Une fillette de 5 ans vue pour la dernière fois tenant la main d’un ex-détenu de 47 ans

Depuis trois jours, l’Australie retient son souffle. Sharon Granites, une petite fille de 5 ans, a disparu dans la nuit du 25 avril près d’Alice Springs, dans le Territoire du Nord. La dernière image que les enquêteurs ont d’elle est glaçante dans sa simplicité : elle tenait la main d’un homme de 47 ans, récemment sorti de prison, qui l’emmenait dans l’obscurité. Depuis, plus aucune trace. Ni de l’enfant, ni de l’homme. Et les heures qui passent rendent l’espoir de plus en plus fragile.
Une soirée ordinaire qui bascule en cauchemar
Tout commence le soir de l’Anzac Day — le jour férié le plus solennel d’Australie — dans le camp d’Ilyperenye, une petite communauté aborigène située au sud d’Alice Springs. Sharon et sa mère s’y étaient rendues pour faire une lessive chez des connaissances. Rien d’exceptionnel. Le genre de soirée banale dans ce campement de quelques dizaines de maisons.

Jefferson Lewis, 47 ans, se trouvait lui aussi sur place ce soir-là. Cet homme au casier judiciaire chargé était connu de la famille de Sharon. Il avait été libéré de prison peu de temps auparavant — sans aucune condition de surveillance. Vers 23h30, la mère de Sharon signale la disparition de sa fille. La petite a tout simplement disparu dans la nuit.
Ce que la police découvre ensuite donne une dimension terrifiante à cette disparition. Comme dans d’autres affaires impliquant des enfants, le suspect est un proche de l’entourage familial. Et les premiers éléments recueillis par les enquêteurs ne laissent que peu de place au doute sur son implication.
La caméra corporelle des policiers avait filmé le suspect quelques heures avant
Lors d’une conférence de presse mardi, le commissaire adjoint Peter Malley a révélé un détail qui pèse lourd dans l’enquête. Les policiers avaient été appelés au camp d’Ilyperenye plus tôt dans la soirée — avant la disparition de Sharon — pour une intervention de routine. À cette occasion, Jefferson Lewis a été filmé par la caméra corporelle d’un agent.
L’homme était probablement sous l’emprise de l’alcool, selon le commissaire, qui a confirmé que « de l’alcool avait été consommé » cette nuit-là sur le campement. Quelques heures plus tard, un témoin voit Lewis « tenant la main » de la petite Sharon et l’emmenant dans l’obscurité. C’est la dernière fois que quiconque aperçoit l’enfant.

Les enquêteurs pensent que Lewis a conduit la fillette vers ce qu’ils ont identifié comme une scène de crime à proximité du camp. La zone a été bouclée et des « éléments d’intérêt » y sont en cours d’analyse. Le commissaire Malley n’a pas précisé la nature de ces éléments, mais son ton laissait transparaître une gravité inhabituelle. Et son aveu résonne comme un coup de poing : « Plus le temps passe, plus les chances diminuent. »
Un récidiviste libéré sans conditions malgré un casier explosif
C’est sans doute l’aspect le plus révoltant de cette affaire. Jefferson Lewis n’est pas un inconnu du système judiciaire australien. Son passé criminel est long et violent. En octobre 2024, il avait été condamné à 18 mois de prison pour agression aggravée, violation d’une ordonnance de protection contre les violences domestiques et non-respect de sa mise en liberté sous caution.
Avec une période de sûreté de 12 mois, il aurait dû rester derrière les barreaux bien plus longtemps. Pourtant, en mars 2025, il se retrouve de nouveau devant un tribunal. Cette fois pour avoir enfreint une ordonnance de protection et résisté aux forces de l’ordre. Résultat : quatre mois de prison seulement. Et une libération récente, sans aucune condition de suivi.
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Comment un individu au profil aussi dangereux a-t-il pu être remis en liberté sans la moindre surveillance ? C’est la question qui hante désormais les familles du camp et qui commence à secouer l’opinion publique australienne. Des cas similaires de violence impliquant des récidivistes soulèvent régulièrement la même interrogation à travers le monde.
70 volontaires, l’armée et des pisteurs aborigènes mobilisés
Les recherches pour retrouver Sharon et Lewis mobilisent des moyens considérables. L’armée australienne a été déployée aux côtés de pisteurs aborigènes — des experts en lecture de terrain — et d’environ 70 volontaires. Le terrain est hostile : sable mou, herbes hautes, bush à perte de vue. Le genre de paysage où un homme seul peut se fondre en quelques heures.

La police a perquisitionné des adresses liées à Lewis dans les communautés autochtones de Yuendumu et Lajamanu, mais elle estime qu’il n’a pas quitté le secteur d’Alice Springs. L’homme n’aurait pas accès à un véhicule, même si les enquêteurs n’excluent pas qu’il puisse recevoir de l’aide extérieure.
Sharon portait au moment de sa disparition un T-shirt bleu marine à manches courtes avec des bandes blanches au col et aux manches, ainsi qu’un short de type boxer noir. La police australienne a lancé un appel à témoins et demande à toute personne disposant d’informations de contacter le 131 444, en citant la référence P26120934.
Une mère « anéantie » et un pays sous le choc
La mère de Sharon est décrite comme « anéantie » par la disparition de sa fille. Elle se trouvait à quelques mètres à peine lorsque l’enfant a été emmenée. Le fait que Lewis était connu de la famille rend la trahison encore plus brutale. Dans les communautés aborigènes isolées du centre de l’Australie, tout le monde se connaît. La confiance est un pilier. Et c’est précisément cette confiance qui semble avoir été exploitée.
Le commissaire adjoint Malley était accompagné lors de sa conférence de presse par Leane Liddle, directrice exécutive de la réforme culturelle au sein de la police du Territoire du Nord. Leur présence conjointe souligne la dimension à la fois judiciaire et communautaire de cette affaire, dans une région où les tensions entre populations autochtones et institutions restent vives.
Trois jours après la disparition de Sharon, chaque heure qui s’écoule pèse un peu plus sur l’espoir. Les autorités australiennes se retrouvent face à un double échec potentiel : celui d’un système pénal qui a remis en liberté un homme violent sans précaution, et celui d’une protection de l’enfance qui n’a pas empêché le pire. Le pays attend des réponses. Et surtout, il attend Sharon.