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1 700 € pour une brochette sur la plage : le piège qui vise les touristes à Rio

Publié par Gabrielle Nourry le 17 Avr 2026 à 10:28

Imaginez : vous êtes en vacances à Rio de Janeiro, les pieds dans le sable, face à l’océan. Un vendeur ambulant vous propose une brochette de viande grillée pour l’équivalent de 17 euros. Vous acceptez, vous tapez votre code sur le terminal de paiement… et vous venez de dépenser 1 700 euros sans le savoir. Ce n’est pas un scénario de film. C’est exactement ce qui est arrivé à un touriste britannique, victime d’un réseau d’escrocs qui sévit sur les plages les plus célèbres du Brésil.

Une brochette à 17 euros… qui en coûte 100 fois plus

Brochette de viande grillée sur la plage de Copacabana

L’histoire, rapportée par le quotidien brésilien O Globo, a tout du cauchemar de vacancier. Le vendeur, identifié sous le nom de Caio Alencar, aborde un touriste britannique sur une plage de Copacabana. Il lui propose un simple churrasquinho — une brochette de viande grillée, classique du bord de mer brésilien — pour 100 reais, soit environ 17 euros. Un prix déjà salé pour du street food local, mais rien d’extravagant pour un visiteur étranger.

Sauf qu’au moment de payer par carte, le montant affiché sur le terminal n’est plus du tout le même. Le prix a été gonflé à 10 000 reais brésiliens. Soit près de 1 700 euros. Pour une seule brochette de viande. Le touriste, peu familier avec la monnaie locale et la langue portugaise, n’a rien remarqué sur le coup. Ce n’est qu’en consultant son relevé bancaire qu’il a compris l’ampleur de l’arnaque.

Ce genre de mésaventure rappelle d’autres arnaques qui ciblent les gens en déplacement, où la confiance et la distraction sont les meilleures alliées des escrocs. Mais ici, le procédé utilisé est particulièrement vicieux.

Un terminal de paiement trafiqué : le cœur du stratagème

L’astuce repose sur un appareil de paiement falsifié. Les vendeurs ambulants impliqués utilisent des terminaux modifiés pour enregistrer un montant bien supérieur à celui annoncé verbalement. Le client voit un chiffre, tape son code, et le terminal débite un tout autre montant. La victime ne s’en aperçoit que des heures — voire des jours — plus tard.

La police brésilienne spécialisée dans l’assistance aux touristes (la DEAT) a arrêté Caio Alencar mardi dernier, à quelques pas de l’un des plus grands hôtels de la zone de Copacabana. Et selon les autorités, l’homme n’agissait pas seul. Il appartient à un réseau structuré qui cible spécifiquement les touristes étrangers sur les plages de Copacabana et d’Ipanema — deux des spots les plus fréquentés de Rio.

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Ce type de fraude au moment du paiement exploite une faille simple : la confiance aveugle qu’on accorde à un terminal bancaire. On regarde rarement l’écran deux fois, surtout quand on est détendu, en vacances, et qu’on ne maîtrise pas la langue locale. Les escrocs le savent parfaitement.

« Aucun contrôle sur les vendeurs ambulants »

Terminal de paiement tenu sur une plage brésilienne

Ce qui rend cette arnaque possible, c’est aussi un vide sidéral en matière de régulation. Une porte-parole de la DEAT l’a dit clairement : « La DEAT a arrêté ces criminels à plusieurs reprises. Cependant, aucun contrôle n’est exercé sur les vendeurs ambulants présents sur la plage, ce qui crée un climat de désordre public et facilite grandement ce type de criminalité. »

En clair : les autorités connaissent le problème, arrêtent régulièrement des suspects… mais le système qui permet à ces arnaques d’exister reste intact. N’importe qui peut s’installer sur le sable avec un terminal de paiement et vendre ce qu’il veut, sans licence, sans vérification. Pour un touriste, impossible de faire la différence entre un vendeur honnête et un escroc. L’absence totale de cadre réglementaire transforme les plages de Rio en terrain de chasse idéal pour les fraudeurs.

On pense aussi aux arnaques visant les touristes dans d’autres destinations célèbres, où le même principe s’applique : exploiter la vulnérabilité de voyageurs en terrain inconnu. Mais le cas brésilien a une particularité qui le rend encore plus glaçant : les montants en jeu.

23 000 euros pour un épi de maïs : le précédent qui donne le vertige

L’affaire de la brochette à 1 700 euros n’est même pas le pire cas recensé récemment. Quelques mois plus tôt, en janvier, une touriste argentine a été victime d’un stratagème identique sur les mêmes plages. Le butin cette fois : près de 23 000 euros. Pour un épi de maïs enrobé de margarine. Un produit qui coûte normalement autour de 3 euros.

Interrogée par le média brésilien G1, la victime avait tenté d’expliquer sa méprise : « Je ne comprends pas les chiffres en portugais. Je ne parle pas portugais, je comprends très peu. » Une justification qui peut sembler naïve, mais qui illustre exactement la mécanique de l’arnaque. Les escrocs misent sur la barrière linguistique, la méconnaissance de la devise locale et la gêne sociale qui empêche de contester un paiement en pleine plage bondée.

Entre 3 euros et 23 000 euros, le ratio est délirant : la touriste a payé son épi de maïs près de 7 700 fois son prix réel. À ce niveau, on dépasse le simple vol. C’est une industrie. Et si vous pensez que protéger sa carte bancaire suffit, détrompez-vous : ici, c’est la victime elle-même qui entre son code PIN.

Comment les touristes peuvent se protéger

Touriste choquée consultant son téléphone à Rio de Janeiro

Les autorités brésiliennes répètent les mêmes conseils depuis des années, mais ils valent la peine d’être martelés. Première règle : toujours vérifier le montant exact affiché sur l’écran du terminal avant de taper son code. Même si on ne parle pas portugais, les chiffres restent les mêmes. Un 10 000 ne ressemble pas à un 100, quelle que soit la langue.

Deuxième réflexe : privilégier les paiements en espèces pour les petits achats sur la plage. Pas de terminal, pas de fraude. Troisième précaution : activer les notifications instantanées de sa banque pour chaque transaction. Si le montant débité ne correspond pas, il est possible de contester immédiatement auprès de sa banque et de la police locale.

Enfin, méfiance générale envers les vendeurs ambulants qui insistent pour un paiement par carte. Sur une plage, un vendeur de brochettes ou de boissons qui sort un terminal de paiement devrait immédiatement éveiller la vigilance. En cas de doute, quelques réflexes simples de sécurité numérique peuvent aussi limiter les risques lors de voyages à l’étranger.

Un problème structurel qui dépasse la simple escroquerie

L’arrestation de Caio Alencar ne changera probablement pas grand-chose. La porte-parole de la DEAT l’a dit elle-même : ces individus sont arrêtés « à plusieurs reprises ». Ce qui signifie qu’ils ressortent et recommencent. Le réseau perdure parce que les sanctions sont faibles, les contrôles inexistants et les victimes — des touristes de passage — rarement en mesure de porter plainte efficacement depuis leur pays d’origine.

Les plages de Copacabana et d’Ipanema accueillent des millions de visiteurs chaque année. Elles sont la vitrine touristique du Brésil, la carte postale de Rio. Mais derrière le décor, un commerce parallèle prospère, alimenté par des terminaux trafiqués et l’impunité quasi totale de ceux qui les utilisent. Tant que la régulation des vendeurs ambulants restera un angle mort des autorités locales, les brochettes à 1 700 euros et les épis de maïs à 23 000 euros continueront de faire des victimes.

Si vous prévoyez un voyage au Brésil cet été, gardez cette histoire en tête. Et si un vendeur sur la plage vous propose une caïpirinha à « seulement » 10 euros… vérifiez deux fois l’écran avant de taper votre code. Comme le rappellent régulièrement les associations de consommateurs, les arnaques les plus efficaces sont celles qui exploitent les moments où on baisse la garde. Et il n’y a pas de moment plus propice que des vacances les pieds dans le sable.

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