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Accusés de profiter du RSA, les druides de Bretagne se rebellent contre un élu

Publié par Gabrielle Nourry le 08 Avr 2026 à 9:26

En Bretagne, la guerre est déclarée entre les druides et le président du département du Finistère. Maël de Calan, élu divers droite, a accusé publiquement des druides de toucher le RSA sans y avoir droit. La réponse des intéressés ne s’est pas fait attendre. Et elle est cinglante.

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Une déclaration qui passe très mal chez les druides bretons

Élu au pupitre lors d'une conférence de presse en Bretagne

Tout part d’une sortie médiatique de Maël de Calan, président du département du Finistère et soutien d’Édouard Philippe. Alors qu’il est déjà au cœur du débat sur le RSA, l’élu a dénoncé des centaines de personnes qui, selon lui, « se servent du RSA comme un complément permanent de ressources ». Jusque-là, rien de très original dans le paysage politique français.

Sauf que Maël de Calan a choisi d’illustrer son propos avec des exemples bien précis : « des druides et des exorcistes ». Un choix de mots qui a fait l’effet d’une bombe dans la communauté druidique bretonne. On imagine aisément que les 250 druides de la région ont, comme le dit joliment l’expression, « avalé de travers leur potion ».

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La Gorsedd monte au créneau

Druides bretons rassemblés dans une clairière avec menhirs

La Gorsedd, fraternité historique qui rassemble une cinquantaine de druides bretons, n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué au vitriol, elle a dénoncé des « propos démagogiques » et une « stigmatisation » inacceptable. Le message est limpide : touchez à nos allocations si vous voulez, mais ne moquez pas notre identité.

« Être druide, M. de Calan, n’est effectivement pas un métier, mais depuis quand serait-ce un motif de radiation ? », interroge la fraternité. Une question rhétorique qui pose un vrai sujet de fond. Être druide est une activité spirituelle et culturelle, pas une profession. Et le RSA n’a jamais été conditionné à l’abandon de ses convictions ou de ses pratiques culturelles.

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Per Vari Kerloc’h, le grand druide de Bretagne, a pris la parole pour enfoncer le clou. « Nous n’avons pas à être moqués en tant que druides. M. de Calan espère sans doute faire rire dans les chaumières en parlant de druides. Pour nous, c’est non. » Il rappelle que le druidisme est « une activité, un titre sérieux, très enraciné dans la culture bretonne depuis plus de cent ans ». Le grand druide assure par ailleurs ne même pas connaître les allocataires visés par les propos de l’élu.

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L’élu rétropédale… à sa manière

Face à la levée de boucliers, Maël de Calan a tenté de calmer le jeu. « Le sujet, ce n’est pas les druides », a-t-il assuré. Selon lui, le vrai problème, c’est que « certains considèrent le RSA comme un revenu universel qui leur apporterait un complément de revenu permanent, pour exercer une activité non rentable, parfois un peu exotique ». Le mot « exotique » risque de ne pas arranger ses affaires auprès des druides.

L’élu a d’ailleurs conclu sa mise au point avec une pique supplémentaire, pas vraiment dans l’esprit de l’apaisement : « Si les druides trouvaient une potion magique pour mettre un peu de bon sens dans ce débat hystérisé par l’extrême gauche et la CGT, personne ne s’en plaindrait ! » Difficile de prétendre ne rien avoir contre les druides quand on en fait la cible de ses bons mots.

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Cette polémique intervient dans un contexte déjà très tendu autour du contrôle des bénéficiaires du RSA. Maël de Calan est en effet accusé de harceler des allocataires, et une procédure judiciaire est en cours.

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Direction le tribunal en juin

Tribunal de Brest où sera jugée l'affaire en juin

Car au-delà du folklore apparent de cette affaire, les enjeux sont très sérieux. Le tribunal correctionnel de Brest examinera en juin les plaintes de six allocataires du RSA et de la CGT. Ils ont cité à comparaître le président du département et un de ses cadres pour « harcèlement moral institutionnel ». Rien que ça.

L’accusation est lourde : il ne s’agit plus simplement d’un débat sur la légitimité des allocataires, mais d’une potentielle mise en cause pénale d’un élu départemental dans l’exercice de ses fonctions. Les questions autour des aides sociales en France sont décidément un terrain miné.

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Le druidisme, une tradition bien vivante en Bretagne

Pour ceux qui sourient en lisant cette histoire, un petit rappel s’impose. Le druidisme breton n’a rien d’une lubie de quelques originaux en robe blanche. C’est un mouvement culturel et spirituel structuré, ancré dans l’histoire celtique de la région, avec des cérémonies, des grades et une organisation reconnue depuis plus d’un siècle.

La Gorsedd de Bretagne existe officiellement depuis 1900. Elle rassemble des hommes et des femmes de tous horizons professionnels — enseignants, artisans, retraités, fonctionnaires — qui partagent un attachement à la culture bretonne. Être druide, c’est un engagement culturel bénévole, pas un plan de carrière.

C’est d’ailleurs tout le nœud du problème. En ciblant nommément les druides, l’élu du Finistère a transformé un débat légitime sur l’usage du RSA en une attaque perçue comme culturelle. Et en Bretagne, toucher à l’identité locale, c’est un peu comme critiquer le beurre salé : ça ne passe jamais très bien.

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Cette affaire illustre parfaitement les tensions qui traversent la France autour des minima sociaux. D’un côté, des élus qui veulent montrer qu’ils luttent contre les abus. De l’autre, des citoyens qui refusent d’être utilisés comme épouvantails médiatiques. Le rendez-vous est pris en juin au tribunal de Brest. Et quelque chose nous dit que les druides n’auront pas besoin de potion magique pour se défendre.

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