Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Astuces

Savon de Marseille en machine à laver : les plombiers reconnaissent immédiatement les foyers convertis

Publié par Elsa Fanjul le 15 Avr 2026 à 14:42

Il est partout sur les blogs zéro déchet et les forums parentaux : le savon de Marseille râpé en copeaux, versé dans le bac à lessive. Une alternative écolo séduisante, un rituel qui sent bon la lavande et la bonne conscience. Sauf que les plombiers, eux, reconnaissent au premier coup d’œil les clients qui ont fait le switch. Et ce qu’ils trouvent dans le filtre de vidange n’a rien de poétique.

Ce que cache votre tambour après six mois de lessive maison

Le savon de Marseille est principalement composé d’huile d’olive. Or l’huile et l’eau ne se mélangent pas — un principe de chimie basique appris au collège, mais que beaucoup oublient en préparant leur lessive artisanale. À chaque cycle, le savon dépose une fine pellicule grasse sur les parois du tambour, autour des joints et dans les tuyaux d’évacuation.

Filtre de vidange de machine à laver encrassé par du savon de Marseille

Ce n’est pas une panne brutale. C’est pire : un encrassement silencieux qui met des mois à se manifester. Le savon a tendance à figer et à s’agglomérer. Bien collé aux parois, il résiste au passage de l’eau pendant l’essorage. Les professionnels ont un nom pour ce résidu solide et grisâtre qui dégage une odeur rance : le « savon mort ». Pas exactement le résultat qu’on espérait en cherchant une alternative naturelle pour les canalisations.

Un plombier interrogé par Planète Zéro Déchet a décrit la scène de manière assez parlante. Face à l’état de la tuyauterie d’un foyer converti au zéro déchet, il s’est retrouvé interloqué : « Mais vous balancez votre huile de friteuse dans les canalisations ou quoi ? » Des « glouglous » inhabituels au niveau de l’évier l’avaient alerté. Ce qu’il a découvert ensuite expliquait tout.

Le piège des basses températures

Voici le paradoxe qui rend la situation particulièrement sournoise. Pour économiser de l’énergie et préserver les textiles délicats, la plupart des foyers font tourner leur machine à 30 ou 40 °C. C’est d’ailleurs souvent le programme recommandé par défaut. Problème : à ces températures, le savon de Marseille ne fond pas vraiment.

Résultat concret : chaque cycle dépose une couche de résidu gras supplémentaire. Multipliez ça par deux ou trois lessives par semaine pendant six mois, et vous obtenez le même tableau que si vous aviez vidé une friteuse dans vos canalisations. La comparaison n’est pas exagérée — c’est exactement celle qu’utilisent les plombiers.

Femme versant des copeaux de savon de Marseille dans un lave-linge

Le surdosage aggrave encore les choses. La texture du savon de Marseille et l’absence de mousse donnent l’impression que le linge ne sera pas bien lavé. Beaucoup en rajoutent une dose. C’est l’erreur la plus répandue. La lessive maison est concentrée : au-delà d’une quantité modérée, le savon ne se dissout plus correctement, se fixe sur les parois et forme une pellicule qui favorise les mauvaises odeurs tenaces.

La glycérine, l’ingrédient qui transforme vos tuyaux en bouchon

Tous les savons de Marseille ne se valent pas, et c’est ici que la chimie change la donne. Le point critique, c’est la glycérine. Il y en a naturellement dans tout savon végétal, c’est normal. Mais certains fabricants en ajoutent lors de la fabrication. Plus le savon contient de glycérine, plus votre lessive va figer en bloc dans les canalisations.

La glycérine est un corps gras qui ne disparaît pas avec l’eau. En grande quantité, elle durcit le mélange de la lessive maison et accélère la détérioration de la machine, encrassant les canalisations et provoquant un vieillissement prématuré de l’appareil. Pour ceux qui veulent quand même utiliser du savon de Marseille, un réflexe s’impose : lire les ingrédients et vérifier qu’il n’y a pas de glycérine ajoutée.

Le problème ne s’arrête pas là. Car il existe un autre ennemi invisible qui, combiné au savon, forme un dépôt redoutable contre lequel même un bon dosage ne suffit pas toujours.

Calcaire + savon : le duo qui solidifie dans vos joints

Le savon et le calcaire ne font pas bon ménage. Ensemble, ils produisent un dépôt appelé « savon-calcaire » qui se solidifie sur les joints et dans le tambour. En Île-de-France, où l’eau compte parmi les plus calcaires d’Europe, cet effet est démultiplié. Si vous remarquez que votre lave-linge montre des signes inhabituels, cette combinaison savon-calcaire en est souvent la cause.

Un filtre encrassé par ce dépôt peut provoquer une eau qui stagne, un essorage inefficace, des odeurs désagréables — et à terme, une panne franche de la machine. Le filtre de vidange joue pourtant un rôle capital puisqu’il empêche les impuretés de pénétrer dans le système d’évacuation. La plupart des utilisateurs ne l’ont jamais ouvert. Les plombiers, eux, le savent très bien.

À lire aussi

Et ce qu’ils y trouvent est sans appel : un bouchon de graisse jaunâtre, parfois incrusté de fibres textiles. Le genre de découverte qui remet en question toute la démarche écologique, et qui finit souvent par coûter plus cher que plusieurs années de lessive du commerce. Mais faut-il pour autant tout abandonner ?

Le nettoyage à 90 °C : écolo ou pas, c’est non négociable

La parade la plus simple existe, et elle n’est pas compliquée. Une fois par mois, faites tourner un cycle à 60 ou 90 °C avec un peu de vinaigre blanc ou d’acide citrique dans le tambour. Ce geste d’entretien du lave-linge dissout les dépôts graisseux et prolonge la durée de vie de la machine.

Faire tourner une machine à vide à 90 °C n’est certes pas le geste le plus écologique qui soit. Mais c’est un passage obligé quand on utilise de la lessive maison. Sans cette précaution, il faudra faire réparer la machine — voire la remplacer, ce qui est autrement plus coûteux pour le portefeuille et pour la planète.

Cycle de nettoyage à 90°C avec vinaigre blanc dans une machine à laver

Concrètement, ce nettoyage doit intervenir au minimum une fois par mois. Pour une grande famille avec une machine qui tourne quotidiennement, le désengraissage doit être plus fréquent : toutes les deux à trois semaines. C’est un arbitrage à faire en conscience. L’énergie consommée par ces cycles de nettoyage doit être comparée à celle économisée sur les cycles froids. Le bilan n’est pas toujours en faveur du savon naturel, et la facture d’électricité peut vite grimper si l’on n’y prend pas garde.

Quel savon choisir — et faut-il vraiment en choisir un ?

Pour ceux qui tiennent à garder le savon de Marseille, le choix du produit change la donne. Le véritable savon de qualité affiche 72 % d’huile d’olive (couleur verte) ou d’huile de palme (couleur blanche). S’il est d’une autre couleur ou n’indique pas clairement ce taux, mieux vaut passer son chemin. Et surtout : il faut impérativement vérifier dans la liste des ingrédients l’absence de glycérine ajoutée.

L’alternative la plus radicale consiste à abandonner le savon de Marseille pour une lessive en poudre sans savon. Le savon noir, par exemple, présente une teneur en glycérine bien moins importante. Les cristaux de soude ou le bicarbonate donnent un résultat équivalent sans résidus problématiques pour les canalisations. Ce n’est pas aussi instagrammable qu’un pain de savon artisanal posé dans une jolie boîte en bois, mais les tuyaux apprécient nettement la différence.

Au fond, la question n’est pas de renoncer à une démarche écologique. C’est de comprendre que « naturel » ne signifie pas « inoffensif pour la plomberie ». Le vinaigre blanc, l’acide citrique, le bicarbonate : ces produits simples restent les meilleurs alliés d’une machine bien entretenue. Encore faut-il les utiliser régulièrement — et ne pas attendre que le plombier vous demande si vous cuisez des frites dans votre lave-linge.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *