Affaire Patrick Bruel : l’enquête rouverte après le témoignage glaçant d’Ophélie, 19 ans à l’époque
Patrick Bruel fait face à une nouvelle tempête judiciaire. Alors que les accusations s’accumulent depuis plusieurs semaines, le parquet de Nanterre vient de rouvrir une enquête classée sans suite en 2022. Au cœur de cette décision : le récit d’une jeune femme qui avait 19 ans au moment des faits présumés, et dont le témoignage éclaire d’un jour nouveau l’affaire qui secoue le monde du spectacle français.

Montpellier, janvier 2015 : une figurante croise la route de Patrick Bruel
Tout commence lors du tournage d’un clip pour les Enfoirés, dans l’Hérault. Ophélie Fajfer, alors âgée de 19 ans, participe comme figurante. Passionnée de musique, elle compose ses propres morceaux et profite de cette journée pour échanger avec plusieurs artistes présents sur le plateau. À la fin du tournage, elle écrit à chacun d’eux dans l’espoir d’obtenir un coup de pouce pour percer dans le milieu.
Patrick Bruel est le seul à répondre. Entre mars et août 2015, des échanges « purement professionnels » s’installent, d’abord sur les réseaux sociaux, puis par téléphone. Le hasard des vacances d’été les rapproche géographiquement : lui séjourne dans sa propriété de l’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, elle est chez ses grands-parents, tout près. Ils se retrouvent au restaurant. Il écoute ses compositions. Selon son avocate, Me Myriam Guedj-Benayoun, le chanteur tente une approche sentimentale sur le parking. Ophélie refuse. Il accepte. L’écart d’âge — 37 ans — rend la chose « inimaginable » pour cette jeune femme élevée dans la foi chrétienne et sans expérience amoureuse. Jusque-là, les deux versions concordent. Tout bascule deux jours plus tard.
« Il m’a volé ma première fois » : le récit qui a poussé le parquet à agir
Le surlendemain, Patrick Bruel invite Ophélie chez lui pour poser sa voix sur le piano. Il précise qu’il est seul avec ses enfants. Elle joue, chante, visite la propriété en voiturette de golf. Puis, à la piscine, tout change. « Elle voit une autre personnalité : quelqu’un qui a décidé qu’ils auraient une relation sexuelle et qui va la forcer », détaille Me Guedj-Benayoun.
Ce que décrit l’avocate est un enchaînement de violences : baisers forcés, pénétration digitale dans la piscine, main contrainte. Ophélie raconte avoir été frappée par un phénomène de sidération, documenté chez les victimes d’agression sexuelle. « Elle n’avait qu’une chose en tête : préserver sa virginité. » Après les faits présumés, le chanteur redevient « Patrick Bruel » — il lui prépare des pâtes, lui propose un concert privé en Suisse. Sur Instagram, Ophélie écrira plus tard ces mots glaçants : « Il m’a volé ma première fois. » Six ans s’écouleront avant qu’elle ne pousse la porte d’un commissariat, en 2021, en découvrant les plaintes des masseuses. La plainte est classée sans suite en novembre 2022 pour « insuffisance matérialisée ». S’ensuit une tentative de suicide médicamenteuse.

Enquête rouverte le 18 mai : pourquoi la justice a changé d’avis
Les nouvelles plaintes déposées contre le chanteur ont redistribué les cartes. Le parquet de Nanterre, qui centralise désormais tous les dossiers Bruel, a décidé lundi 18 mai de rouvrir l’enquête sans attendre une plainte avec constitution de partie civile. Un soulagement pour Ophélie, selon son avocate : « Elle sait que ça prendra plusieurs années, on espère qu’un juge d’instruction sera saisi. »
De son côté, Patrick Bruel conteste formellement tout abus. Dans un message publié sur Instagram, il martèle : « Jamais je n’ai forcé une femme. Jamais je n’ai drogué, manipulé ou cherché à soumettre quoi que ce soit. » Ses avocats, Mes Céline Lasek et Christophe Ingrain, rappellent que la justice avait conclu à un classement sans suite après « une enquête complète ». La ligne de défense reste claire : la pluralité des accusations ne suffit pas à établir une vérité. Ce sera désormais aux enquêteurs de trancher, dans un dossier où la parole de l’un s’oppose frontalement à celle de l’autre.
Un classement sans suite n’est pas un acquittement. Une réouverture d’enquête n’est pas une condamnation. Entre ces deux réalités judiciaires, il y a le récit d’une femme de 29 ans qui attend depuis dix ans que la justice examine vraiment sa version des faits. Et une question qui dépasse largement le cas Bruel : combien de plaintes classées trop vite mériteraient un second regard ?