qui s’est passé un 1er mai — les parallèles sont saisissants.

Ce que le 13 mai nous dit du hasard

Rares sont les dates qui concentrent autant de symétries. Un attentat contre un pape, 64 ans jour pour jour après une apparition mariale au même message prophétique. Deux crises françaises majeures à exactement dix ans d’intervalle, avec le même homme au centre. Une abolition de l’esclavage qui provoque la chute d’un empire. Un enfant aveugle qui voit la musique mieux que quiconque.

Le 13 mai n’est pas une date maudite. Ce n’est pas non plus une date bénie. C’est une date où l’histoire semble se regarder dans un miroir — et sourire en coin. Si tu veux continuer ce voyage dans le temps, découvre ce qui s’est passé un 9 mai ou un 11 mai. Chaque date cache ses propres coïncidences.

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