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« Je me sens trahi » : sa sœur aurait manipulé leur mère pour rafler un héritage de 5 millions d’euros

Publié par Ambre Détoit le 10 Mai 2026 à 11:08

Un père qui bâtit sa fortune à la sueur de son front pendant des décennies. Deux enfants qui devaient se partager l’héritage à parts égales. Et puis, en quelques semaines à peine, tout bascule. Paul Jenkins — un pseudonyme, pour raisons juridiques — pensait que la promesse de son père était gravée dans le marbre. Il vient de découvrir que sa sœur Susan aurait tout fait voler en éclats, en retournant leur propre mère contre lui. En jeu : 4,5 millions de livres sterling, soit environ 5,3 millions d’euros. Et un lien familial peut-être détruit à jamais.

Un empire bâti brique par brique

Henry Jenkins était ce qu’on appelle un self-made man. Pas d’héritage au départ, pas de coup de pouce. Juste un flair pour l’immobilier et les affaires. Au fil des années, il a accumulé un patrimoine impressionnant : des appartements en location, des commerces de proximité, des terrains. Valeur totale estimée : 4,5 millions de livres. Le genre de fortune qui, en France comme au Royaume-Uni, soulève immédiatement la question de la transmission.

Documents juridiques et photos de famille sur une table

Henry avait toujours été clair avec ses deux enfants, Paul et Susan : l’argent irait d’abord à leur mère Diane, puis serait partagé équitablement entre eux deux. Une promesse répétée pendant des années. Paul, fonctionnaire la cinquantaine passée, n’avait aucune raison de douter.

Quand Henry décède en avril 2024, à 75 ans, après une hospitalisation brutale, le plan semble se dérouler normalement. Le testament désigne Diane comme exécutrice, avec Paul et Susan en remplacement si elle ne peut pas assumer ce rôle. Tout est carré. En apparence.

Mais entre les lignes du deuil, quelqu’un a commencé à réécrire le scénario.

83 000 livres volatilisées en quelques jours

Deux semaines après l’enterrement, Susan se présente chez Paul avec des papiers à signer. L’idée : débloquer 83 000 livres d’un compte joint pour les transférer sur le compte courant de leur mère. Logique. Diane n’avait jamais géré les finances du foyer. Elle avait besoin de liquidités pour faire tourner la maison.

Paul signe. Sans méfiance. Il s’agit de sa sœur, celle qu’il emmenait en sortie avec sa femme parce qu’elle n’avait pas de vie sociale, pas d’amis, pas de compagnon. Celle pour qui il avait de la tendresse.

Sauf que l’argent n’est jamais arrivé sur le compte de Diane. « La banque m’a dit qu’elle n’avait que quelques milliers de livres sur son compte. Je ne sais pas où cet argent est passé », raconte Paul. C’est le premier signal d’alarme. Mais pas le dernier, loin de là.

Un verrouillage méthodique de tous les accès

En juin 2024, Paul reçoit un appel du service succession de la banque familiale. Ce qu’on lui annonce le laisse sans voix. Susan s’est rendue à l’agence avec leur mère et lui a fait signer un document interdisant à la banque de communiquer avec Paul. Que ce soit sur les comptes du père ou ceux de la mère. Terminé. Rideau.

Signature d'un document bancaire lors d'une succession

Le même scénario s’est produit avec le gestionnaire du portefeuille immobilier. « J’ai appelé et on m’a dit que ma mère s’était présentée avec Susan pour demander que seule Susan soit l’interlocutrice. Interdiction de me parler. » En l’espace de quelques semaines, Paul s’est retrouvé totalement coupé de l’empire que son père avait mis une vie à construire. Des situations de ce type, où la famille découvre trop tard les manœuvres d’un proche, sont plus fréquentes qu’on ne le croit.

Et le pire restait à venir : un faux rapport qui allait retourner sa propre mère contre lui.

« Tu n’auras rien, j’ai lu ton rapport »

Après des semaines de tentatives infructueuses pour joindre Diane par téléphone, Paul finit par se rendre chez elle. La scène qu’il décrit est glaçante de simplicité. Sa mère lui ouvre la porte et lui dit, de but en blanc : « Tu n’auras rien. J’ai vu le rapport que tu as écrit sur moi. »

Paul tombe des nues. Le rapport en question l’aurait décrite comme « folle » et aurait laissé entendre qu’il cherchait à prendre le contrôle de l’argent familial. Problème : Paul jure n’avoir jamais rédigé un tel document. Il soupçonne sa sœur de l’avoir fabriqué de toutes pièces pour monter Diane contre lui.

« Je pense que ma mère croit sincèrement que j’ai essayé de la faire interner et de m’emparer des biens locatifs. Elle le répète à tout le monde », confie-t-il. Cette stratégie rappelle d’autres affaires médiatisées, comme celle de Priscilla Presley accusée de manœuvres autour de l’héritage d’Elvis. La manipulation familiale autour de l’argent n’épargne personne, célèbres ou anonymes.

Le paradoxe est cruel. Selon Paul, c’est lui qui avait la meilleure relation avec sa mère. C’est lui qui l’emmenait au zoo, qui partageait ses réussites professionnelles avec son père. Susan, elle, vivait encore chez leurs parents à l’âge adulte, sans revenus stables, sans relations sociales. Leur père devait même payer ses factures d’essence chaque mois.

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Un aveu qui change tout

Pendant l’hospitalisation de Henry, Susan a lâché une bombe devant Paul, sa femme Louise et un autre membre de la famille. Elle a avoué être endettée. Sans préciser les montants ni les raisons. Mais Paul est convaincu que c’est le mobile de toute l’opération.

« Elle doit être en difficulté. Je pense que ces dettes expliquent tout ce qui s’est passé depuis », dit-il. Une personne acculée financièrement, vivant sous le toit de ses parents, sans aucune indépendance économique — et soudain, 4,5 millions de livres sur la table. Pas besoin d’être expert en psychologie pour comprendre la tentation.

Homme seul et désemparé sur un banc face à des maisons

D’autant que la situation juridique est limpide. Diane n’avait pas de testament personnel. Henry gérait tout. En vertu du droit britannique de la succession sans testament — l’intestacy law —, si Diane décédait sans conjoint survivant, ses biens devaient être répartis à parts égales entre ses enfants. Paul aurait donc dû recevoir environ 2,25 millions de livres, soit plus de 2,6 millions d’euros. De quoi acheter la maison dont il rêvait.

Mais Susan aurait obtenu de Diane une procuration générale (power of attorney) et fait rédiger un nouveau testament léguant la totalité du patrimoine à elle seule. Paul : zéro.

Les services sociaux, dernier recours avant le tribunal

Désespéré, Paul a saisi les services sociaux britanniques durant l’été 2024, estimant que sa sœur manipulait une personne vulnérable — leur mère de bientôt 80 ans — à des fins financières. La réponse a été un coup de massue supplémentaire.

Après avoir interrogé Diane, les services sociaux ont rapporté ses mots : elle ne veut plus rien avoir à faire avec Paul, affirme qu’il est « éloigné de la famille » et qu’il ne s’est manifesté que pour l’argent. Le monde à l’envers, selon Paul, qui décrit des années de complicité avec sa mère et une sœur que Diane elle-même accusait régulièrement de « n’en vouloir qu’à l’argent ».

« Pourquoi, en l’espace de deux semaines, ma mère a-t-elle réécrit cinquante ans d’histoire familiale ? », demande-t-il. Une question qui résonne avec les nombreuses guerres fratricides autour d’héritages dont la presse se fait régulièrement l’écho.

Un phénomène en pleine explosion au Royaume-Uni

L’histoire de Paul n’est pas un cas isolé. Selon les chiffres du ministère de la Justice britannique, plus de 11 500 personnes ont déposé des demandes pour bloquer l’administration d’une succession entre janvier et juillet de l’année dernière. Ces « probate caveats » — des avis formels qui gèlent le règlement d’une succession pendant six mois — ont augmenté de 12 % sur un an, d’après une demande d’accès à l’information déposée par le cabinet d’avocats TMW Solicitors.

Stuart Downey, associé spécialiste des litiges testamentaires chez TMW, explique : « Même des successions relativement modestes peuvent désormais valoir entre 500 000 et un million de livres, simplement parce qu’elles incluent un bien immobilier familial. Plus la valeur des patrimoines augmente, plus le potentiel de conflit entre proches explose. » Les questions d’impôts sur les successions ajoutent une couche de complexité supplémentaire.

Parmi les sources de litiges en forte hausse : les cas où le défunt — ou, comme ici, une personne âgée encore vivante — a été persuadé ou contraint de modifier son testament. En France aussi, le sujet fait débat. Si le droit français protège davantage les héritiers avec la réserve héréditaire, les manipulations familiales restent une réalité douloureuse.

Une course contre la montre

Paul le sait : tant que sa mère est vivante, il a encore une chance de faire annuler ce testament ou de prouver que Diane a été manipulée. Après son décès, tout deviendra exponentiellement plus compliqué — et plus coûteux. Les avocats spécialisés sont formels : contester un testament après le décès du testateur est un parcours du combattant juridique et émotionnel.

Chaque jour qui passe joue contre lui. Sa mère refuse de lui parler. Sa sœur ne répond plus. Les banques et gestionnaires immobiliers ont reçu l’instruction de l’ignorer. On pourrait croire à un thriller — c’est juste une famille britannique ordinaire, déchirée par l’argent. Comme les héritiers Delon ou les proches de Nathalie Baye, Paul découvre que les liens du sang ne pèsent pas lourd face à plusieurs millions.

« Je me sens malade et trahi. Je n’ai rien fait de mal. J’ai toujours aidé et pris soin de ma petite sœur, de ma mère et de mon père », répète-t-il. En attendant de trouver un recours, Paul a perdu bien plus qu’un héritage. Il a perdu sa famille.

Et la question qui hante les nuits de milliers de familles reste la même, d’un côté comme de l’autre de la Manche : quand l’argent entre en jeu, peut-on encore faire confiance à ceux qu’on aime ?

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