Abattu par deux hommes en scooter à Neuilly : le passé trouble d’Éric Robic, 12 condamnations au casier
Jeudi 16 avril 2026, aux alentours de 9h30, deux hommes à scooter ont ouvert le feu en pleine rue sur un homme de 51 ans, boulevard Victor-Hugo à Neuilly-sur-Seine. La victime, Éric Robic, est morte sur place. Un nom qui ne dit peut-être rien au grand public — mais que la justice française connaissait depuis plus de trente ans.
Plusieurs tirs à l’arme de poing en plein quartier résidentiel
Les faits se sont déroulés dans un quartier calme de Neuilly-sur-Seine, bordé d’immeubles modernes. Selon le parquet, les premiers témoignages font état de plusieurs tirs à l’arme de poing. Les deux tireurs, juchés sur un scooter, ont immédiatement pris la fuite après l’attaque. Aucune interpellation n’avait été annoncée dans les heures qui ont suivi.
En début d’après-midi, des enquêteurs de la police scientifique en blouses blanches s’affairaient encore sur la scène de crime. Le corps de la victime avait été recouvert sous un chapiteau blanc, tandis qu’un périmètre de sécurité d’une centaine de mètres avait été bouclé sur le boulevard. L’affaire a immédiatement été confiée à la JIRS — la Juridiction Interrégionale Spécialisée — de Paris, signe que les enquêteurs envisagent une dimension qui dépasse le simple règlement de comptes local.
Mais qui était vraiment Éric Robic ? Son casier judiciaire, à lui seul, dessine le portrait d’un personnage à part dans le monde des affaires français.
Douze condamnations depuis 1994 : un casier qui parle
Le parquet a tenu à communiquer un détail inhabituel dans ce type d’affaire : le casier judiciaire de la victime comportait pas moins de douze condamnations depuis 1994. Un chiffre qui situe d’emblée le personnage. Les infractions relevées sont principalement financières, ciblant des concessionnaires automobiles et des organismes bancaires — un mode opératoire récurrent chez Robic.
En janvier 2024, il avait encore été condamné dans le cadre d’une vaste escroquerie internationale portant sur un million d’euros. Le système reposait sur l’achat de véhicules par le biais de sociétés écrans, un montage suffisamment sophistiqué pour franchir les frontières. Le tribunal lui avait infligé 18 mois de prison avec sursis probatoire, assortis d’une obligation de travailler, de rembourser l’État et d’indemniser les victimes.

Dix-huit mois avec sursis pour un million d’euros d’escroquerie : une peine qui peut sembler clémente, mais qui s’inscrit dans un parcours judiciaire long où les séjours en prison ont alterné avec les périodes de liberté. Ce n’est pourtant pas cette condamnation qui avait fait connaître Éric Robic au grand public.
Tel-Aviv, 2011 : le drame qui a tendu les relations franco-israéliennes
L’épisode le plus marquant de la vie d’Éric Robic remonte à 2011. Cette année-là, au volant d’un 4×4, il renverse et tue une jeune Israélienne de 25 ans, Lee Zeitouni, dans les rues de Tel-Aviv. L’affaire aurait pu rester un tragique accident de la route. Elle est devenue un incident diplomatique.
Au lieu de se rendre aux autorités israéliennes, Robic prend la fuite et regagne la France. Israël demande son extradition. La France refuse, invoquant le principe selon lequel un État ne livre pas ses propres ressortissants. La tension monte entre les deux pays. L’affaire fait la une des médias des deux côtés de la Méditerranée, et le nom d’Éric Robic devient synonyme d’impunité aux yeux de l’opinion israélienne.
Il faudra attendre décembre 2014 pour qu’un tribunal correctionnel de Paris le condamne finalement à cinq ans de prison ferme pour homicide involontaire aggravé par conducteur. Une peine prononcée en France, pour des faits commis en Israël — un compromis judiciaire qui n’a satisfait personne, ni la famille de la victime ni les autorités israéliennes.
Cette condamnation figure d’ailleurs explicitement dans le casier détaillé par le parquet après son assassinat, aux côtés des nombreuses infractions financières. Mais le parcours de Robic soulève une question plus large.
Un profil qui interroge sur le mobile de l’assassinat
Douze condamnations, des escroqueries à répétition visant des concessionnaires et des banques, des sociétés écrans à l’international, un incident diplomatique avec Israël : le profil d’Éric Robic est celui d’un homme dont les activités pouvaient générer autant d’ennemis que de dossiers judiciaires. Le mode opératoire de son assassinat — deux tireurs sur un scooter, une exécution rapide en pleine rue — évoque les méthodes du grand banditisme.

La saisine de la JIRS de Paris, habituellement compétente pour la criminalité organisée et les affaires financières complexes, confirme que les enquêteurs ne traitent pas ce dossier comme un fait divers ordinaire. Cette juridiction spécialisée intervient notamment lorsqu’une affaire présente des ramifications qui dépassent le ressort d’un seul tribunal. L’enquête devra déterminer si l’assassinat est lié aux escroqueries passées de Robic, à des affaires en cours, ou à un tout autre pan de sa vie.
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Pour l’heure, les deux hommes en scooter restent activement recherchés. Aucun témoin n’a pu fournir de description suffisamment précise pour permettre une identification immédiate. Les caméras de vidéosurveillance du boulevard Victor-Hugo et des rues adjacentes sont en cours d’exploitation. L’affaire rappelle d’autres assassinats ciblés survenus ces dernières années en région parisienne, où des personnalités du milieu des affaires troubles ont été visées en plein jour dans des quartiers résidentiels.
À 51 ans, Éric Robic emporte avec lui les secrets de trois décennies passées à la frontière du légal et de l’illégal. Reste à savoir lequel de ces secrets lui a coûté la vie, un jeudi matin, sur un trottoir de Neuilly.
