À 80 ans, elle reçoit 800 € d’amende pour avoir nourri des pigeons
Concepció Villalonga n’a fait que poser un peu de nourriture et de l’eau pour les pigeons de son quartier. Résultat : 800 euros d’amende. Sauf que cette octogénaire vit avec moins de 500 euros par mois. L’affaire, survenue en Catalogne, relance un débat brûlant sur la sévérité des sanctions face à la précarité des retraités.
800 euros pour quelques miettes de pain
Les faits se sont déroulés à Salt, une commune de la province de Gérone, en Catalogne. Concepció Villalonga, retraitée octogénaire, avait pris l’habitude de déposer de la nourriture et de l’eau à l’attention des pigeons près de chez elle. Un geste de bienveillance ordinaire, pensait-elle. Mais les autorités locales n’ont pas vu les choses du même œil.

Après des signalements répétés du voisinage, la municipalité lui a infligé une amende totale de 800 euros. Pour une femme dont l’allocation mensuelle ne dépasse pas 500 euros, la somme est tout simplement impayable. « Le plus triste dans cette histoire, c’est que cette dame ne peut pas payer cette amende », souligne la presse locale. Un cas qui rappelle celui de cette retraitée à qui l’État réclame des sommes astronomiques.
En France aussi, nourrir les pigeons peut coûter cher
Si cette affaire se déroule en Espagne, la législation française est tout aussi stricte. Le nourrissage des animaux sauvages en espace public est encadré par un arrêté de 1979 et par les règlements sanitaires départementaux. Concrètement, les maires ont le pouvoir de verbaliser toute personne qui nourrit les oiseaux sur la voie publique.
Les amendes varient considérablement d’une commune à l’autre : de 60 à 450 euros selon les arrêtés municipaux. Cette disparité impose une vigilance particulière. Il ne suffit pas de ne pas avoir vu les panneaux d’avertissement : en droit français, la méconnaissance de la règle n’exonère jamais de la sanction.
Même chez soi, le geste peut devenir illégal

Beaucoup pensent qu’en nourrissant les pigeons depuis leur balcon ou leur jardin, ils sont à l’abri de toute poursuite. C’est faux. Si le nourrissage depuis un espace privé provoque un préjudice direct aux voisins, il peut être qualifié de « trouble anormal du voisinage » par les tribunaux.
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Les invasions d’oiseaux, les fientes sur les façades et les bruits incessants sont autant d’éléments qui permettent à un riverain excédé d’engager une action en justice. Les dommages et intérêts viennent alors s’ajouter à l’amende administrative. Une situation qui n’est pas sans rappeler les litiges de voisinage liés aux animaux des voisins.
Un vrai problème de santé publique derrière le geste
Les autorités ne verbalisent pas par plaisir. La prolifération des pigeons en milieu urbain pose de réels problèmes sanitaires. Ces oiseaux sont vecteurs de parasites et de maladies. Leur concentration attire également d’autres nuisibles, notamment les rats, ce qui aggrave l’insalubrité des quartiers résidentiels.
Paradoxalement, nourrir les pigeons leur nuit aussi. La nourriture abondante crée une dépendance, favorise la promiscuité et accélère une reproduction incontrôlée. Les campagnes de sensibilisation menées par les mairies tentent d’expliquer ce cercle vicieux avant de passer à la répression. Certaines communes préfèrent d’ailleurs installer des mesures préventives plutôt que de sanctionner immédiatement.
Quand la sanction écrase les plus fragiles
Le cas de Concepció Villalonga met en lumière un décalage criant entre la loi et la réalité sociale. Comment exiger 800 euros d’une personne qui survit avec moins de 500 euros mensuels ? Pour beaucoup de retraités, une telle amende représente un choc financier insurmontable. Le budget nécessaire pour vivre dignement à la retraite est déjà un sujet de tension en France.

Des recours existent néanmoins. Il est possible de demander un échelonnement de la dette auprès du Trésor public, ou même une remise gracieuse auprès de la mairie concernée. L’octogénaire catalane a d’ailleurs déposé une réclamation « en espérant qu’elle ne soit pas obligée de la payer ». Ce type de demande de clémence permet aux autorités de prendre en compte la précarité du contrevenant, tout en maintenant l’interdiction.
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Des aides souvent ignorées par les retraités modestes
Au-delà de cette affaire, elle illustre la fragilité financière de nombreux seniors. En France, un retraité sur deux oublie de demander les aides auxquelles il a droit. L’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), par exemple, peut représenter jusqu’à 1 605 euros par mois pour un couple.
D’autres dispositifs méconnus permettent d’alléger la charge fiscale. Après 65 ans, plusieurs exonérations fiscales spécifiques existent. Certaines concernent même la taxe foncière. Autant de coups de pouce qui peuvent faire la différence quand chaque euro compte.
La bienveillance ne protège pas de la loi
L’histoire de Concepció Villalonga a ému l’opinion publique, mais elle porte un message clair : en matière de nourrissage des pigeons, la bonne intention n’est pas une défense juridique recevable. Que ce soit en Espagne ou en France, les réglementations sont strictes et les sanctions réelles.
Avant de jeter des miettes sur la place du village, mieux vaut consulter les arrêtés municipaux affichés en mairie. Et pour les retraités vivant avec de très faibles revenus, il est essentiel de se renseigner sur les mécanismes d’allègement fiscal disponibles. Car face à une amende imprévue, la marge de manœuvre est souvent inexistante.