« Il a levé la tête et m’a léché le visage » : son chien meurt après l’attaque de trois XL Bullies sans muselière

Blake McElhatton était au travail quand son téléphone a sonné. Au bout du fil, deux amis, la voix paniquée. Ses deux chiens, Spirit et Leo, venaient d’être attaqués par trois XL Bullies en liberté. Sans laisse. Sans muselière. En pleine rue, à Derby, en Angleterre. Spirit, un terrier âgé partiellement aveugle et atteint de démence, n’a pas survécu. Blake, lui, vit depuis avec des flashbacks qui ne s’arrêtent pas.

Un appel qui fait basculer une vie

En janvier dernier, Blake, 31 ans, assistant pédagogique à Derby, reçoit donc ce coup de fil qu’aucun propriétaire de chien ne voudrait jamais recevoir. Deux amis qui promenaient Spirit et Leo — un terrier et un jack russell — lui décrivent une scène de cauchemar. Trois XL Bullies se sont jetés sur ses deux chiens sans aucune provocation.
Blake fonce directement chez le vétérinaire. Leo, le jack russell, a une patte fracturée. Mais quand il découvre l’état de Spirit, le choc est immédiat. Plaie ouverte au cou, à l’abdomen, aux pattes arrière. Le petit terrier est dans un état critique. Les XL Bullies qui l’ont attaqué ne portaient ni laisse ni muselière — ce qui constitue une infraction à la loi britannique sur les chiens dangereux.
Et pourtant, malgré la douleur et l’épuisement, Spirit a trouvé la force de lever la tête vers son maître. Blake raconte la scène au Daily Mail : « Quand je me suis approché de lui, il a levé son visage. J’ai retiré son masque à oxygène et il m’a léché le visage. Je n’arrêtais pas de lui faire des bisous. » Ce seront les derniers.
La décision la plus difficile de sa vie
Spirit était vieux. Partiellement aveugle. Atteint de démence. Face à la gravité de ses blessures, Blake comprend que l’opération chirurgicale serait une torture inutile pour un chien déjà si fragile. Il prend alors la décision de faire endormir Spirit.

Mais là où on pourrait s’attendre à un effondrement, c’est la rage qui a pris le dessus. « J’étais rempli de colère parce que j’étais au travail quand c’est arrivé. Ces chiens sont ma famille. Ils dépendent entièrement de moi pour les protéger. » Une phrase qui résonne d’autant plus fort quand on sait que les attaques de chiens dangereux se multiplient au Royaume-Uni, contre des animaux comme contre des humains.
Le traumatisme ne s’est pas arrêté à cette journée. Il est devenu le quotidien de Blake. Et celui de Leo aussi.
Deux vies brisées après l’attaque
Depuis janvier, Blake a quitté deux emplois. Il est suivi en thérapie pour un syndrome de stress post-traumatique diagnostiqué. Les flashbacks sont constants. Le sommeil, quasi impossible. « Quand j’arrive à dormir, je fais des cauchemars sur l’attaque », confie-t-il.
Leo, de son côté, est devenu « un chien complètement différent ». Tremblant, anxieux, incapable de rester seul. Il cherche Spirit partout. Son compagnon de vie a disparu, et il ne comprend pas pourquoi. Ce changement de comportement brutal rappelle ce que décrivent de nombreux vétérinaires : les chiens victimes d’attaques développent eux aussi des troubles comportementaux durables, une forme animale de traumatisme.
Deux êtres vivants brisés, donc. Mais Blake refuse de s’arrêter à la douleur. Il a décidé de transformer sa colère en combat.
Un combat judiciaire financé par la solidarité
Quelques semaines après le drame, Blake a lancé une cagnotte GoFundMe pour financer les frais d’avocat nécessaires à une action en justice contre les propriétaires des trois XL Bullies. Son objectif est double : obtenir une condamnation pénale — amende ou peine de prison — et poursuivre au civil pour les dommages psychologiques et physiques subis par lui et Leo.
La police du Derbyshire a confirmé au Daily Mail qu’une femme de 36 ans, résidente de Derby, avait été arrêtée après l’attaque pour « avoir laissé un chien de combat dans un lieu public sans muselière ni laisse ». L’enquête est toujours en cours. Aucune mise en examen n’a été prononcée à ce jour.
Les dons affluent. Et avec eux, quelque chose que Blake n’avait pas anticipé : des dizaines de témoignages d’autres propriétaires dont les chiens ont été blessés ou tués par des XL Bullies. « Les dons sont vraiment touchants. Ça prouve qu’il y a encore des gens bien dans ce monde. Les gens veulent justice pour Spirit et ça me bouleverse. »
Cette solidarité spontanée illustre un malaise grandissant au Royaume-Uni autour de la question des chiens dangereux. Car le cas de Blake est loin d’être isolé.
Des bébés aux adultes : la liste des victimes s’allonge
Blake ne mâche pas ses mots sur les XL Bullies. « Des bébés sont tués. Des adultes sont tués par leurs propres chiens. J’ai fait énormément de recherches sur les XL Bullies depuis l’incident. Ils ne sont pas sûrs, on ne peut pas leur faire confiance, ils peuvent se retourner contre vous à tout moment. » Des propos qui font écho à des faits divers tragiques survenus ces dernières années outre-Manche.
Au Royaume-Uni, la race XL Bully est théoriquement soumise à des restrictions strictes depuis février 2024. Tout propriétaire doit détenir un certificat d’exemption, faire stériliser son animal, le tenir en laisse et le museler dans les lieux publics. Mais comme le montre l’attaque subie par Spirit et Leo, ces règles sont loin d’être respectées par tous.
En France aussi, la question des attaques de chiens de catégorie revient régulièrement sur la table. Les pitbulls, les American Staffordshire et d’autres molosses sont classés en catégorie 1 ou 2, avec des obligations de déclaration, de muselière et de laisse. Mais les contrôles restent insuffisants et les drames se répètent, y compris quand de très jeunes enfants en sont les victimes.
C’est précisément pour ça que Blake ne veut pas que son combat reste individuel.
Une pétition pour changer la loi
Au-delà de l’action en justice, Blake a lancé une pétition demandant au gouvernement britannique de réformer le Dangerous Dogs Act de 1991, une loi que beaucoup jugent obsolète et insuffisante. Il réclame également la réintroduction d’un permis obligatoire pour posséder un chien, toutes races confondues.
L’idée n’est pas nouvelle, mais elle gagne du terrain. Plusieurs associations de protection animale britanniques militent depuis des années pour un système de licence, arguant que la responsabilisation des propriétaires est le seul levier efficace pour prévenir les attaques. Le problème, selon elles, n’est pas seulement la race du chien, mais l’irresponsabilité de certains maîtres qui ne respectent aucune règle de base en matière de promenade et d’éducation.
Blake résume son combat en une phrase : « Je veux sensibiliser les gens, parce que ce qui m’est arrivé peut arriver à n’importe qui. » Quand on voit les conseils des experts en cas d’attaque canine, on mesure à quel point la prévention reste le nerf de la guerre.
Spirit était vieux, fragile, à moitié aveugle. Il faisait sa promenade comme chaque jour. Il méritait de rentrer à la maison. Blake, lui, se bat pour que d’autres Spirit ne finissent pas comme le sien — sur une table de vétérinaire, le museau levé une dernière fois vers leur maître.