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Pourquoi les cartouches d’imprimante coûtent aussi cher — la vraie raison va vous étonner

Publié par Mathieu le 28 Mar 2026 à 20:14

Tu achètes une imprimante à 49 euros. Tu te dis que c’est une bonne affaire. Puis tu tombes en panne d’encre. Et là, tu découvres que le pack de cartouches coûte 35, 40, parfois 60 euros. Pour de l’encre. Soit presque le prix de l’imprimante elle-même.

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Bienvenue dans l’un des modèles économiques les plus rentables — et les mieux camouflés — de l’industrie tech. Ce que les fabricants comme HP, Canon ou Epson ne mettent pas en avant dans leurs publicités, c’est ce qu’on va décortiquer ici.

Homme choqué par le prix d'une cartouche d'imprimante

Le vrai coût de fabrication : des chiffres qui donnent le vertige

Commençons par le plus choquant. Selon plusieurs études indépendantes menées par des chercheurs spécialisés en analyse de coûts industriels, le coût de fabrication réel de l’encre pour imprimante tourne autour de 2 à 5 centimes par millilitre. Oui, tu as bien lu.

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En comparaison, une cartouche standard contient environ 5 à 8 ml d’encre. Le coût matière brute de l’encre qu’elle contient ? Entre 10 centimes et 40 centimes tout au plus.

Pourtant, tu paies cette même cartouche entre 12 et 25 euros à l’unité en grande surface. La marge brute sur le produit est donc stratosphérique — souvent supérieure à 2 000 %. C’est plus que le vin de luxe. Plus que les médicaments de marque. Plus que presque tout ce que tu achètes au quotidien.

Alors pourquoi ce prix ? La réponse tient en un modèle économique très précis, adopté il y a plus de trente ans par l’industrie. Et une fois que tu le connais, tu ne regardes plus jamais une imprimante de la même façon.

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La vraie raison : le modèle « rasoir et lame »

Ce modèle s’appelle le modèle rasoir et lame, ou en anglais razor and blade model. Le principe est simple : on vend le produit de base (l’imprimante, le rasoir) à un prix très bas, voire à perte. Et on se rattrape — largement — sur les consommables (les cartouches, les lames).

HP, Canon, Epson, Brother : toutes ces marques ont adopté cette stratégie. Certaines vendent leurs entrées de gamme sous leur coût de production. L’imprimante à 49 euros leur coûte parfois 55 à 65 euros à fabriquer et à distribuer. Elle est vendue à perte.

Mains retirant une cartouche d'encre d'une imprimante
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Ce n’est pas un secret honteux : HP l’a confirmé dans plusieurs rapports annuels. En 2022, la division Printing de HP a généré plus de 3,2 milliards de dollars de bénéfice d’exploitation. Et la très grande majorité de ce bénéfice provenait non pas des imprimantes, mais des cartouches et abonnements d’encre.

La stratégie fonctionne parce qu’une fois que tu as acheté l’imprimante, tu es verrouillé. Les cartouches sont brevetées, conçues spécifiquement pour chaque modèle. Tu ne peux pas utiliser les cartouches Canon sur une HP. Tu ne peux pas acheter de l’encre générique sans risquer un message d’erreur ou une invalidation de garantie.

Et ce n’est pas un hasard. C’est une décision d’ingénierie délibérée, pas une contrainte technique.

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Les brevets et les puces DRM : le verrou légal

Pour renforcer ce verrouillage, les fabricants ont ajouté une couche supplémentaire : les puces de restriction DRM intégrées dans les cartouches. Ces puces électroniques communiquent avec l’imprimante pour vérifier que la cartouche est bien d’origine.

HP a été condamné en 2022 par plusieurs associations de consommateurs européennes pour avoir diffusé une mise à jour logicielle qui désactivait les cartouches compatibles tierces dans des imprimantes déjà vendues. Des gens qui avaient acheté légalement des cartouches moins chères se sont retrouvés avec une imprimante bloquée du jour au lendemain.

Au-delà des puces, les brevets jouent un rôle central. Canon détient à lui seul plus de 4 000 brevets actifs liés aux systèmes d’encre. Ces brevets couvrent non seulement la formule chimique de l’encre, mais aussi la forme physique des cartouches, leurs systèmes de remplissage, leurs buses. Toute cartouche compatible doit contourner ces brevets — ce qui implique des coûts de recherche et développement importants pour les fabricants de compatibles.

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Et même quand ils y parviennent, les marques d’origine contre-attaquent souvent par voie légale, ou via des mises à jour logicielles qui rendent les compatibles inopérantes.

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La comparaison qui tue : encre vs parfum de luxe

Pour bien comprendre l’absurdité du prix, comparons. L’encre pour imprimante est souvent décrite comme le liquide le plus cher du monde à la millilitre, et ce n’est pas vraiment exagéré.

Un parfum Chanel N°5 coûte environ 200 euros pour 100 ml, soit 2 euros/ml. Du sang humain pour transfusion est valorisé autour de 4 euros/ml. L’encre d’imprimante HP, elle, revient en moyenne à entre 15 et 75 euros par millilitre selon le modèle. C’est entre 4 et 37 fois plus cher que le parfum de luxe.

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Femme comparant deux cartouches d'imprimante

Par comparaison, les cartouches compatibles non-officielles — celles que les fabricants cherchent à bloquer — coûtent en moyenne 3 à 5 fois moins cher pour un résultat souvent équivalent sur les impressions courantes. Des tests menés par des associations comme 60 Millions de consommateurs ont d’ailleurs régulièrement montré que les différences de rendu entre cartouches officielles et compatibles sont minimes pour un usage domestique standard.

L’encre en bouteille, proposée par Epson avec ses modèles EcoTank, change radicalement la donne. Un flacon de 70 ml revient à environ 13 euros. Soit environ 18 centimes par millilitre — contre 15 à 75 euros pour les cartouches classiques. Un écart qui illustre à quel point le prix des cartouches n’a rien à voir avec le coût réel de l’encre.

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L’abonnement : la nouvelle frontière du verrouillage

Face à la montée des cartouches compatibles et à la popularité des systèmes à réservoirs rechargeables, les fabricants ont trouvé une nouvelle parade : l’abonnement mensuel à l’encre.

HP a lancé son service HP Instant Ink, proposé dès 1,99 euro par mois. L’imprimante envoie automatiquement une alerte quand l’encre baisse, et HP expédie de nouvelles cartouches. En contrepartie : si tu résilies l’abonnement, l’imprimante peut refuser de fonctionner avec les cartouches qu’elle contient encore.

Ce modèle d’abonnement, similaire à ce qu’on voit dans la fast fashion ou chez certaines plateformes tech, transforme un achat ponctuel en engagement récurrent. Et c’est encore plus rentable pour les fabricants, qui sécurisent ainsi un revenu mensuel garanti.

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Des plaintes formelles ont été déposées contre HP aux États-Unis et en Europe concernant ces pratiques de verrouillage post-résiliation. Les régulateurs commencent à s’y intéresser de près.

Ce que tu peux faire concrètement

Maintenant que tu sais pourquoi tu paies autant, voici quelques options réelles pour payer moins :

Option 1 — Choisir une imprimante à réservoir d’encre. Les modèles Epson EcoTank ou Canon MegaTank sont vendus plus chers à l’achat (80 à 200 euros), mais les flacons d’encre coûtent une fraction du prix des cartouches. Sur 3 ans d’utilisation, l’économie peut dépasser 300 euros.

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Option 2 — Utiliser des cartouches compatibles tierces. Elles sont légales en France. Les fabricants ne peuvent pas t’interdire d’en utiliser — ils peuvent simplement ne pas garantir la compatibilité. Pour de l’impression bureautique standard, la différence est imperceptible. Attention cependant aux mises à jour firmware qui peuvent les bloquer.

Option 3 — Désactiver les mises à jour automatiques de ton imprimante si tu utilises des compatibles. Les mises à jour contiennent souvent des restrictions ajoutées discrètement.

Option 4 — Imprimer moins, numériser plus. La vraie solution économique reste de réduire sa consommation d’encre. Utiliser le mode brouillon, éviter les impressions en couleur quand elles ne sont pas nécessaires, et penser à éteindre les appareils inutilisés.

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Le prix des cartouches d’imprimante n’est pas le fruit du hasard ni de la complexité de fabrication. C’est une stratégie commerciale construite sur trente ans de brevets, de verrouillage technologique et d’habitudes de consommation. La prochaine fois que tu achètes une imprimante, le vrai prix à regarder n’est pas celui affiché en rayon — c’est celui des consommables qui suivront pendant des années. Et maintenant, tu sais exactement pourquoi.

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