Feuilles mortes : une amende si vous ne balayez pas devant chez vous cet automne ?
Chaque automne, l’entrée de la maison se couvre de feuilles mortes et la question revient inévitablement : que faut-il en faire ? La loi est claire sur un premier point depuis 2020. Il est interdit de brûler les déchets verts à l’air libre ou dans un incinérateur. Ce cadre a été posé par la loi du 10 février 2020 dédiée à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Les feuilles mortes, en tant que déchets verts, entrent donc pleinement dans cette interdiction.
Derrière cette règle, il y a des raisons sanitaires et environnementales très concrètes. Brûler des végétaux, surtout lorsqu’ils sont humides, libère des substances toxiques nocives pour la santé et l’air que nous respirons. L’Ademe rappelle notamment l’émission de particules fines, oxydes d’azote, HAP, monoxyde de carbone, COV et dioxines. Le brûlage est donc proscrit pour limiter la pollution atmosphérique, prévenir les incendies et éviter les troubles de voisinage.
Laisser les feuilles au sol : une fausse bonne idée
Si l’interdiction de brûler ne fait pas débat, peut-on pour autant laisser les feuilles s’accumuler où elles tombent ? À l’intérieur de votre propriété, personne ne peut vous imposer légalement de les ramasser. Toutefois, mieux vaut nettoyer le terrain, car un tapis épais finit par asphyxier le gazon et peut abîmer votre extérieur. Laisser traîner des amas sur des zones de passage n’est pas anodin non plus.
Le sujet devient plus sensible dès que les feuilles mortes s’invitent sur la voie publique, à l’entrée de votre maison, de votre garage ou sur le trottoir. Humides, elles deviennent glissantes et dangereuses pour les passants. C’est là que la responsabilité de chacun croise les pouvoirs de police du maire en matière de nettoiement des rues.
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Qui doit balayer ? Le rôle du maire… et le vôtre
Le Code général des collectivités territoriales prévoit, via son article L. 2212-2, que la police municipale veille notamment au nettoiement des voies. Concrètement, la commune est responsable de l’entretien des rues et trottoirs. Mais cette compétence publique n’empêche pas le maire d’imposer des obligations aux riverains lorsque la sécurité ou la salubrité l’exigent.
Dans le cadre de ses pouvoirs de police, le maire peut ainsi demander aux propriétaires de balayer devant leur porte ou de retirer les tas de feuilles qui rendent le trottoir impraticable. Pour être applicable, cette demande doit prendre la forme d’un arrêté municipal. Généralement limité dans le temps et dans l’espace. Et justifié par la prévention des risques pour les usagers de la voie publique. Ce type d’arrêté n’est pas automatique ni général : il dépend des communes, des conditions météo et des situations locales.
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Belgique : des amendes bien réelles pour le non-ramassage
L’idée d’une amende pour des feuilles non ramassées n’est pas une fiction. Chez nos voisins belges, certaines autorités locales sanctionnent effectivement l’absence d’entretien devant les habitations. La zone de police de Charleroi en offre un exemple concret. Son règlement général de police prévoit le retrait des feuilles qui encombrent trottoirs et lieux de passage. Selon les informations rapportées, l’amende peut varier de 50 € à 350 €. Un montant jugé dissuasif pour inciter les particuliers à balayer régulièrement.
Ce détour par la Belgique montre que le non-ramassage n’est pas qu’une question d’esthétique ou de confort. C’est perçu comme un enjeu de sécurité et de bon ordre. Dès qu’il y a danger pour autrui, les autorités locales se réservent le droit d’obliger et, le cas échéant, de sanctionner. Cette philosophie peut inspirer des mesures en France lorsqu’il s’agit de préserver la sécurité sur le domaine public.
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En France : pas d’amende nationale automatique
Revenons en France, car c’est sans doute la question qui vous intéresse le plus si votre allée disparaît sous un tapis de feuilles. Contrairement à ce qui se pratique en Belgique, il n’existe pas, à l’échelle nationale, de contravention automatique si vous ne ramassez pas les feuilles mortes devant chez vous. La loi française n’a pas instauré d’amende uniforme pour ce cas précis.
Cela ne signifie pas pour autant que ne rien faire vous met totalement à l’abri. D’une part, les communes peuvent, en fonction des circonstances, prendre un arrêté municipal exigeant le balayage ou le ramassage des feuilles sur les zones de passage. D’autre part, en cas d’accident provoqué par un tapis de feuilles glissantes au droit de votre propriété, votre responsabilité civile pourrait être engagée si un manquement évident à un devoir de prudence est établi.
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Pourquoi les arrêtés municipaux changent la donne
La clé, en pratique, c’est de vérifier s’il existe un arrêté municipal en vigueur sur votre commune pendant la période automnale. Ces textes précisent généralement le périmètre, la durée, les obligations pour les riverains, et parfois les sanctions en cas de non-respect. Lorsque la météo apporte pluies et vent, la glissance des trottoirs augmente et les maires peuvent serrer la vis pour éviter les chutes et litiges.
Si un tel arrêté s’applique chez vous, le non-ramassage des feuilles à l’entrée ou au droit de votre propriété peut être reproché. Et si une chute survient précisément sur cette portion devenue dangereuse, la victime pourrait réclamer réparation. Sans aller jusqu’à une amende nationale, le risque financier existe sous forme de dommages-intérêts, potentiellement pris en charge par votre assurance selon les garanties souscrites, mais pas toujours sans franchise ni conséquences sur le contrat.
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Brûler est interdit, laisser traîner peut coûter cher : que faire au quotidien ?
La bonne attitude tient en quelques réflexes simples. D’abord, ne brûlez jamais vos feuilles mortes : c’est illégal et nocif. Ensuite, surveillez ce qui se passe au droit de votre propriété : si la voie publique s’encombre, un coup de balai évitera à la fois la gêne, le danger et les ennuis. Enfin, gardez un œil sur les communications municipales en période automnale : un arrêté peut être pris rapidement après un épisode de vent ou de fortes pluies.
À l’intérieur de votre jardin, vous restez libre de votre organisation, tant que vous respectez l’interdiction de brûlage. L’important, c’est d’éviter les amas compacts qui asphyxient la pelouse et de ne pas créer une zone glissante à la frontière entre votre propriété et le trottoir. Ce sont ces situations très concrètes qui déclenchent mécontentements, conflits de voisinage et parfois accidents.
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Et si vous ne ramassez pas ? Le véritable risque à connaître
Beaucoup redoutent une amende immédiate à la simple vue de feuilles au sol. En France, ce n’est pas le principe. La loi n’inflige aucune amende nationale automatique pour le non-ramassage des feuilles devant chez vous. En revanche, deux éléments doivent retenir toute votre attention. Le premier : un arrêté municipal peut imposer le balayage des feuilles sur la voie publique et prévoir des sanctions locales en cas d’infraction. Le second : votre responsabilité civile peut être engagée si un accident survient à cause d’un amas de feuilles glissantes au droit de votre propriété.
Autrement dit, si vous attendiez la réponse directe à la question « risquez-vous une lourde amende en France ? », la voilà : non, pas d’amende nationale prévue uniquement parce que vous n’avez pas ramassé les feuilles, mais oui, un maire peut l’exiger par arrêté et oui, votre responsabilité peut être engagée en cas de dommage lié à une négligence. La révélation est donc moins spectaculaire qu’une sanction automatique, mais elle est essentielle : l’enjeu réel se joue à l’échelle municipale et sur le terrain de la sécurité des passants, bien plus que dans un barème national d’amendes.