À 14 ans il investit en crypto, à 27 ans il pèse 9 milliards : l’ascension fulgurante du patron de Polymarket
Il n’a pas hérité d’un empire familial. Il n’a même pas terminé ses études. Pourtant, à 27 ans, Shayne Coplan dirige une plateforme de paris valorisée à neuf milliards de dollars qui a prédit le résultat de la présidentielle américaine avec une précision sidérante. Son histoire ressemble à un scénario hollywoodien — sauf qu’elle est vraie, et qu’elle commence par un mail envoyé au gendarme de la Bourse quand il avait à peine l’âge d’entrer au lycée.

Un ado de l’Upper West Side qui n’a rien fait comme les autres

Shayne Coplan grandit à New York, dans le quartier cossu de l’Upper West Side. Ses parents, tous deux sud-africains et professeurs d’université, lui offrent un cadre intellectuel stimulant. Mais contrairement à d’autres figures de la tech, Coplan ne vient pas d’une dynastie fortunée. Il n’est pas héritier — juste précoce, et sacrément culotté.
À 14 ans, alors que la plupart des adolescents dépensent leur argent de poche en jeux vidéo, lui place le sien dans l’Ethereum. La cryptomonnaie n’en est alors qu’à ses balbutiements, et rares sont les adultes qui y comprennent quoi que ce soit. Le jeune Shayne, lui, y voit déjà un terrain de jeu financier.
Mais le geste le plus révélateur de son tempérament, c’est cet e-mail qu’il envoie à la Securities and Exchange Commission — le régulateur des marchés financiers américains — pour leur demander, le plus sérieusement du monde, comment créer de nouveaux marchés. Il a 14 ans. La SEC n’a probablement jamais reçu de requête aussi audacieuse d’un collégien.
Le jour où il s’est présenté sans rendez-vous
Deux ans plus tard, à 16 ans, Coplan décroche son premier job. Sa méthode : il se pointe à l’improviste dans les locaux de la start-up Internet Genius. Pas de CV envoyé par mail, pas de candidature en ligne. Une apparition physique, une poignée de main, et un culot qui force le respect.

Son responsable de l’époque, Chris Glazek, rédige ensuite une lettre de recommandation pour l’université de New York qui tient davantage de la prophétie que du courrier administratif : « S’il choisit de devenir entrepreneur tech, ce qui semble probable, je ne doute pas que nous reverrons bientôt son nom dans la presse. » La suite lui a donné raison de façon spectaculaire.
Coplan intègre bien l’université de New York en informatique, mais n’y reste qu’un seul trimestre. Il fait partie de ce club très fermé de fondateurs milliardaires qui n’ont jamais obtenu leur diplôme — un parcours qui rappelle celui de Zuckerberg, même si les conseils des milliardaires vont rarement dans ce sens.
Fauché pendant le Covid, il crée un monstre
Le déclic survient pendant la pandémie de Covid-19. Enfermé chez lui, sans le sou, Coplan lance Polymarket depuis son appartement. L’idée est simple mais radicale : permettre à n’importe qui de parier sur des événements futurs — politiques, économiques, sociaux — en déposant des cryptomonnaies.
Le concept séduit immédiatement les investisseurs. Dans la foulée du lancement, Polymarket lève quatre millions de dollars. La plateforme se distingue des bookmakers classiques par son fonctionnement décentralisé et la transparence des cotes, qui reflètent en temps réel ce que des milliers de parieurs estiment être la probabilité d’un événement.
Pour beaucoup de Français, le nom Polymarket a surgi dans l’actualité grâce à un pari spectaculaire sur la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces armées américaines. Mais la plateforme générait déjà deux milliards de dollars de transactions depuis le début de l’année 2025. Un parieur a même fait parler de lui en France pour avoir trafiqué une station météo afin de gagner des paris en ligne — preuve que le secteur attire autant les génies que les escrocs.
Une amende à 1,4 million et le FBI à sa porte
Le parcours de Coplan n’est pas un long fleuve tranquille. Pour lancer Polymarket, il a enfreint les règles de la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur américain des marchés à terme. Résultat : une amende de 1,4 million de dollars et une interdiction de la plateforme aux États-Unis en 2022.
Un coup d’arrêt ? Pas vraiment. Les utilisateurs américains ont massivement contourné le blocage en utilisant des VPN, contribuant paradoxalement à la croissance exponentielle de Polymarket. Comme souvent dans la tech, l’interdiction a fait office de publicité gratuite.
Mais les ennuis judiciaires ne s’arrêtent pas là. En novembre 2024, le FBI perquisitionne l’appartement de Shayne Coplan pour déterminer si Polymarket viole les lois contre le blanchiment d’argent. Pendant plusieurs mois, l’épée de Damoclès judiciaire plane sur l’entreprise. Puis, en juillet dernier, le ministère de la Justice abandonne son enquête. Polymarket obtient même l’autorisation de lancer son application aux États-Unis. Comme le résume un observateur : « Business is business dans l’Amérique de Trump. »
La machine à prédictions qui a humilié les sondeurs
Ce qui a véritablement propulsé Polymarket sur le devant de la scène, ce n’est pas le volume de ses transactions — c’est la précision quasi chirurgicale de ses prédictions. La plateforme avait annoncé la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine alors que la majorité des sondages donnaient un scrutin indécis.
Plus impressionnant encore : Polymarket avait anticipé le retrait de Joe Biden de la course à la présidence au moment même où les commentateurs des chaînes de télévision ne tarissaient pas d’éloges sur la forme physique exceptionnelle de « Fighting Joe ». Une quasi-prescience qui a fait de la plateforme un outil incontournable pour les analystes financiers du monde entier.
Ce pouvoir prédictif repose sur un principe économique ancien : l’intelligence collective. Quand des milliers de personnes misent leur argent sur un résultat, les cotes agrègent une quantité d’informations que les modèles statistiques traditionnels peinent à capturer. Les experts qui s’intéressent aux prédictions financières suivent désormais Polymarket comme un indicateur avancé.
« Les gens s’adapteront » : la philosophie d’un joueur sans complexes
Dans une interview accordée à CBS, Coplan a été interrogé sur les risques de délits d’initiés que sa plateforme pourrait faciliter. Sa réponse, à mi-chemin entre pragmatisme et provocation, en dit long sur le personnage.
« Je pense que les gens qui vont chercher un avantage sur le marché, c’est une bonne chose. Évidemment, il faut les encadrer et être très clair et strict sur la limite à ne pas franchir. Mais c’est inévitable que cela se produise, et il y a beaucoup d’avantages à cela. Les gens s’adapteront », a-t-il déclaré, goguenard et réaliste à la fois.
Cette posture libertaire assumée lui a valu autant d’admirateurs que de détracteurs. Parmi ses soutiens les plus voyants : Donald Trump Jr., fils de l’ancien président, devenu actionnaire de l’entreprise. Un rapprochement qui illustre l’ancrage de Polymarket dans l’écosystème pro-business et pro-crypto de la droite américaine. L’avenir du Bitcoin et des cryptomonnaies se joue aussi dans ces alliances politiques.
Un milliard d’utilisateurs dans cinq ans : délire ou prophétie ?
Aujourd’hui, la valorisation de Polymarket atteint neuf milliards de dollars, faisant de Shayne Coplan le plus jeune milliardaire « self-made » de sa génération. Mais le New-Yorkais ne compte pas s’arrêter là. Son objectif affiché : un milliard d’utilisateurs d’ici cinq ans. Quant aux bénéfices, il affirme ne s’être « fixé aucune limite ».
L’ambition peut sembler délirante, mais on aurait dit la même chose d’un ado de 14 ans qui investit en crypto et écrit au gendarme de la Bourse. Coplan incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs pour qui les règles sont des obstacles temporaires, les diplômes un détail optionnel, et les crises — pandémie, procès, perquisitions — de simples accélérateurs de croissance. Reste à savoir si cette trajectoire vertigineuse tiendra ses promesses ou si, comme pour d’autres prodiges de la tech, la chute sera aussi spectaculaire que l’ascension. Le monde des fortunes rapides n’offre aucune garantie — surtout à 27 ans.