28 avril : le jour où Mussolini fut lynché, où la Corée fut coupée en deux… et où un comédien culte vit le jour
Il y a des dates qui concentrent à elles seules plusieurs basculements de l’histoire. Le 28 avril en fait partie. Ce jour-là, un dictateur a été abattu et exposé à la vue de tous, un pays a été tranché en deux sur une carte, et des hommes et femmes qui allaient marquer leur époque ont poussé leur premier cri. Tu penses connaître ce 28 avril ? Pas si vite.

Mussolini fusillé, puis pendu par les pieds : la fin d’un dictateur
Le 28 avril 1945, Benito Mussolini est arrêté près du lac de Côme alors qu’il tente de fuir en Suisse, déguisé dans un manteau de soldat allemand. Quelques heures plus tard, il est fusillé avec sa maîtresse Clara Petacci. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire — c’est même là que tout bascule.
Le lendemain matin, les corps de Mussolini et de cinq autres fascistes sont exposés à Milan, piazza Loreto, pendus par les pieds à une station-service. La foule se déchaîne. La scène est photographiée et fait le tour du monde. C’est l’une des images les plus violentes et les plus symboliques de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Le détail qui glace : Hitler, réfugié dans son bunker à Berlin, aurait appris la mort de Mussolini ce même 28 avril. Deux jours plus tard, le 30 avril, il se suicidait. La chute des deux dictateurs alliés s’est jouée en 48 heures.
La Corée coupée en deux : un trait de crayon qui dure encore aujourd’hui
Le 28 avril 1952, le traité de paix de San Francisco entre en vigueur, mettant officiellement fin à l’occupation américaine du Japon — et entérinant une architecture géopolitique en Asie qui allait façonner des décennies de tensions. Dans ce contexte, la péninsule coréenne reste formellement divisée le long du 38e parallèle, frontière tracée en urgence en 1945 par deux officiers américains en moins de 30 minutes sur une carte du National Geographic.
Ce trait improvisé, destiné à être provisoire, n’a jamais été effacé. Il sépare aujourd’hui encore deux pays radicalement opposés : la Corée du Sud, l’une des économies les plus dynamiques du monde, et la Corée du Nord, l’un des régimes les plus fermés de la planète. Plus de 70 ans après ce trait de crayon, des familles restent coupées de leurs proches, sans aucun moyen de communication.
Et cette division n’a toujours pas de solution en vue — ce qui en fait l’une des frontières les plus dangereuses du monde encore aujourd’hui.

1789 : le début d’une mutinerie qui a changé l’histoire maritime
Le 28 avril 1789, les marins du HMS Bounty se mutinent contre leur capitaine William Bligh dans les eaux du Pacifique Sud. Sous l’autorité de Fletcher Christian, ils abandonnent Bligh et dix-huit hommes sur un canot de sauvetage au milieu de l’océan. Ce que peu de gens savent : Bligh réussit à traverser plus de 6 700 kilomètres sur ce canot de fortune, sans perdre un seul homme.
La mutinerie du Bounty est devenue l’une des histoires les plus racontées de l’histoire maritime — trois films hollywoodiens, des dizaines de livres. Mais la vraie prouesse de survie, c’est celle de Bligh, pas celle des mutins. Fletcher Christian et ses compagnons finirent par s’installer sur l’île de Pitcairn, si isolée que leurs descendants y vivent encore de nos jours — une centaine de personnes portant le nom de famille Christian.
Jim Thorpe, l’athlète le plus complet de l’histoire, est né un 28 avril
Le 28 avril 1888, Jim Thorpe voit le jour en Oklahoma. Autochtone amérindien de la nation Sac and Fox, il devient l’un des sportifs les plus extraordinaires que le monde ait jamais vus. Aux Jeux Olympiques de Stockholm en 1912, il remporte à la fois le pentathlon et le décathlon — deux épreuves, deux médailles d’or, dans deux disciplines totalement différentes.
Le roi de Suède Gustave V lui dit en personne : « Tu es le plus grand athlète du monde. » Thorpe aurait répondu simplement : « Merci, Roi. » Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En 1913, il est dépouillé de ses médailles parce qu’il avait joué au baseball semi-professionnel avant les JO, violant les règles de l’amateurisme de l’époque. Il faudra attendre 1983, trente ans après sa mort, pour que le Comité International Olympique lui restitue officiellement ses titres.

La naissance d’une légende du rire : Jay Leno
Le 28 avril 1950, Jay Leno naît à New Rochelle, dans l’État de New York. Pendant vingt-deux ans, il présentera le Tonight Show sur NBC, l’émission de late night la plus regardée des États-Unis. Avec ses costumes bien taillés et son humour au scalpel, il devient l’une des figures les plus influentes du divertissement américain.
Ce que beaucoup ignorent : adolescent, Leno avait été diagnostiqué dyslexique et considéré comme un élève médiocre. Ses professeurs estimaient qu’il n’irait nulle part. Il a compensé cette difficulté par une mémoire orale exceptionnelle et un travail acharné — à ses débuts, il faisait parfois 300 spectacles par an pour perfectionner son stand-up.
Sa passion pour les voitures anciennes est tout aussi légendaire : sa collection personnelle compte plus de 180 véhicules, dont certains valent plusieurs millions de dollars. Une façon bien à lui d’écrire une histoire avec les machines qui lui sont chères.
À lire aussi
1969 : De Gaulle démissionne après un référendum perdu
Le 28 avril 1969, Charles de Gaulle annonce sa démission de la présidence de la République française. Il avait lié son maintien au pouvoir au résultat d’un référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat. Les Français ont dit non à 52,41 %. De Gaulle parte immédiatement, sans attendre.
La scène est sidérante pour ses contemporains : l’homme qui avait sauvé la France en 1940, fondé la Ve République, traversé les tempêtes de la décolonisation et de Mai 68, quitte le pouvoir sur un référendum secondaire. Il se retire dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises et mourra dix-huit mois plus tard, en novembre 1970.
Le détail que l’histoire retient : la veille du référendum, de Gaulle était tellement certain de gagner qu’il avait préparé ses discours de victoire. C’est sa confiance absolue dans le lien direct avec le peuple français qui l’a perdu — une forme d’orgueil, peut-être, que même le général n’a jamais reconnu.
1996 : le massacre de Port Arthur, le pire de l’histoire australienne
Le 28 avril 1996, un homme armé ouvre le feu sur des touristes et des habitants dans le site historique de Port Arthur, en Tasmanie. Bilan : 35 morts et 23 blessés. C’est la fusillade de masse la plus meurtrière de l’histoire australienne.
La réponse politique est aussi rapide que radicale. En moins de douze jours, le Premier ministre John Howard — pourtant conservateur — annonce une réforme totale de la législation sur les armes à feu. Le gouvernement rachète et détruit 650 000 armes semi-automatiques. Depuis 1996, l’Australie n’a connu aucune fusillade de masse comparable.
Ce cas est aujourd’hui cité dans le monde entier comme l’exemple d’une réponse politique efficace à une tragédie nationale. Mais il est aussi régulièrement contesté par les lobbys pro-armes qui refusent d’en tirer des leçons. La tragédie de Port Arthur continue d’alimenter un débat mondial qui, comme après Columbine, n’a toujours pas trouvé de réponse universelle.
L’anecdote insolite : le jour où un cosmonaute est revenu sur Terre… dans un pays qui n’existait plus
Sergueï Krikalev est parti dans l’espace le 18 mai 1991, alors que l’URSS existait encore. Il est revenu sur Terre le 25 mars 1992 — soit bien après la dissolution de l’Union soviétique, survenue le 25 décembre 1991. Mais c’est autour du 28 avril que son histoire devient un symbole absolu : pendant ses 311 jours en orbite, le pays pour lequel il était parti avait tout simplement cessé d’exister.
En atterrissant au Kazakhstan — devenu entre-temps un État indépendant —, Krikalev est revenu dans un monde totalement reconfiguré. Son passeport était soviétique, sa ville de Leningrad s’appelait désormais Saint-Pétersbourg, et le drapeau de son pays avait changé. Il est entré dans l’histoire comme « le dernier citoyen soviétique » — un homme que l’espace avait protégé du chaos d’une révolution, mais pas de ses conséquences.
Naissance de Terry Pratchett : l’homme qui riait de la mort
Le 28 avril 1948, Terry Pratchett naît en Angleterre. Il deviendra l’un des auteurs de fantasy et d’humour les plus lus au monde, avec plus de 85 millions de livres vendus traduits en 37 langues. Sa série Discworld — le Monde du Disque en français — compte 41 romans et reste une référence mondiale du genre.
En 2007, il annonce publiquement être atteint d’une forme rare d’Alzheimer à un âge précoce. Il continue d’écrire, milite pour le droit à mourir dignement, et publie encore plusieurs livres après son diagnostic. Il meurt en 2015, entouré de sa famille, avec ce tweet laconique resté dans les mémoires : « Terry a pris congé de la scène du monde. Il est parti avec sa mort comme il avait vécu. »
Un écrivain qui avait passé sa carrière à se moquer de la mort — son personnage de La Mort, avec sa grande faux et ses petites phrases philosophiques, est l’un des plus aimés de la littérature mondiale — et qui a fini par la regarder en face avec la même ironie.
Le 28 avril, c’est donc une date qui ne s’oublie pas facilement. Dictateur pendu, pays tranchés, athlètes spoliés, fusillades et cosmonautes perdus dans le temps : chaque 28 avril, l’histoire a montré qu’elle n’avait pas peur d’en faire trop. Si tu veux continuer à remonter le temps, le 27 avril a lui aussi ses secrets bien gardés — dont un roi condamné pour avoir voulu la paix.