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Dans les comptes de Gaëlle, professeure des écoles à Quimper à 2 190 € nets par mois

Publié par Mathieu le 21 Mai 2026 à 19:02

Gaëlle a 38 ans, elle est professeure des écoles à Quimper depuis douze ans. Mère célibataire d’un garçon de 7 ans, elle touche 2 190 € nets par mois. Voici comment elle répartit chaque euro — et le poste qui grignote bien plus qu’elle ne le pensait.

Ce qui tombe sur son compte chaque mois

Le salaire net de Gaëlle s’élève à 2 190 € par mois, primes incluses. Elle est échelon 8, ce qui correspond à un indice majoré de 478. « Quand je dis mon salaire, les gens pensent que je plaisante. Douze ans d’ancienneté et un bac +5, pour ça. » Son traitement de base tourne autour de 2 050 €, auquel s’ajoute l’indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves (ISAE) de 100 € nets environ.

Professeure des écoles corrigeant des cahiers chez elle

À cela, il faut ajouter les allocations familiales versées par la CAF. En tant que parent isolé avec un enfant, Gaëlle perçoit l’allocation de soutien familial (ASF) de 195 € par mois. Elle touche aussi une aide personnalisée au logement (APL) de 140 € mensuels. Son budget total disponible atteint donc 2 525 € chaque mois. Un montant qui la place légèrement au-dessus du salaire médian français, mais la réalité du quotidien raconte une autre histoire.

Les dépenses qui tombent quoi qu’il arrive

Le loyer de son T3 de 62 m² dans le quartier de Kerfeunteun absorbe 620 € par mois, charges comprises. C’est un loyer plutôt raisonnable pour Quimper, mais il représente tout de même 28 % de son salaire net. L’APL de 140 € ramène la dépense réelle à 480 €. « Sans l’APL, je ne sais pas comment je ferais tourner la machine », confie-t-elle.

L’assurance habitation lui coûte 28 €. Sa mutuelle santé, obligatoire et partiellement prise en charge par l’Éducation nationale, revient à 45 € après participation employeur. Pour son fils, elle a souscrit une surcomplémentaire enfant à 19 € — optique et dentaire obligent quand les dents de lait commencent à tomber.

Côté transports, Gaëlle n’a pas le choix : elle possède une Renault Clio de 2017. L’assurance auto coûte 52 €, et le crédit auto est soldé depuis deux ans. L’école où elle enseigne est à neuf kilomètres de chez elle. Pas de transports en commun adaptés aux horaires d’une institutrice qui doit être en classe à 8h20.

Les abonnements fixes se répartissent ainsi : forfait mobile 16 €, box internet 31 €, Netflix 6 € (formule avec pub, partagée avec sa sœur), Spotify famille 9 € qu’elle divise avec une collègue. L’assurance scolaire de son fils ajoute 3 € mensuels. Son impôt sur le revenu, prélevé à la source, s’élève à 72 € par mois — un taux de 3,3 %. La cantine de son fils représente 65 € mensuels, au tarif le plus bas de la grille municipale.

Total des charges fixes : 966 €. Presque la moitié de son salaire net part avant même qu’elle ait ouvert son porte-monnaie. Mais c’est dans le budget variable que les surprises commencent.

Le poste qui dérape sans prévenir

Les courses alimentaires représentent le plus gros morceau variable : 420 € par mois. Gaëlle fait ses courses chez Leclerc, privilégie les marques distributeur et cuisine beaucoup le week-end pour préparer les repas de la semaine. « Je fais des batch cooking le dimanche. Pas par passion, par nécessité. » Comme d’autres postes budgétaires qui grignotent le budget, l’alimentation a grimpé de 15 % en deux ans selon ses propres calculs.

Préparation de repas et courses alimentaires en cuisine

L’essence lui revient à 110 € mensuels. Neuf kilomètres aller, neuf kilomètres retour, cinq jours par semaine, plus les trajets du mercredi (centre de loisirs, courses, rendez-vous médicaux). Elle a fait le calcul : sa voiture lui coûte au total 162 € par mois en comptant l’assurance. L’entretien annuel (révision, pneus, contrôle technique) représente environ 55 € lissés sur douze mois.

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Les sorties et loisirs sont le poste qu’elle comprime le plus. Restaurant une fois par mois avec une amie : 25 €. Activité extrascolaire de son fils — du judo — : 35 € par mois. Cinéma, livres, petits plaisirs : elle s’accorde 40 €. « Le judo, c’est non négociable. Il adore ça, et moi j’ai une heure et demie de calme le mercredi. »

Le shopping (vêtements pour elle et son fils) tourne autour de 60 € mensuels. Beaucoup de seconde main, de Vinted, et les soldes deux fois par an. Les fournitures scolaires — pour sa classe autant que pour son fils — ajoutent un poste invisible : 30 € par mois en moyenne. « On ne le dit jamais, mais les profs paient de leur poche une partie du matériel. Feutres, papier cartonné, jeux pédagogiques. C’est pas remboursé. »

Les vacances sont budgétées à 80 € par mois, mis de côté pour financer deux semaines en été — généralement chez ses parents en Vendée, ou une semaine dans un camping accessible. Quant aux imprévus et frais médicaux non remboursés, elle provisionne 35 € mensuels.

Total des dépenses variables : 890 €. Ajouté aux charges fixes, on atteint 1 856 € de sorties mensuelles. Il reste donc 669 € sur les 2 525 € disponibles. Sur le papier, ça respire. Mais la réalité est plus serrée qu’il n’y paraît.

Ce qui reste quand tout est payé

Sur ces 669 € restants, Gaëlle vire 200 € automatiquement sur un Livret A qui sert de matelas de sécurité. Il contient actuellement 4 800 €. « C’est à peine trois mois de loyer. Le jour où la voiture lâche, tout s’écroule. » Elle alimente aussi une assurance-vie à 50 € par mois, ouverte il y a cinq ans sur les conseils d’un collègue. Le rendement est modeste, mais elle n’y touche pas.

Le vrai coussin restant tourne donc autour de 419 €. C’est ce qui absorbe les dépassements de courses, la paire de baskets que le petit a détruite en trois semaines, ou l’anniversaire d’un copain de classe qui tombe chaque mois. « Septembre est le mois le plus dur. Rentrée scolaire, assurance auto annuelle, adhésion judo. Je finis dans le rouge à -150 € et je rattrape en octobre. »

Gaëlle n’a aucun crédit à la consommation en cours. C’est une ligne de conduite qu’elle s’impose depuis qu’elle a remboursé un prêt étudiant de 6 000 € il y a quatre ans. « Je préfère me priver d’un resto que de signer un échéancier. » Son projet à moyen terme : épargner suffisamment pour verser un apport et acheter un petit appartement. À Quimper, les prix restent parmi les plus accessibles de France — autour de 1 700 €/m² — mais il lui faudrait réunir au moins 15 000 € d’apport. Au rythme actuel, comptez encore deux ans et demi.

Pour arrondir, elle donne parfois des cours de soutien le mercredi après-midi : deux élèves à 20 € la séance, soit 160 € certains mois. Mais ce n’est pas régulier. « En juin, plus personne ne veut de soutien scolaire. En septembre, tout le monde rappelle. »

« Je ne me plains pas, il y a bien pire », résume Gaëlle. « Mais quand tu as un bac +5, douze ans de carrière, et que tu comptes les yaourts au supermarché, tu te demandes quand même si le contrat est respecté. » À titre de comparaison, le Smic net mensuel avoisine 1 427 € en 2025. Gaëlle gagne 53 % de plus — mais après impôts, charges et un enfant à élever seule, la marge de manœuvre tient dans un Livret A à moitié vide.

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