Son corps, à moitié nu, a été retrouvé aux îles Canaries. Il s’agit d’une star de télé-réalité.

Pendant des semaines, personne ne savait qui était cette femme retrouvée sans vie dans une piscine naturelle de Gran Canaria. Ni son nom, ni son histoire, ni comment elle avait atterri là. Il a fallu une dent, envoyée à Interpol, pour que le mystère se dissipe. La victime s’appelait Annabella Lovas. Elle avait 32 ans, un passé de star de téléréalité en Hongrie, et une vie qui avait basculé bien avant ce dénouement tragique.
Un corps retrouvé dans un ravin après des tempêtes

Le 6 mars dernier, un corps est découvert dans une piscine naturelle du Barranco de Berriel, un ravin escarpé situé à l’intérieur des terres de Gran Canaria. La zone est quasi inaccessible. Même les enquêteurs n’ont pas pu s’y rendre à pied. Il aurait fallu être alpiniste professionnel, selon le chef de la police locale Pablo Fernandez Sala.
La femme est retrouvée à moitié nue, dévêtue de la taille vers le bas. D’après les experts médico-légaux, le corps se trouvait dans l’eau depuis environ trois semaines. Les tempêtes violentes qui avaient frappé l’île en février auraient charrié la dépouille jusqu’à ce bassin naturel isolé. Les piscines naturelles des Canaries peuvent se transformer en pièges mortels par gros temps.
Les recherches menées par drones et hélicoptères n’ont rien donné de plus. Aucune affaire personnelle, aucun vêtement supplémentaire, aucun indice matériel aux alentours. La seule piste visuelle : des tatouages inhabituels sur l’épaule et le dos de la victime.
Une identification rendue impossible… sauf par les dents

L’enquête s’est heurtée à un mur biologique. Le séjour prolongé dans l’eau avait détruit les empreintes digitales de la victime. Impossible d’extraire un ADN exploitable. Les enquêteurs se sont alors tournés vers la seule partie du corps humain qui résiste à presque tout : la dentition.
« La dentition, c’est le coffre-fort du corps humain », a expliqué le commissaire Fernandez Sala au quotidien local La Provincia. « C’est ce qui résiste le mieux aux températures extrêmes. Une mâchoire, c’est comme une empreinte digitale : elle a ses points caractéristiques uniques. »
Un moule dentaire a donc été envoyé à Interpol. Et c’est cette démarche, longue et minutieuse, qui a fini par donner un nom à cette femme que personne ne réclamait sur place. L’affaire rappelle d’autres enquêtes où l’identification d’une personne devient un casse-tête médico-légal.
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Annabella Lovas, de la téléréalité hongroise à l’errance
Annabella Lovas n’était pas une inconnue dans son pays. En 2021, elle avait participé à la version hongroise du Bachelor, diffusée sur TV2. L’émission lui avait offert une notoriété soudaine qu’elle avait exploitée pour bâtir une communauté sur les réseaux sociaux, notamment Instagram.
Mais derrière les filtres et les posts soignés, la réalité était plus sombre. Annabella avait traversé un cancer qui l’avait laissée avec de lourdes séquelles psychologiques. C’est dans cet état de vulnérabilité qu’elle avait quitté la Hongrie pour s’installer à Gran Canaria, sans filet de sécurité apparent. Le destin de cette jeune femme n’est pas sans rappeler celui d’autres personnalités de téléréalité confrontées à des difficultés psychologiques après leur passage à la télévision.
Sa famille avait lancé un premier avis de recherche en novembre 2024. À l’époque, la police l’avait retrouvée dans un appartement de la station balnéaire de Playa del Inglés. Elle avait confirmé qu’elle allait bien. Mais quelques semaines plus tard, le contact s’est de nouveau rompu.
La police pense qu’elle vivait dans la rue

Selon les conclusions de l’enquête, Annabella aurait fini par épuiser ses ressources financières. Sans argent, sans réseau local, elle se serait retrouvée à la rue sur l’île. Une situation de précarité extrême que sa famille, restée en Hongrie, n’avait pas pu empêcher malgré ses alertes répétées.
Les enquêteurs pensent qu’elle est décédée ailleurs sur l’île, probablement dans un endroit exposé. Ce sont les crues soudaines provoquées par les tempêtes de février qui auraient ensuite emporté son corps jusqu’au ravin du Barranco de Berriel, à des kilomètres de toute zone habitée. La violence de ces intempéries peut déplacer des objets — et des corps — sur de longues distances.
« Le travail pour mettre un nom sur cette femme a été dur et intense », a résumé le commissaire Fernandez Sala. Ses équipes ont tenté de reconstituer les derniers pas d’Annabella, mais l’accès au lieu de découverte rendait toute investigation de terrain quasiment impossible.
Une enquête bouclée, des questions qui restent

C’est finalement le recoupement entre l’avis de disparition de la famille et les caractéristiques physiques du corps — notamment les tatouages — qui a orienté les enquêteurs. La confirmation définitive est venue d’Interpol, grâce au dossier dentaire.
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Le cas d’Annabella Lovas soulève des questions difficiles. Comment une jeune femme de 32 ans, ancienne figure publique, peut-elle mourir seule et anonyme à des milliers de kilomètres de chez elle ? La précarité qui touche certaines personnalités après la fin de leur exposition médiatique reste un sujet tabou. On a vu récemment des circonstances similaires en France, rappelant que la célébrité ne protège de rien.
Sa famille, qui avait multiplié les signalements, avait décrit Annabella comme une « personne vulnérable ». Les séquelles psychologiques de son cancer, combinées à l’isolement géographique et financier, semblent avoir créé un engrenage fatal. La chute financière d’une personnalité peut être vertigineuse quand les projecteurs s’éteignent.
Le Bachelor hongrois, un tremplin devenu impasse
En Hongrie, la nouvelle de son identification a provoqué une onde de choc. Annabella comptait encore des milliers d’abonnés sur Instagram, où ses dernières publications ne laissaient rien deviner du drame en cours. Le décalage entre la vitrine numérique et la réalité de sa situation est glaçant.
Le parcours d’Annabella rappelle un schéma que l’on connaît trop bien dans l’univers de la téléréalité : une exposition soudaine, une communauté construite à la va-vite, puis la solitude quand l’algorithme vous oublie. D’autres stars de téléréalité sont décédées dans des circonstances tout aussi tragiques ces dernières années.
À 32 ans, Annabella Lovas a été identifiée par un moule dentaire envoyé à travers l’Europe. C’est une phrase qui résume, à elle seule, la brutalité de cette histoire. Celle d’une femme que la télévision avait rendue visible, et que la vie avait fini par rendre invisible.