Meurtre au couteau devant un Super U en Aveyron : la vidéo glaçante diffusée aux assises
Le 16 mars 2024, Cédric Coutouly, 46 ans et père de deux enfants, est mort poignardé sur le parking d’un supermarché d’Onet-le-Château, en Aveyron. Ce mercredi 8 avril, la cour d’assises a diffusé les images de vidéosurveillance de l’agression. Une séquence d’une violence telle que la famille de la victime a quitté la salle en sanglots. Dans le box des accusés, Bradley Fortunato Alvès, 26 ans, se cachait le visage.
Quatre coups de dague en quelques secondes
La vidéo, captée par les caméras de surveillance du Super U d’Onet-le-Château, est en couleur mais sans son. On y distingue un homme vêtu de noir, armé d’une dague à la lame de 25 centimètres, qui se jette sur un couple. Cédric Coutouly tente de le repousser, de le dissuader. En vain. L’assaillant arme mécaniquement son bras et frappe à quatre reprises en quelques secondes.

Virginie Barrau, la compagne de Cédric, est elle aussi touchée lors de l’empoignade. Puis le père de famille, blessé, se dirige en titubant vers l’entrée du supermarché. Son fils de 13 ans assiste à la scène. Dans la salle d’audience, la douleur est insoutenable : la veuve de Cédric et ses proches quittent les lieux en étouffant des sanglots. Sur la vidéo, la victime est déjà en détresse respiratoire. La camionnette de Bradley Fortunato file aussitôt.
Une lame de 25 cm qui a transpercé le poumon et déchiré le cœur
Malgré un massage cardiaque pratiqué pendant près d’une heure par les secours, Cédric Coutouly décède peu après 20 heures. Les conclusions de l’autopsie sont accablantes. Les médecins légistes relèvent quatre plaies distinctes : aux côtes, à l’aisselle, dans le dos, et une fracture osseuse au bras. La blessure la plus grave, au niveau du thorax, mesure 20 centimètres de profondeur — soit la quasi-totalité de la lame de 25 cm.
Le coup fatal a transpercé le poumon et déchiré le cœur sur un centimètre. Un niveau de violence qui rappelle d’autres agressions au couteau ayant marqué l’actualité française ces dernières années. Face aux jurés, l’officier de police judiciaire de la PJ de Montpellier résume froidement : la victime n’a eu aucune chance.
Un père de famille sans histoire, de retour de vacances
Cédric Coutouly vivait avec sa compagne Virginie Barrau depuis vingt ans. Le couple, domicilié à Peyrole dans le Tarn, élevait deux enfants. Une famille unie, décrite par tous comme « sans histoire ». Ce samedi-là, ils rentraient de vacances dans les Alpes. Un trajet banal, une pause ordinaire : ils s’arrêtent au Super U d’Onet-le-Château pour acheter des céréales aux enfants.

Personne dans cette famille ne pouvait imaginer que cet arrêt serait le dernier moment de vie normale. Le drame qui a frappé cette famille rappelle la violence absurde de certains faits divers survenus dans le Sud-Ouest, où la brutalité surgit sans aucun signe avant-coureur.
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La chronique d’un crime annoncé
L’enquête de la PJ de Montpellier a reconstitué, heure par heure, la journée de Bradley Fortunato Alvès. Et ce qui en ressort est glaçant : une lente montée en puissance, ponctuée de signaux d’alerte que personne n’a su intercepter à temps.
Le matin, tout semble normal. L’accusé travaille sur un chantier à Rodez. Des témoins le décrivent « jovial » pendant qu’il range des parpaings. La nuit précédente, il avait échangé avec une amie sur les réseaux sociaux à propos de sa foi — il est évangéliste pratiquant et membre de la communauté du voyage.
Puis, vers midi, le basculement. Dans la cabine de sa camionnette, Bradley Fortunato se filme en écoutant un morceau de musique dont le refrain tourne en boucle : « J’ai envie de me foutre en l’air… » Chez sa mère, où il déjeune, il s’isole et lance cette question : « Pourquoi Dieu ne m’exauce pas ? » Ses proches s’inquiètent de ses changements brutaux d’humeur. Sa dépression le ronge. Il ne voit plus ses deux enfants après sa séparation.
Alcool, selfies et paroles menaçantes
L’après-midi, la spirale s’accélère. Dans un bar, l’accusé boit un litre de bière. Il sympathise avec des clients, sourit, puis son visage s’assombrit brusquement. Il vide ensuite une bouteille de whisky. Nouveau selfie, cette fois torse nu dans son fourgon, accompagné de paroles d’un morceau de rap : « Y en a qui défouraillent pour un regard de travers, pour un manque de respect… »
Sur la route, il aborde des inconnues, leur raconte sa vie, sa foi, ses déboires sentimentaux. Sa famille tente de le joindre par téléphone. Personne ne parvient à l’atteindre. « Il y a une montée en puissance de cet homme tout au long de cette journée », souligne Me Alexandre Martin, avocat d’une partie civile, devant la cour. L’officier de la PJ acquiesce sans hésitation.

Un premier accrochage, puis l’explosion
Avant de croiser le chemin de la famille Coutouly, Bradley Fortunato avait déjà eu un premier accrochage. Devant le supermarché, un piéton prénommé Frédéric est pris à partie par l’accusé. L’altercation reste verbale, mais elle agit comme un détonateur. « C’était un acharnement, il n’avait qu’une envie, c’était de tuer quelqu’un ! » tonne une témoin à la barre.
Après le meurtre de Cédric Coutouly, la fureur de l’accusé ne retombe pas : il agresse une conductrice de bus. Lorsqu’il est finalement interpellé, les enquêteurs découvrent dans sa chambre un exemplaire de l’Ancien Testament, ouvert sur des évangiles. Une personnalité décrite comme « borderline » par les experts psychiatriques, un homme que ses propres avocats, Mes Raymond et Pons, tentent de rendre « toujours plus humain » aux yeux des jurés.
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« Il reconnaît les faits sans s’en souvenir »
Face aux enquêteurs, Bradley Fortunato Alvès adopte une posture qui trouble la cour. « Il se souvient d’avoir été frappé, mais ne se souvient pas des coups de lame. Il reconnaît les faits sans s’en souvenir », rapporte l’officier de la PJ. Une « inquiétante duplicité », selon les termes utilisés dans le dossier. L’accusé assume les faits, affirment ses avocats, mais les souvenirs semblent comme effacés.
Ce type de défense, entre reconnaissance et amnésie sélective, n’est pas sans rappeler d’autres procès criminels récents où la question de la responsabilité pénale se heurte à la complexité psychiatrique de l’accusé. Dans le cas de Bradley Fortunato, ses troubles de l’humeur, sa dépression profonde et sa consommation massive d’alcool le jour des faits sont autant d’éléments que la défense met en avant.
Un verdict attendu vendredi
Le procès se poursuit devant la cour d’assises de l’Aveyron. Les débats portent désormais sur la personnalité de l’accusé, ses antécédents psychiatriques et le degré de préméditation de son geste. La projection de la vidéo de surveillance a marqué un tournant dans les audiences : pour la première fois, les jurés et le public ont vu, en images, la brutalité brute de l’attaque.
Pour la famille de Cédric Coutouly, ces images sont une épreuve supplémentaire. Virginie Barrau, blessée physiquement et dévastée par la perte de son compagnon, devra vivre avec ces souvenirs. Leur fils de 13 ans, témoin direct du meurtre de son père, aussi. Le verdict est attendu vendredi. En France, les crimes les plus graves peuvent conduire à des peines de réclusion criminelle à perpétuité.
Quelle que soit la décision des jurés, rien ne ramènera ce père de famille qui voulait simplement acheter des céréales à ses enfants.