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Elle poignarde sa fille Lilou, 7 ans, dans son lit : « Une voix me l’a ordonné »

Publié par Cassandre le 21 Mai 2026 à 13:54
Rue calme d'un village de l'Allier en hiver

Le 1er février 2023, dans un village paisible de l’Allier, une petite fille de 7 ans a été tuée de trois coups de couteau dans le lit de sa mère. Un drame familial d’une violence inouïe, survenu après des mois de séparation douloureuse. Depuis ce jeudi 21 mai, la mère comparaît devant les assises de Moulins. Et la question qui hante la salle d’audience est vertigineuse : était-elle encore maîtresse de ses actes ce matin-là ?

Saint-Loup, 580 habitants : le village de l’Allier figé par le drame

Saint-Loup est un bourg discret, niché au nord de Vichy. Le genre d’endroit où tout le monde se connaît, où les drames semblent impossibles. Ce matin de février 2023, vers 9h20, les gendarmes reçoivent un appel paniqué. C’est Jordane B., le père de Lilou. Il affirme que son épouse, dont il est séparé depuis plusieurs mois, vient de poignarder leur fille dans la maison familiale.

Les secours découvrent l’enfant grièvement blessée dans le lit parental. Malgré la réanimation, Lilou succombe à un choc hémorragique causé par trois coups de couteau portés au ventre. Sa mère, Emmanuelle Mathey, est retrouvée près de la cheminée, le crâne brûlé après une tentative de suicide. Aux urgences, elle tentera aussi de s’étrangler. Une lettre manuscrite est retrouvée sur place : elle y parle de sa souffrance, de la rupture, et de son refus que Lilou grandisse dans une famille recomposée. La veille, le couple avait échangé de nombreux messages. Elle lui confiait aller mal. Lui rejetait toute réconciliation.

Mais comment cette femme décrite comme une mère « fusionnelle » a-t-elle basculé dans l’irréparable ?

Antidépresseurs non pris, état dépressif majeur : les semaines avant le meurtre de Lilou

Tous les proches d’Emmanuelle Mathey la décrivent de la même façon : une mère dévouée, pour qui Lilou était le « centre absolu de sa vie ». Mais l’enquête a mis au jour un tableau bien plus sombre. Dans les semaines précédant le drame, l’accusée traversait un état dépressif important. Son médecin lui avait prescrit des antidépresseurs. Elle ne les prenait pas.

La séparation avec Jordane B. la rongeait. Elle espérait encore une réconciliation, nourrissait l’espoir que la famille se reforme. Quand cet espoir s’est éteint, quelque chose a vraisemblablement cédé. Selon Libération, elle aurait déclaré : « Je me dis que ce n’est pas moi qui ai pu faire ça. »

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Aujourd’hui, Emmanuelle Mathey affirme ne garder quasiment aucun souvenir des faits. Elle évoque parfois « une voix » qui lui aurait ordonné de tuer sa fille. Une affirmation qui place le procès sur un terrain psychiatrique explosif. Et c’est précisément là que tout se joue pour les jurés de Moulins.

Couloir sombre d'un palais de justice français

Abolition ou altération du discernement : le verdict qui change tout

Les affaires judiciaires complexes reposent parfois sur une seule question. Ici, c’est celle du discernement. Et les expertises psychiatriques ordonnées pendant l’instruction se contredisent frontalement. La première conclut à une abolition totale du discernement — autrement dit, Emmanuelle Mathey n’aurait pas été en capacité de comprendre ou contrôler ses actes. Les expertises suivantes estiment l’inverse : aucun trouble psychiatrique majeur ne justifierait une irresponsabilité pénale.

L’enjeu est colossal. Si la cour d’assises de l’Allier retient l’abolition, l’accusée serait déclarée pénalement irresponsable. Si elle retient une simple altération, la peine maximale passerait de la réclusion à perpétuité à trente ans de prison. En France, ce sont les jurés qui tranchent, en croisant les expertises avec les éléments du dossier : la lettre retrouvée, la préparation éventuelle du geste, le comportement après les faits. Le verdict est attendu ce vendredi 22 mai.

Trois coups de couteau, une lettre, des expertises contradictoires et une « voix » que personne ne peut vérifier : le procès d’Emmanuelle Mathey condense tout ce qui rend la justice pénale si vertigineuse quand la psychiatrie s’invite à la barre. Au-delà du verdict, ce dossier relance un débat qui divise magistrats et experts depuis des années : où commence la folie, où s’arrête la responsabilité ? La réponse des jurés de Moulins pèsera lourd.

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