Xavier Dupont de Ligonnès « vu avec un labrador noir » ? Ce témoignage qui relance l’affaire
Quinze ans de silence. Et soudain, une information qui surgit de l’autre côté de l’Atlantique. Un shérif américain vient de lancer un avis de recherche officiel pour retrouver l’un des fugitifs les plus recherchés de France. Et il a déjà reçu un premier témoignage qui donne des frissons.

Un avis de recherche diffusé au Texas
C’est une image que peu de Français s’attendaient à voir. Le visage de Xavier Dupont de Ligonnès diffusé sur une chaîne de télévision locale au Texas, accompagné d’un avis de recherche officiel. Le shérif du comté de Brewster, Ronny Dodson, a publié le mercredi 25 mars cet appel à témoins, accompagné de plusieurs photos du fugitif français.
L’affaire Xavier Dupont de Ligonnès avait pourtant semblé s’enliser depuis des années. Des proches qui sortaient du silence, des fausses pistes, des signalements dans le Doubs, une arrestation en Écosse qui s’était révélée être une erreur monumentale. Et maintenant, le Texas.
« Il avait un accent français et un labrador noir »
À peine l’avis de recherche publié, un premier témoignage est tombé. Une femme a contacté le bureau du shérif pour signaler avoir croisé un homme suspect en 2020. Son récit est précis, et il interpelle.
« Elle nous a dit qu’elle avait vu un homme qui lui ressemblait beaucoup. Il avait un accent français et un labrador noir avec lui », a rapporté Ronny Dodson. Une description simple, mais qui colle avec le profil du fugitif. Xavier Dupont de Ligonnès est connu pour son attachement aux animaux de compagnie.
Ce témoignage est inédit. En quinze ans, des centaines de signalements ont localisé le père de famille aux quatre coins du monde, sans jamais déboucher sur une arrestation. Mais celui-ci a une saveur particulière : il vient d’une zone qui intéresse depuis longtemps les enquêteurs.
Une région désertique, proche de la frontière mexicaine
La zone de recherche se situe dans le sud du Texas, à proximité de la frontière mexicaine. Un territoire aride, peu peuplé, difficile à surveiller. Les autorités locales l’admettent elles-mêmes : ce type de région est parfois utilisé par des personnes cherchant à se fondre dans l’anonymat.
Pour les enquêteurs qui ont travaillé sur le dossier, ce n’est pas une surprise. Xavier Dupont de Ligonnès connaît très bien les États-Unis. Il y a séjourné à plusieurs reprises et y a même vécu dans les années 1990. Une photo exclusive révèle d’ailleurs le fugitif aux côtés d’une petite amie américaine de l’époque. Des liens anciens avec ce pays, qui auraient pu lui servir de point de chute.
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Cette connaissance du territoire américain est l’un des arguments avancés par ceux qui pensent qu’il a pu s’y réfugier après les meurtres de Nantes. Mais ce n’est pas le seul indice.
« À tous ses proches, il disait partir aux États-Unis »
L’avis de recherche n’a pas été lancé par hasard. Il fait suite à la visite de Gilles Galloux, un ancien enquêteur de la police judiciaire de Nantes, qui a consacré un livre entier à cette affaire. Sa conviction est totale : Xavier Dupont de Ligonnès a fui aux États-Unis après les meurtres.
« Si on reprend l’enquête, c’est Xavier lui-même qui nous dit qu’il part aux États-Unis », explique-t-il. « Il a écrit plusieurs lettres à ses proches, à ses amis. À ceux qui n’étaient pas proches, il disait partir en Australie. Mais à tous ses proches, c’est : ‘Je pars aux USA.' »
Un double discours calculé. Une destination officielle pour brouiller les pistes, une destination réelle pour ceux en qui il avait confiance. Ce détail, connu des enquêteurs depuis des années, prend une nouvelle dimension avec cet appel à témoins texan. La théorie d’un expert psychiatre sur sa possible survie avait déjà alimenté les débats.
L’affaire relancée, mais le parquet de Nantes dans le flou
Cette initiative américaine a pourtant pris les autorités françaises par surprise. Contacté par des journalistes, le parquet de Nantes a indiqué ne pas avoir été avisé de l’appel à témoins lancé outre-Atlantique. Une situation étonnante pour une affaire d’une telle ampleur.
Le dossier Xavier Dupont de Ligonnès reste l’une des plus grandes affaires criminelles non résolues en France. Le fugitif est soupçonné d’avoir tué sa femme Agnès et ses quatre enfants à Nantes en avril 2011, avant de disparaître dans la nature. Depuis, pas une seule confirmation sérieuse de sa localisation.
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Le blogueur Aqababe avait lui aussi tenté de mener sa propre enquête, au point d’agacer le parquet de Nantes avec ses méthodes. L’affaire suscite depuis des années une fascination morbide au sein de l’opinion publique française.
Un enregistrement, des lettres, et toujours aucune trace
Ce qui rend cette affaire si particulièrement obsédante, c’est le soin avec lequel le fugitif semble avoir organisé sa disparition. Il avait adressé un enregistrement audio à sa sœur avant de s’évaporer. Un geste prémédité, qui tranche avec l’image d’un homme pris de panique.
Des lettres d’adieu, une connaissance précise du territoire américain, une apparence facilement modifiable. Les éléments qui alimentent la théorie de la fuite réussie sont nombreux. Et chaque nouveau témoignage, même vague, ravive la question que des millions de Français se posent encore : est-il toujours en vie ?
La maison du drame à Nantes a depuis été entièrement rénovée. La vie a repris, en apparence. Mais l’enquête, elle, ne s’est jamais vraiment arrêtée.

Et maintenant ?
Le shérif Ronny Dodson attend d’autres témoignages. L’avis de recherche est désormais diffusé localement, avec photos à l’appui. Si d’autres habitants de la région ont croisé un homme à l’accent français accompagné d’un chien noir, ils sont invités à se manifester.
Ce coup de projecteur américain sur l’affaire pourrait tout changer. Ou ne rien changer du tout, comme les centaines de signalements précédents. Mais pour la première fois depuis longtemps, une piste semble suffisamment sérieuse pour qu’un officiel de police lance une procédure officielle. Et ça, dans cette affaire, c’est déjà rare.