En plein vol vers la Lune, il appelle le support technique pour un bug Outlook

La première mission habitée vers la Lune depuis plus de 50 ans vient à peine de décoller, et déjà, un problème technique perturbe l’équipage. Sauf que cette fois, ce n’est ni un moteur, ni un bouclier thermique. C’est Outlook. Le logiciel de messagerie de Microsoft. En route vers la Lune. On ne pouvait pas inventer mieux.
Un décollage parfait… suivi d’un appel au support informatique

Dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 avril, la fusée Artemis II a quitté la Terre sous les yeux du monde entier. Un moment historique, puisqu’aucun être humain n’avait voyagé vers la Lune depuis les missions Apollo, il y a plus d’un demi-siècle. Ce départ vers la Lune marquait le début d’une nouvelle ère spatiale.
Le lancement s’est déroulé sans accroc. La séparation des étages, la mise en orbite, tout s’est passé comme prévu. Mais quelques heures après avoir quitté l’atmosphère terrestre, le commandant Reid Wiseman a contacté le centre de contrôle de la NASA. Pas pour signaler une fuite de carburant ou un dysfonctionnement critique. Non, pour un souci avec sa boîte mail.
« Deux instances d’Outlook, et aucune ne fonctionne »
L’échange, retransmis en direct sur le flux de la NASA, a immédiatement fait le tour des réseaux sociaux. Et on comprend pourquoi. Voici ce qu’a déclaré le commandant Wiseman au centre de contrôle :
« Je constate également que j’ai deux instances de Microsoft Outlook, et aucune ne fonctionne. Si vous pouviez vous connecter à distance et vérifier Optimus et ces deux instances d’Outlook, ce serait formidable. »
Pour les millions de personnes qui galèrent quotidiennement avec Outlook au bureau, cette scène a quelque chose de profondément réconfortant. Même à des milliers de kilomètres de la Terre, dans une capsule spatiale de pointe, le logiciel de Microsoft reste fidèle à lui-même. On se sent tout de suite moins seuls.
Une tablette Microsoft Surface Pro… dans l’espace

Le problème concernait un PCD, pour Personal Crew Device. Concrètement, c’est une tablette que chaque astronaute utilise au quotidien pour consulter son agenda, gérer ses communications privées et organiser ses activités à bord. Dans le cadre d’Artemis II, il s’agit d’une Microsoft Surface Pro.
Le centre de contrôle de la NASA a pris la main à distance sur l’appareil du commandant Wiseman. Exactement comme votre collègue de la DSI qui se connecte à votre PC quand vous n’arrivez plus à imprimer. Sauf que là, le « collègue » est à Houston et le « PC » file à plusieurs milliers de km/h en direction de la Lune.
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Environ une heure plus tard, le support technique a confirmé que le problème était résolu. Le système apparaîtrait désormais hors ligne, conformément aux prévisions. Un problème inattendu à bord, certes, mais rien d’insurmontable pour les ingénieurs au sol.
Et ce n’était pas le seul souci du jour
Outlook n’a pas été la seule source de tracas pour l’équipage d’Artemis II. Un autre problème, nettement moins glamour, est survenu à bord : le ventilateur d’extraction des toilettes s’est bloqué. Les astronautes ont dû le réparer manuellement.
Pour comprendre pourquoi c’est un vrai problème, il faut se rappeler comment fonctionne la vie en apesanteur. Sans gravité, les liquides et les gaz ne s’écoulent pas naturellement. Ce ventilateur intégré aux toilettes spatiales crée une aspiration artificielle qui remplace la gravité pour diriger les déchets dans la bonne direction et évacuer les odeurs.
Autrement dit, quand ce ventilateur tombe en panne, on vous laisse imaginer l’ambiance dans la capsule. Les astronautes qui rêvaient de contempler la Terre depuis l’espace ont d’abord dû jouer les plombiers en apesanteur. C’est moins poétique, mais c’est ça aussi, la réalité des voyages spatiaux.
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Internet a adoré (évidemment)

Les internautes qui suivaient la mission en direct n’en ont pas perdu une miette. En quelques minutes, l’échange entre Wiseman et le support technique de la NASA est devenu viral. Les blagues ont fusé sur X (anciennement Twitter) et Reddit. Le consensus était unanime : Outlook reste Outlook, même à 400 000 km de la Terre.
Certains ont suggéré à la NASA de passer à Gmail. D’autres ont fait remarquer que si même les astronautes doivent appeler le support informatique, personne ne devrait avoir honte de le faire au travail. Un moment de légèreté bienvenu dans une mission à très hauts enjeux.
Parce qu’au-delà de l’anecdote, Artemis II reste un événement considérable. C’est la première fois depuis Apollo 17, en décembre 1972, que des humains s’aventurent aussi loin de la Terre. La mission doit permettre de tester les systèmes qui serviront aux futures missions d’alunissage prévues dans les prochaines années. Des expériences lunaires sont déjà en préparation pour la suite du programme.
La preuve que l’espace, c’est aussi du quotidien très banal
On imagine souvent les missions spatiales comme une succession de moments épiques : décollage, orbite, vue sur la Terre, premiers pas sur un autre monde. Mais la réalité, c’est aussi des tablettes qui plantent, des toilettes en panne et des mails qui refusent de s’ouvrir.
Et c’est peut-être ce qui rend Artemis II encore plus fascinante. Derrière la technologie de pointe et les milliards de dollars investis, il y a des êtres humains confrontés aux mêmes galères numériques que nous. La seule différence, c’est que leur bureau flotte dans le vide spatial à une vitesse vertigineuse.
Reid Wiseman a fini par récupérer l’accès à sa messagerie, les toilettes fonctionnent à nouveau, et la mission suit son cours vers la Lune. Mais une chose est sûre : si un jour l’humanité s’installe sur Mars, il faudra prévoir un bon service informatique sur place. Parce qu’Outlook, lui, ne changera probablement jamais. Si votre téléphone plante aussi, dites-vous que même les astronautes galèrent.