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Des pois chiches ont poussé dans de la poussière lunaire et personne ne sait encore s’ils sont comestibles

Publié par Elsa Fanjul le 17 Mar 2026 à 17:30

Une récolte venue d’un autre monde… que personne n’ose manger

Des pois chiches ont poussé dans de la poussière lunaire et personne ne sait encore s'ils sont comestibles
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Des scientifiques texans viennent d’accomplir quelque chose que l’humanité n’avait encore jamais réalisé : récolter des légumineuses cultivées dans un sol composé aux trois quarts de poussière lunaire. Des pois chiches, mûrs, en gousses, issus d’un substrat qui reproduit fidèlement la surface de la Lune. Le problème ? Aucun membre de l’équipe n’en a encore avalé un seul. Et pour cause : personne ne sait s’ils sont comestibles.

Cette découverte, publiée dans Scientific Reports, ouvre une porte fascinante sur l’avenir de l’exploration spatiale. Mais elle révèle aussi, dans le même mouvement, toute la fragilité de l’agriculture hors de la Terre. Car à 100% de régolithe lunaire pur, les plantes meurent en quelques jours. La frontière entre une serre lunaire viable et un désert stérile tient à quelques points de pourcentage.

Trois ans de tests, 16 variétés, une limite précise à 75%

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L’expérience a été menée par Jessica Atkin, doctorante en horticulture à l’université du Texas, qui a supervisé les travaux pendant trois ans. Son équipe a cultivé 16 variétés commerciales de pois chiches dans des mélanges de régolithe lunaire simulé et de compost de vers de terre, testant des concentrations de 25%, 50%, 75% et 100% de poussière lunaire.

Le régolithe utilisé provenait d’Exolith Labs, une entreprise spécialisée dans la reproduction de sols extraterrestres à partir des échantillons rapportés par les missions Apollo. Ce simulant reproduit la composition chimique réelle du sol lunaire, avec tout ce que cela implique de contraintes pour la biologie végétale.

Résultat : les plantes ont complété leur cycle de vie — de la germination jusqu’à la production de gousses mûres — dans les mélanges à 25%, 50% et 75% de régolithe. En revanche, à 100% de simulant lunaire pur, toutes les plantes dépérissaient en quelques jours, sans jamais produire la moindre récolte. Cette limite précise à 75% constitue l’un des enseignements les plus importants de l’étude. Elle dessine concrètement ce que pourrait être — ou ne pas être — une agriculture lunaire.

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Le secret inattendu : des champignons microscopiques comme bouclier

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Le régolithe lunaire pose un problème chimique redoutable. Il contient des concentrations élevées de fer, d’aluminium et d’autres métaux toxiques pour les végétaux. Sans intervention, ces éléments pénètrent directement dans les tissus des plantes et bloquent leurs fonctions cellulaires essentielles. Les cultures meurent rapidement, étouffées par leur propre substrat.

Pour contourner cet obstacle, l’équipe a introduit dans le substrat des champignons mycorhiziens arbusculaires. Ces micro-organismes établissent une symbiose avec les racines des pois chiches : leurs filaments microscopiques colonisent le régolithe, interceptent les métaux lourds et les stockent dans leurs propres structures cellulaires avant qu’ils n’atteignent les tissus végétaux. Un filtre biologique invisible à l’œil nu, mais décisif pour la survie des plantes.

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Les chercheurs ont observé que ces champignons colonisaient même le régolithe pur à 100%, bien que les plantes ne survivent pas assez longtemps pour bénéficier pleinement de cette protection. Au-delà de ce rôle de bouclier chimique, les filaments fongiques restructurent le substrat en formant des agrégats qui améliorent la rétention d’eau et l’aération — deux paramètres critiques dans un environnement aussi minéral. Cette découverte n’est pas sans rappeler les travaux sur les champignons noirs de Tchernobyl, qui fascinent les scientifiques pour leur résistance aux environnements extrêmes.

Le compost de vers de terre, produit par des vers rouges élevés en laboratoire, complète le dispositif. Il apporte la matière organique indispensable à l’activité microbienne et stabilise chimiquement le mélange. Sans lui, même les champignons ne suffisent pas.

Comestibles ? Personne ne le sait encore

C’est là que la question devient vertigineuse. Les pois chiches ont poussé. Ils ont mûri. Leurs gousses ont été récoltées. Mais aucun scientifique de l’équipe ne les a goûtés.

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La prudence s’impose pour deux raisons majeures. Premièrement, même si les champignons mycorhiziens semblent intercepter les métaux lourds, leur efficacité réelle dans les tissus comestibles — les graines elles-mêmes — reste à mesurer précisément. Des analyses toxicologiques complètes sont nécessaires, et elles n’ont pas encore été réalisées, comme le précise EurekAlert.

Deuxièmement, le régolithe lunaire contient des perchlorates — des composés utilisés sur Terre comme oxydants industriels. Même à faible dose, ces molécules peuvent perturber la fonction thyroïdienne humaine. Si les champignons semblent en filtrer une partie, leur efficacité réelle doit encore être confirmée par des mesures précises dans les tissus comestibles. Avaler un pois chiche lunaire sans ces données, ce serait jouer à la roulette avec sa santé.

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Ces interrogations rappellent les défis fondamentaux auxquels font face les astronautes dans l’espace. On se souvient que deux astronautes avaient été bloqués plusieurs mois dans l’ISS, confrontés à des difficultés logistiques imprévues que personne n’avait anticipées au départ.

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150 000 dollars de la NASA et trois ans de recherches supplémentaires

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Pour répondre à ces questions, l’université du Texas a reçu un financement de 150 000 dollars de la NASA. Le programme s’étendra sur trois ans. Les chercheurs doivent maintenant accomplir plusieurs objectifs précis : tester la toxicité des récoltes, suivre la stabilité du système sur plusieurs cycles de culture, et déterminer si les champignons mycorhiziens peuvent se maintenir naturellement dans le substrat sur le long terme — sans réensemencement.

Car si chaque cycle de culture nécessite un apport extérieur de champignons, l’autonomie alimentaire d’une base lunaire s’en trouverait sérieusement compromise. L’un des enjeux est précisément de savoir si ce système biologique peut s’autoréguler, évoluer, et résister à des conditions que les astronautes eux-mêmes peinent encore à anticiper complètement.

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Ces travaux s’inscrivent dans la trajectoire des missions Artemis. La NASA envisage des bases lunaires permanentes équipées de serres, capables de produire des aliments et des plantes médicinales sur place. Moins de ravitaillement depuis la Terre, c’est moins de coûts, moins de risques, et une autonomie qui change fondamentalement la nature de la présence humaine sur la Lune. Les Chinois travaillent d’ailleurs sur des problématiques voisines : la Chine a récemment réussi à produire de l’eau à partir du sol lunaire, une autre brique essentielle à l’habitabilité de la Lune.

Pourquoi les pois chiches, et pas une autre plante ?

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Le choix des pois chiches n’est pas anodin. Cette légumineuse présente plusieurs atouts majeurs pour une agriculture spatiale. Elle apporte des protéines végétales complètes, s’adapte à de nombreuses préparations culinaires, et — surtout — possède une propriété biologique précieuse : comme toutes les légumineuses, elle fixe l’azote atmosphérique dans le sol grâce à une symbiose avec des bactéries spécifiques. En d’autres termes, elle fertilise son propre substrat au fil des cycles. Sur la Lune, où les intrants agricoles doivent être acheminés depuis la Terre à un coût astronomique, cette capacité d’auto-enrichissement du sol est stratégique.

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L’équipe de Jessica Atkin a testé 16 variétés commerciales différentes pour identifier les génotypes les plus résistants aux conditions extrêmes du régolithe simulé. Cette approche variétale est essentielle : toutes les variétés ne réagissent pas de la même façon aux stress chimiques et physiques du sol lunaire. Certaines accumulent plus de métaux lourds dans leurs graines. D’autres produisent des racines plus compatibles avec la colonisation mycorhizienne. La sélection variétale deviendra probablement un axe de recherche à part entière dans les années à venir.

Un pas infime, mais décisif

Ce que cette expérience démontre avant tout, c’est que l’agriculture hors de la Terre n’est pas une utopie. Elle est difficile, contrainte, conditionnée à des équilibres biologiques fragiles — mais elle est possible. La limite à 75% de régolithe n’est pas un échec : c’est une frontière connue, mesurable, que les ingénieurs pourront travailler à repousser.

La vraie question qui se profile n’est plus « peut-on faire pousser des plantes sur la Lune ? », mais « peut-on en faire pousser assez, assez vite, assez sainement, pour nourrir des humains pendant des mois ? ». La réponse à cette question conditionnera tout le reste de l’exploration spatiale habitée du XXIe siècle. Et elle se joue, pour l’instant, dans des bocaux de poussière grise au fond d’un laboratoire texan — avec des pois chiches que personne n’a encore osé croquer. Pour aller plus loin sur les découvertes liées à l’exploration lunaire et spatiale, les scientifiques scrutent également de près les menaces qui pèsent sur la Lune elle-même, pendant que d’autres cherchent à comprendre si les lunes glacées du système solaire pourraient abriter la vie.

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