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Dès 2027, les maires pourront installer des radars partout : ce qui attend les automobilistes

Publié par Elsa Lepic le 06 Mai 2026 à 9:43

Jusqu’ici, les radars automatiques étaient l’affaire de l’État. Routes nationales, autoroutes, grands axes : le maillage restait concentré sur les artères principales. Mais une réforme discrètement votée en 2022 s’apprête à tout bouleverser. Dès le 1er janvier 2027, chaque maire, chaque président de département pourra financer et installer ses propres boîtiers de contrôle. Et les nouveaux radars ne se contenteront plus de mesurer votre vitesse.

35 000 communes, un seul objectif : quadriller les routes secondaires

Le principe est simple, mais ses conséquences sont vertigineuses. La loi 3DS, adoptée en 2022, autorise les collectivités locales à déployer leurs propres radars automatiques sur leur réseau routier. Concrètement, cela signifie que n’importe laquelle des 35 000 communes françaises pourra décider d’installer un boîtier devant une école, à l’entrée d’un lotissement ou sur un carrefour jugé dangereux.

Maire devant un radar automatique dans un village français

Pour comprendre l’ampleur du changement, il faut regarder les chiffres. Aujourd’hui, la France compte 4 819 radars automatiques, quasi exclusivement gérés par l’État. Or l’État ne gère que 20 000 km de voirie. Les collectivités, elles, sont responsables de plus de 700 000 km de routes. Le rapport est de 1 à 35. Autrement dit, l’immense majorité du réseau routier français est aujourd’hui un angle mort en matière de contrôle automatisé.

Selon Le Parisien, le parc de radars pourrait « exploser bien au-delà » du chiffre actuel. Et si seulement 10 % des communes s’équipaient d’un seul appareil, on passerait déjà à plus de 8 000 boîtiers sur le territoire. Les trajets quotidiens — domicile-travail, courses, école — seront les premiers concernés. Mais ce n’est pas la densité du réseau qui inquiète le plus les automobilistes.

Un radar, plusieurs infractions : l’arrivée de l’IA dans les boîtiers

Les nouveaux radars ne ressembleront pas à ceux que vous connaissez. Baptisés SCAT (Système de contrôle automatisé des collectivités), ces appareils intègrent de l’intelligence artificielle capable de détecter simultanément plusieurs types d’infractions. Un seul passage devant une borne pourra repérer un excès de vitesse, un franchissement de feu rouge, un téléphone tenu en main ou un défaut de port de ceinture.

Radar IA moderne à un carrefour urbain en France

C’est un changement de philosophie radical. Jusqu’ici, un radar contrôlait une infraction à la fois. Demain, un conducteur flashé pourra se voir reprocher trois ou quatre manquements d’un coup. Et les sanctions se cumuleront sans plafond financier : plusieurs amendes de 135 euros peuvent tomber simultanément. Côté permis, la loi prévoit un plafond de 8 points retirés pour un seul contrôle. Sur un capital de 12 points, le calcul est vite fait.

Pour les automobilistes habitués à relâcher leur vigilance sur les petites routes, c’est un signal clair. Les nouvelles contraintes pour les automobilistes ne se limitent plus aux grands axes. Comme le souligne L’Union, ces radars fixes fonctionneront 24 heures sur 24, « rendant la sanction quasi systématique » sur des axes auparavant totalement délaissés par les contrôles. Reste une question que beaucoup d’élus se posent eux-mêmes.

Les amendes ne resteront pas dans les caisses de votre mairie

C’est le point qui pourrait freiner toute la mécanique. Si les communes financent l’achat et l’installation des radars, elles ne toucheront pas un centime des amendes générées. L’argent des PV ira directement dans les caisses de l’État, comme c’est le cas aujourd’hui pour l’ensemble du parc existant.

Selon Départements de France, « la politique pénale n’étant pas décentralisable », les collectivités devront se contenter d’éventuelles subventions en retour. Un radar SCAT coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros à l’achat, sans compter la maintenance et le raccordement au système central de traitement des infractions. Pour une petite commune au budget serré, l’investissement est loin d’être anodin.

Certains élus redoutent de payer pour une mesure impopulaire sans en tirer le moindre bénéfice budgétaire. D’autres y voient un levier de sécurité routière indispensable, notamment dans les zones où les accidents impliquant des piétons et des cyclistes restent trop fréquents. Le débat promet d’être vif dans les conseils municipaux. Et il y a un dernier aspect que beaucoup d’automobilistes n’ont pas encore anticipé.

Écoles, lotissements, villages : les zones où tout va changer

Jusqu’à présent, la stratégie de l’État consistait à placer les radars sur les axes les plus meurtriers : nationales, autoroutes, départementales à fort trafic. Les zones 30, les abords d’écoles et les traversées de village restaient dans l’angle mort du contrôle automatisé. Ce sera bientôt fini.

Rue résidentielle française la nuit avec panneau zone 30

Imaginez un radar installé devant un groupe scolaire, dans une zone limitée à 30 km/h. L’appareil ne fait pas la différence entre 8 heures du matin et 3 heures de la nuit. Rouler à 35 km/h sur une route déserte à minuit vous vaudra la même sanction qu’en pleine sortie de classe. C’est un point que soulèvent déjà de nombreux automobilistes, et qui alimentera forcément la polémique.

Les voitures radars privées circulent déjà dans plusieurs départements depuis juillet 2025. Les radars de collectivités viendront s’ajouter à ce dispositif, créant un maillage inédit. Les applications d’aide à la conduite comme Waze — qui réservent parfois des surprises — devront intégrer des milliers de nouveaux points de contrôle.

Pour les conducteurs qui empruntent chaque jour les mêmes petites routes en pensant être à l’abri, 2027 marquera un tournant. Les évolutions récentes du permis de conduire et la multiplication des contrôles dessinent un paysage routier où la moindre infraction, même mineure, sera détectée et sanctionnée automatiquement. Que l’on y voie un progrès pour la sécurité ou une « pompe à fric » supplémentaire, une chose est sûre : les habitudes des 40 millions d’automobilistes français vont devoir changer.

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