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New York : libéré d’un hôpital psychiatrique en une heure, il tue un retraité de 76 ans dans le métro

Publié par Cassandre le 09 Mai 2026 à 9:47
New York : libéré d'un hôpital psychiatrique en une heure, il tue un retraité de 76 ans dans le métro

Un enseignant retraité de 76 ans, Ross Falzone, est mort après avoir été poussé dans les escaliers d’une station de métro à Manhattan jeudi soir. L’homme qui l’a tué venait de passer à peine une heure dans un service psychiatrique. Il portait encore son bracelet d’hôpital au moment des faits. La police de New York dénonce un « effondrement complet » du système de prise en charge des malades mentaux.

Un passage éclair par les urgences psychiatriques

Rhamell Burke, 32 ans, a été interpellé jeudi vers 15h30 devant le commissariat du 17e district de Manhattan. Il « agissait de manière erratique » et brandissait un bâton récupéré dans une poubelle, selon la police new-yorkaise. Les agents lui ont ordonné de lâcher l’objet. Il s’est exécuté au bout de trois secondes environ.

Entrée de l'hôpital Bellevue à Manhattan au crépuscule

Les policiers l’ont alors conduit à l’hôpital Bellevue, le grand centre médical de Manhattan, en tant que « personne émotionnellement perturbée ». Burke a été enregistré, orienté vers le programme d’urgences psychiatriques de l’établissement… puis libéré vers 16h40. Soit environ une heure et dix minutes après son admission.

Un haut gradé de la police de New York a réagi avec colère dans les colonnes du New York Post : « On l’a amené à 15h30 et il était dehors avant 17h. Pendant ce temps, si vous ou moi allions à Bellevue pour un mal de tête, il faudrait 8 heures rien que pour être examiné. » Un constat amer qui rappelle d’autres récidivistes remis en liberté bien trop vite, avec des conséquences dramatiques.

Cinq heures plus tard, l’attaque mortelle à Chelsea

Vers 21h30, soit environ cinq heures après sa sortie de Bellevue, Burke se trouvait dans le quartier de Chelsea, au sud de Manhattan. Des images de vidéosurveillance montrent qu’il suivait Ross Falzone à une trentaine de mètres de distance alors que le retraité marchait vers le nord sur la 7e Avenue.

À l’approche de la station de métro de la 18e Rue, Burke a accéléré le pas. Selon la police, il a violemment poussé Falzone dans les escaliers menant au quai de la ligne 1, sans aucune raison apparente, sans échange de mots. Une attaque totalement gratuite sur un inconnu.

Escaliers d'une station de métro à Chelsea la nuit

Falzone a atterri sur la tête à mi-chemin dans les marches. Les secouristes l’ont retrouvé inconscient. Bilan médical : traumatisme crânien, fracture des côtes droites et fracture de la colonne vertébrale. Transporté d’urgence à l’hôpital Bellevue — le même établissement qui avait libéré son agresseur quelques heures plus tôt — il est décédé peu avant 3 heures du matin vendredi.

Burke, lui, a pris la fuite. Il portait toujours son bracelet d’hôpital au poignet. C’est ce genre de détails qui illustre la faille béante dans le système, et qui a poussé les autorités à réagir. Mais le parcours judiciaire de l’agresseur posait problème bien avant cette nuit-là.

Quatre arrestations en quatre mois, et toujours libre

Le casier récent de Rhamell Burke donne le vertige. Depuis février, l’homme de 32 ans a été arrêté quatre fois. Le 2 février, il aurait agressé un policier de la Port Authority. Le 14 février, il a été interpellé pour cambriolage. Le 25 février, pour résistance à une arrestation. Puis le 2 avril, pour une nouvelle agression sur un inconnu.

Après cette dernière interpellation, Burke a bénéficié d’une « libération supervisée » lors de sa comparution. C’est un dispositif qui permet aux accusés de rester libres sous certaines conditions, sans caution. En France, la question de la récidive et de ses conséquences fait aussi régulièrement débat.

Ce parcours pose une question brûlante : comment un individu arrêté quatre fois en quatre mois, dont deux pour violences, peut-il se retrouver dans la rue sans aucune surveillance effective ? Un officier de police n’a pas mâché ses mots : cette tragédie est un « effondrement complet » de la politique de la mairie face à la maladie mentale.

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« Un vieil homme sans défense » : qui était Ross Falzone ?

Ross Falzone avait 76 ans. Il avait passé sa carrière à enseigner l’anglais ou l’histoire au lycée, selon ses voisins. Retraité depuis des années, il vivait dans un immeuble sans ascenseur de l’Upper West Side, à Manhattan, et menait une vie active que beaucoup de seniors pourraient lui envier.

Marc Stager, 78 ans, habitait dans le même immeuble depuis 1981. Il connaissait Falzone depuis plus de quarante ans. « C’est juste un vieil homme sans défense. Quel geste lâche et stupide », a-t-il confié au New York Post. « Il avait une belle vie. Une bonne retraite, la sécurité sociale, il était financièrement à l’aise. »

Immeuble résidentiel de l'Upper West Side à New York

Briel Waxman, sa voisine du dessus, trentenaire qui travaille dans la publicité, entendait régulièrement de la musique classique monter de son appartement. « Il allait voir des concerts au Lincoln Center. Je le croisais souvent quand je rentrais tard le soir, vers minuit. » Un médecin pédiatre vivant dans l’immeuble depuis cinq ans a confirmé : « Il sortait dîner tard, comme n’importe quel New-Yorkais. Il avait plein d’histoires à raconter sur l’immeuble avant sa rénovation. »

Un homme discret, cultivé, qui profitait de sa retraite entre symphonies et balades nocturnes. Il rentrait probablement chez lui ce jeudi soir quand Burke l’a pris pour cible, au hasard.

Le maire de New York ordonne une enquête interne

Le maire de New York, Zohran Mamdani, a réagi vendredi soir. « Je suis horrifié par le meurtre de Ross Falzone et par les circonstances qui y ont conduit », a-t-il déclaré. Il a ordonné au réseau hospitalier public (NYC Health + Hospitals) de mener une double enquête : une investigation immédiate sur les mesures qui auraient dû être prises pour empêcher ce drame, et un audit complet des protocoles d’évaluation psychiatrique et de sortie des patients.

« Les New-Yorkais méritent des réponses », a ajouté le maire. Des mots qui résonnent avec ceux des policiers, bien plus amers. La question qui hante le NYPD est simple : comment Bellevue a pu évaluer, traiter et libérer un homme violent en à peine plus d’une heure, alors qu’un patient lambda attend des heures pour une simple consultation ?

« Ça arrive tout le temps », a lâché un haut gradé. « La police utilise ses pouvoirs d’internement involontaire en permanence. Et les patients ressortent aussitôt avec un Advil. » Un constat qui rappelle les débats français autour de la prise en charge psychiatrique, et plus largement la question de savoir comment les systèmes de santé gèrent les cas les plus critiques. En France aussi, des faits divers impliquant des individus connus des services relancent régulièrement le même débat.

L’arrestation et ce qu’il reste de cette affaire

Burke n’a pas couru longtemps. Vendredi vers 15h30, deux inspecteurs en civil l’ont repéré sur le quai de la ligne C/E de Penn Station. Ils l’ont reconnu grâce à sa photo diffusée en interne. Il a été interpellé sans incident et était en attente de mise en accusation vendredi en fin de journée.

Mais l’arrestation ne referme rien. Au contraire, elle ouvre un débat qui dépasse largement le cas Burke. Aux États-Unis, les interactions entre police, hôpitaux psychiatriques et justice forment un circuit que beaucoup qualifient de « porte tournante ». Les personnes souffrant de troubles mentaux graves sont arrêtées, brièvement évaluées, libérées, et le cycle recommence — jusqu’au drame. Des violences tragiques aux États-Unis rappellent régulièrement les failles de ce système.

Ross Falzone, lui, ne rentrera plus chez lui. Plus de musique classique dans l’appartement de l’Upper West Side. Plus de dîners tardifs dans les restaurants du quartier. Plus de concerts au Lincoln Center. Un homme de 76 ans, tué par un inconnu qui n’aurait jamais dû se trouver dans cette rue, à cette heure. Et un bracelet d’hôpital encore accroché au poignet de celui qui l’a tué.

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