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Française de 86 ans menottée par l’ICE en Alabama — sa famille ne peut même pas lui parler

Publié par Elsa Fanjul le 11 Avr 2026 à 18:43

Elle avait traversé l’Atlantique par amour, retrouvant un ancien soldat américain rencontré dans les années 1950. Aujourd’hui, Marie-Thérèse, 86 ans, est enfermée dans un centre de détention en Louisiane, sans contact téléphonique avec ses fils restés en France. Son crime aux yeux de l’administration américaine : ne pas disposer du bon visa. Voici comment une histoire d’amour vieille de sept décennies a viré au cauchemar administratif.

Femme âgée seule dans un salon américain

Une secrétaire bilingue, un GI et une base de l’Otan

Pour comprendre comment cette octogénaire bretonne s’est retrouvée dans les filets de l’ICE, il faut remonter à la France d’après-guerre. Dans les années 1950, Marie-Thérèse, originaire du Pouliguen, en Loire-Atlantique, décroche un poste de secrétaire bilingue sur la base de l’Otan installée près de Saint-Nazaire. C’est là qu’elle croise Billy, un soldat américain dont elle tombe amoureuse.

Mais l’histoire ne suit pas le scénario hollywoodien. Billy rentre aux États-Unis, chacun refait sa vie de son côté de l’Atlantique. Ils se marient, fondent des familles distinctes. Plus d’un demi-siècle s’écoule avant que leurs chemins ne se croisent à nouveau, en 2010. Les deux couples reprennent contact, s’invitent mutuellement. Une amitié transatlantique se renoue, discrète et chaleureuse.

Ce qui semblait n’être qu’une correspondance entre vieux amis allait pourtant prendre un tournant décisif quelques années plus tard, quand la vie de Marie-Thérèse bascule.

Deux deuils, un mariage et un piège administratif

Fin 2022, l’époux français de Marie-Thérèse décède. De l’autre côté de l’océan, Billy — devenu entre-temps colonel et pilote d’hélicoptère dans l’armée américaine — est lui aussi veuf. Les deux octogénaires décident de se retrouver. Marie-Thérèse s’installe à Anniston, petite ville de l’Alabama, pour épouser celui qu’elle avait rencontré soixante-dix ans plus tôt.

Mais en janvier 2025, Billy meurt à son tour. Marie-Thérèse se retrouve seule, dans un pays où elle n’a jamais obtenu de visa permanent. Sans son époux américain, son statut légal devient extrêmement fragile. Une situation qui rappelle les tensions croissantes autour de l’immigration dans plusieurs pays, mais qui prend ici un visage particulièrement cruel.

Désireuse malgré tout de rester à Anniston, la Française se heurte très vite à un obstacle qu’elle n’avait pas anticipé : la famille de Billy.

Quand la succession vire au harcèlement

Selon les témoignages recueillis par Ouest-France, un conflit violent éclate autour de la succession de Billy. L’un de ses fils américains multiplie les pressions sur Marie-Thérèse. Les méthodes décrites par la famille française sont glaçantes : menaces, intimidations, et surtout des coupures délibérées d’eau, d’électricité et d’Internet au domicile de l’octogénaire.

Une femme de 86 ans, isolée dans un pays étranger, privée de ses moyens de communication et de ses besoins essentiels. Un procès entre les deux familles est fixé au 9 avril pour trancher ce litige successoral. Marie-Thérèse devait simplement tenir jusque-là. Elle n’en a pas eu l’occasion.

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Car quelques jours avant l’audience, l’ICE frappe à sa porte. Et ce qui arrive à cette Française n’est pas sans rappeler d’autres arrestations controversées sur le sol américain ces derniers mois.

« Menottée aux pieds et aux mains comme une dangereuse criminelle »

Le 1er avril 2025, des agents de l’ICE — la redoutée police de l’immigration américaine — se présentent au domicile de Marie-Thérèse à Anniston. L’octogénaire est arrêtée sur place, menottée aux poignets et aux chevilles. Les images que cette scène évoque sont difficilement conciliables avec le profil d’une retraitée bretonne de 86 ans.

Transférée dans un centre de détention en Louisiane, Marie-Thérèse disparaît du radar de sa famille. « Un mauvais scénario de film américain. Chaque matin, je me réveille en me disant que ce n’est pas vrai, que j’ai fait un cauchemar », confie l’un de ses fils à la presse française. Dans un contexte où même le prince Harry voit son statut américain menacé, la politique migratoire américaine ne fait visiblement aucune distinction d’âge ni de circonstances.

Le fils cadet, qui réside à Nantes, livre un témoignage encore plus inquiétant sur l’isolement total de sa mère.

Aucun appel, aucune visite : le mur du silence

Plus de dix jours après l’arrestation, la famille française n’a toujours eu aucun contact direct avec Marie-Thérèse. Pas un appel téléphonique, pas une visite. « Aucun de nous n’a pu lui rendre visite aux États-Unis, et nous n’avons jamais pu lui parler au téléphone », déplore le fils cadet. Les seules informations filtrent par deux canaux : l’avocate américaine de Marie-Thérèse et le consul de France.

Cette opacité totale alimente l’angoisse des proches. Ils ignorent dans quelles conditions exactes leur mère est détenue, quel est son état de santé, si elle comprend pleinement ce qui lui arrive. La situation rappelle les inquiétudes régulièrement exprimées sur la gestion de dossiers sensibles par l’administration Trump, souvent critiquée pour son approche intransigeante.

Pourtant, du côté juridique, une lueur d’espoir a émergé — mais elle ne suffit pas à rassurer la famille.

Elle gagne son procès… depuis sa cellule

Ironie amère de cette affaire : selon les informations recueillies par les proches de Marie-Thérèse, l’audience du 9 avril concernant le conflit successoral lui aurait donné raison. Le procès contre la famille de Billy aurait tourné en sa faveur. Mais cette victoire juridique ne change rien à sa situation immédiate : Marie-Thérèse reste enfermée dans un centre de rétention en Louisiane, loin de tout.

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Le dossier d’immigration et le litige successoral sont deux procédures distinctes. Gagner l’un ne résout pas l’autre. Sans visa permanent valide, l’octogénaire reste en infraction aux yeux de l’ICE, quelle que soit la légitimité de sa présence à Anniston. Dans cette Amérique où les questions de visa deviennent des armes politiques, le droit ne protège pas toujours ceux qu’il devrait.

« Elle ne tiendra pas un mois »

L’urgence est désormais médicale autant que juridique. La famille de Marie-Thérèse ne cache pas son pessimisme. « L’urgence, pour nous, c’est de la sortir de ce centre de rétention et de la faire rapatrier en France. Au vu de sa santé, elle ne tiendra pas un mois dans de telles conditions de détention », alertent ses proches.

À 86 ans, une détention prolongée dans un centre de rétention américain — des structures régulièrement épinglées par les organisations de défense des droits humains pour leurs conditions d’hygiène et de prise en charge médicale — représente un risque vital. La famille réclame un rapatriement d’urgence vers la France, seule issue réaliste selon eux.

Le consulat de France est mobilisé, l’avocate américaine travaille sur le dossier. Mais la politique migratoire durcie de l’administration Trump rend chaque démarche plus lente et plus incertaine. Pour Marie-Thérèse, chaque jour compte.

Ce que cette affaire révèle sur la machine ICE

Le cas de Marie-Thérèse n’est pas un incident isolé. Depuis le durcissement des politiques migratoires américaines, l’ICE a multiplié les interpellations, y compris dans des situations que le bon sens qualifierait d’absurdes. Une retraitée européenne de 86 ans, veuve d’un colonel de l’armée américaine, menottée et placée en détention pour un problème de visa : l’image résume à elle seule les dérives d’un système qui ne fait plus la différence entre un réseau de passeurs et une grand-mère en deuil.

Pour la famille, installée à Nantes, l’impuissance est totale. Ils ne peuvent ni se rendre sur place facilement, ni obtenir d’informations fiables en dehors des canaux diplomatiques. Dans une époque où les États-Unis vendent des « cartes dorées » aux plus fortunés, Marie-Thérèse rappelle que ceux qui n’ont pas les moyens de se payer le bon statut administratif peuvent tout perdre — y compris leur liberté.

Son histoire, partie d’une romance des années 1950, est devenue le symbole d’un système d’immigration qui broie sans discernement. Reste à savoir si la mobilisation médiatique et diplomatique permettra de la ramener chez elle avant qu’il ne soit trop tard.

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