Viols de Mazan : Dominique Pelicot s’apprête à côtoyer Jonathan Daval, Nordahl Lelandais et Guy Georges
L’affaire des viols de Mazan continue de faire parler d’elle, bien au-delà du verdict. Condamné en décembre 2024 à 20 ans de réclusion criminelle, Dominique Pelicot vient de changer de lieu de détention. Un transfert discret, mais qui est loin d’être anodin.
Car l’établissement qui l’accueille désormais n’est pas une prison ordinaire. Et les détenus qu’il va y croiser sont des noms que les Français connaissent très bien.
Un transfert confirmé ce mardi

C’est en fin d’après-midi, ce mardi 24 mars, que Dominique Pelicot est arrivé à la maison centrale d’Ensisheim, située près de Mulhouse, dans le Haut-Rhin. Le transfert a été confirmé par son avocate, ainsi que par des sources syndicales.
Jusqu’ici, il était détenu dans le sud de la France. Ce changement marque donc une rupture géographique et symbolique importante dans son parcours judiciaire.
Mais ce n’est pas seulement la distance qui change. C’est surtout le profil de l’établissement qui retient l’attention.
Une prison pas comme les autres

La maison centrale d’Ensisheim a une réputation bien établie dans le milieu pénitentiaire. Elle est connue pour accueillir des détenus condamnés à de très longues peines, souvent dans des affaires particulièrement graves.
Chaque prisonnier y est placé en cellule individuelle. L’environnement est strictement encadré, avec des conditions de sécurité renforcées.
C’est un univers bien différent de ce que Pelicot connaissait jusqu’à présent. Un cadre qui reflète, à sa manière, la gravité de ce pour quoi il a été condamné.
Gisèle Pelicot, principale victime de ses agissements, avait d’ailleurs exprimé le souhait de lui rendre visite en prison. Ce transfert dans un établissement de haute sécurité pourrait compliquer cette démarche.
Daval, Lelandais, Guy Georges : des voisins de cellule tristement célèbres

C’est sans doute l’aspect le plus frappant de ce transfert. À Ensisheim, Dominique Pelicot ne sera pas entouré de détenus anonymes.
Parmi les pensionnaires de la maison centrale figurent Jonathan Daval, condamné pour le meurtre de sa femme Alexia en 2017. Une affaire qui avait bouleversé la France entière, notamment parce que le mari avait d’abord joué la comédie du mari éplorée avant d’avouer.
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Nordahl Lelandais est également présent dans cet établissement. Condamné pour le meurtre de la petite Maëlys et celui du caporal Arthur Noyer, il purge une peine de perpétuité. Son nom reste associé à l’une des affaires criminelles les plus médiatisées de ces dernières années.
Enfin, Guy Georges, surnommé « le tueur de l’Est parisien », y est également incarcéré. Reconnu coupable du viol et du meurtre de sept jeunes femmes entre 1991 et 1997, il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Pour en savoir plus sur ces grandes affaires criminelles qui ont marqué l’Histoire, le dossier est édifiant.
Trois profils. Trois affaires hors normes. Et désormais, un quatrième nom qui rejoint ce sinistre cercle.
Ce pour quoi Pelicot a été condamné
Pour rappel, le verdict du procès des viols de Mazan est tombé en décembre 2024. Dominique Pelicot a été reconnu coupable d’avoir drogué son épouse Gisèle à son insu pendant des années, afin de la violer et de la livrer à des dizaines d’inconnus recrutés sur internet.
Le procès avait révélé l’ampleur terrifiante des faits. Plus de 50 hommes avaient été jugés dans cette affaire. Un groupe Telegram regroupant des dizaines de milliers d’hommes échangeant des conseils pour droguer des femmes avait également été mis au jour.
Le témoignage de Gisèle Pelicot au cours du procès avait bouleversé le pays. Face à son mari, elle lui avait demandé : « Comment as-tu pu me trahir ? » Des mots restés gravés dans les mémoires.
Et ce n’est peut-être pas tout

L’affaire pourrait en effet connaître de nouveaux développements judiciaires. Dès janvier 2025, le pôle « cold cases » du parquet de Nanterre a ouvert une enquête pour déterminer si Pelicot pourrait être impliqué dans d’autres crimes non élucidés.
Dominique Pelicot est notamment mis en examen pour un viol suivi d’un meurtre commis en 1991 à Paris. Une affaire froide qui refait surface des décennies plus tard.
Il est également visé pour une tentative de viol commise en 1999 en Seine-et-Marne. Pelicot a d’ailleurs reconnu son implication dans cette affaire remontant à 1999, ce qui avait relancé toutes les hypothèses sur son passé.
Ces investigations sont toujours en cours. Le dossier judiciaire de cet homme est donc loin d’être fermé, malgré la condamnation déjà prononcée.
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Une mise en examen pour meurtre qui change tout

Ce qui distingue aussi ce transfert, c’est que Dominique Pelicot n’est plus seulement considéré comme un violeur condamné. Il est également mis en examen pour meurtre, dans le cadre de l’affaire de 1991.
Ce statut judiciaire a pu jouer un rôle dans le choix de l’établissement. Ensisheim, avec ses protocoles renforcés, est précisément conçu pour accueillir ce type de profil.
Pelicot a déjà été interrogé sur ces affaires de viols et meurtres par les enquêteurs. Les investigations se poursuivent en parallèle de sa détention.
L’affaire Mazan n’a donc pas fini de livrer ses secrets. Et désormais, c’est depuis les murs d’une des prisons les plus sécurisées de France que son principal condamné attend la suite.
Une affaire qui continue de résonner dans toute la société
Au-delà du seul cas Pelicot, cette affaire a déclenché un séisme dans la société française. Elle a mis en lumière la réalité de la soumission chimique, longtemps minimisée ou ignorée.
Elle a aussi mis en exergue des dysfonctionnements profonds, des questions sur le consentement, et la manière dont la justice traite les victimes de violences sexuelles. La France a d’ailleurs récemment été condamnée par la justice européenne dans une autre affaire de viol, signe que ces questions sont loin d’être résolues.
La fille de Dominique Pelicot, Caroline Darian, n’a pas non plus dit son dernier mot. Elle a déposé une nouvelle plainte contre son père, dans le cadre de faits qui la concernent directement. Elle a également évoqué publiquement le silence douloureux qui entoure leur famille.
Pendant ce temps, Gisèle Pelicot continue de se battre. Devenue malgré elle le symbole d’un combat pour les droits des victimes, elle incarne une force que personne n’avait anticipée au début de ce procès hors norme.
Et dans les couloirs d’Ensisheim, une nouvelle page s’écrit. Silencieuse. Lourde. Mais pas encore définitive.