Mort du petit Raul à Gand : ébouillantée, forcé de boire son urine — sa mère et son beau-père condamnés à 30 ans

Trois ans après la découverte du corps d’un garçon de 9 ans dans une ancienne zone portuaire de Gand, en Belgique, la justice a rendu son verdict. Sa mère et son beau-père ont été reconnus coupables de « torture ayant entraîné la mort ». Ce que sa sœur a raconté à la barre dépasse l’entendement.
Un corps dans un sac de sport, lesté de pierres

Le 13 avril 2023, des plongeurs repêchent un sac de sport dans le Houtdok, un ancien bassin portuaire de la ville de Gand. À l’intérieur, lesté de pierres : le corps d’un enfant en état de décomposition avancé. Il s’appelle Raul. Il a 9 ans. Sa mort remonte à janvier, soit trois mois plus tôt.

Les recherches n’avaient été lancées que tardivement, après l’alerte d’un oncle vivant à l’étranger. Comment un enfant de 9 ans peut-il disparaître pendant des mois sans que personne ne s’en inquiète ? La réponse, glaçante, se trouve dans l’isolement total auquel il était soumis.
Sa mère, Ioana-Maria Micu, est immédiatement placée sous mandat d’arrêt pour meurtre, coups et blessures, et recel de cadavre. Son ex-compagnon, Nicusor Ciurcui, est arrêté quelques jours plus tard aux Pays-Bas, après avoir pris la fuite. De nationalité roumaine, le couple vivait en Belgique avec Raul et sa sœur aînée, Andrea. Mais derrière les murs de leur logement se jouait un cauchemar que même les enquêteurs les plus aguerris ont eu du mal à supporter.
Ce que sa sœur a décrit au procès
Andrea avait 13 ans au moment des faits. Aujourd’hui âgée de 16 ans, elle s’est constituée partie civile et a témoigné devant la cour d’assises de Gand. Son récit a permis de reconstituer, dans le détail, l’enfer vécu par son petit frère pendant des années.

Raul était régulièrement privé de nourriture et d’eau. Il était battu à la ceinture jusqu’au sang. Ses tortionnaires le forçaient à boire sa propre urine. Il subissait des douches alternées à l’eau bouillante puis à l’eau glacée. Certains jours, il devait rester à genoux sur des grains de riz sec, les bras levés, pendant des heures entières.
Pour l’empêcher de crier, sa mère et son beau-père lui enfonçaient un bâillon dans la bouche. Dans d’autres affaires de maltraitance sur mineur, les mécanismes de contrôle sont similaires : isolement, privation, violence physique systématique. Mais dans le cas de Raul, le niveau de cruauté décrit par Andrea a sidéré la cour.
Le petit garçon ne parlait pas la langue locale, ne fréquentait aucune école, et n’avait aucun contact avec le monde extérieur. Sa mère l’avait coupé de tout. Pas de voisin, pas d’ami, pas de médecin. Un enfant fantôme, dont personne en Belgique ne connaissait l’existence.
« Son agonie a dû être atroce »
Selon les médecins légistes, Raul est mort des suites d’une infection sévère, provoquée notamment par l’urine qu’il a été contraint d’ingérer à répétition. La présidente de la cour, citée par le média belge VRT NWS, a prononcé des mots rares dans une enceinte judiciaire.
« Ce petit garçon de 9 ans, frêle, était totalement dépendant de sa mère et de son beau-père. Il ne parlait pas la langue, n’avait aucune famille ni personne de confiance ici. Son agonie a dû être atroce. » Elle a évoqué une « véritable haine et un profond mépris à l’égard de Raul », soulignant que les sévices s’inscrivaient dans la durée et n’avaient rien d’accidentel.
La cour a également rappelé « l’horreur insoutenable des faits et la cruauté avec laquelle ils ont été commis ». Des termes qui font écho à d’autres dossiers où des enfants ont subi des séquestrations prolongées sans que les systèmes de protection ne réagissent à temps.
Puis, en s’adressant directement aux deux accusés, la présidente a lancé : « Nous avons tenté de rendre à Raul un peu de dignité et de respect, que vous lui avez déniés si odieusement. Raul est devenu, d’une certaine manière, un enfant de la société tout entière. »
Chacun rejetait la faute sur l’autre
Tout au long de l’enquête, la mère et le beau-père ont changé de version à plusieurs reprises. Premier réflexe : nier toute implication. Puis, chacun a tenté de rejeter la responsabilité sur l’autre. Un schéma classique dans les affaires de violences mortelles sur enfant impliquant un couple.
Ioana-Maria Micu a affirmé être elle-même victime de violences conjugales de la part de Nicusor Ciurcui. Elle a décrit un compagnon violent et dominateur, laissant entendre qu’elle agissait sous la contrainte. Le beau-père, de son côté, a minimisé son rôle et pointé la mère du doigt.
Plus troublant encore : les deux accusés ont affirmé qu’Andrea, la sœur aînée de Raul — mineure au moment des faits — aurait elle aussi porté des coups à l’enfant. Une accusation rejetée par la jeune fille, qui a au contraire décrit la scène la plus accablante du dossier : elle a vu le couple se rendre au Houtdok avec un sac de sport, celui-là même dans lequel le corps de son frère sera retrouvé trois mois plus tard.
Cette stratégie de défense n’a convaincu ni les jurés ni la cour. La tentative de faire porter une partie de la culpabilité à une adolescente, elle-même témoin et victime collatérale de cette violence domestique, a été balayée par les preuves matérielles et les témoignages.
La peine maximale pour les deux accusés
Ce mercredi 29 avril, la cour d’assises de Gand a prononcé la peine la plus lourde prévue par le droit belge pour ce type de crime : 30 ans de réclusion pour chacun des deux accusés, assortis de 15 ans de mise à disposition du tribunal de l’application des peines. Concrètement, même après avoir purgé leur peine, ils resteront sous surveillance judiciaire pendant 15 années supplémentaires.
Le chef d’accusation retenu — « torture ayant entraîné la mort » — est aggravé par la circonstance que les deux adultes exerçaient une autorité parentale sur la victime. En Belgique, ce type de qualification est réservé aux cas les plus extrêmes de violence systématique. Pour rappel, en France aussi, les peines les plus lourdes sont prononcées quand les victimes sont des enfants sous l’autorité de leurs bourreaux.
La cour a souligné que les actes « défient toute imagination et témoignent d’une lâcheté extrême ». Raul pesait à peine le poids d’un enfant de son âge au moment de sa mort. Les marques sur son corps portaient la trace de sévices anciens et répétés, confirmant que la torture durait depuis des années, bien avant l’arrivée de la famille en Belgique.
Un enfant invisible aux yeux du système
L’une des questions les plus douloureuses soulevées par cette affaire concerne les failles du système de protection de l’enfance. Comment Raul a-t-il pu vivre — et mourir — en Belgique sans qu’aucune institution ne détecte sa situation ?
Le garçon n’était inscrit dans aucune école. Il ne figurait sur aucun registre médical local. Sa mère l’avait maintenu dans un isolement si total qu’il était, aux yeux de l’administration, un enfant qui n’existait pas. Ce type de situation rappelle d’autres drames où des enfants ont été retrouvés dans des conditions alarmantes sans que les services sociaux n’aient été alertés.
En Belgique, l’affaire Raul a provoqué un débat national sur le suivi des enfants migrants au sein de l’Union européenne. Arrivé de Roumanie avec sa famille, Raul est passé entre toutes les mailles du filet. Aucun contrôle à l’arrivée, aucun signalement scolaire, aucune visite sociale. Un trou noir administratif qui, selon les associations de protection de l’enfance belges, concerne potentiellement des milliers d’enfants en situation similaire.
Andrea, sa sœur, est aujourd’hui prise en charge par les services de l’aide à la jeunesse. Elle reste le témoin central de cette affaire — et, d’une certaine manière, la voix de Raul. Sans son témoignage, les détails précis des tortures subies par le garçon n’auraient peut-être jamais été portés à la connaissance de la justice.
Comme l’a résumé la présidente de la cour : Raul est devenu « un enfant de la société tout entière ». Un enfant que personne n’a protégé de son vivant, mais que la justice, trois ans trop tard, a tenté de défendre.