À 80 ans, il invente un ustensile de barbecue vendu en grande surface : personne ne s’attendait à un tel succès
À 80 ans, il invente encore… et il n’est pas prêt de s’arrêter

Robert Bietrix ne ressemble pas à l’image qu’on se fait d’un inventeur. Pas de laboratoire encombré, pas de blouse blanche, pas de diplôme d’ingénieur accroché au mur. Juste un regard affûté sur le quotidien, une curiosité sans fond, et des mains qui ne tiennent pas en place. À 80 ans, cet ancien propriétaire de parc de loisirs surnommé affectueusement « professeur Bricolus » par son entourage continue d’observer, de réfléchir… et de créer.
« Je regarde les gens, les besoins qu’ils ont, les défauts de la vie, et j’amène une solution », explique-t-il simplement. Une philosophie à toute épreuve qui lui a permis de mettre au point plusieurs inventions bien concrètes : un parasol équipé d’une poche intégrée, ou encore un ramasse-feuilles hybride entre la pelle et le râteau — responsable, selon lui, de quelques lumbagos évités dans les jardins de France.
Son principe de conception tient en une phrase : pourquoi utiliser deux outils quand un seul suffit ? « J’ai pensé à la pince à sucre. On n’a pas besoin de deux outils. Pour le même prix, vous avez soit deux objets séparés, soit quelque chose de vraiment pratique », résume-t-il avec la logique implacable de celui qui a passé des décennies à simplifier ce qui semble compliqué.
Des brevets, des prototypes… mais pas encore de rayons

Derrière chaque invention se cache un investissement considérable. Robert Bietrix a dû déposer des brevets, fabriquer des prototypes, parfois recommencer de zéro. Des milliers d’euros engagés sans aucune garantie de retour. Et pour l’instant, aucun de ses objets n’a encore franchi la porte d’une grande surface.
Car c’est là que bute la grande majorité des inventeurs français : trouver des distributeurs. « La phase la plus difficile, c’est de trouver des diffuseurs. Sauf que moi, je ne connais pas ces gens-là, donc je rame, je rame, je rame », reconnaît-il sans amertume, mais avec une lucidité qui en dit long sur la réalité du secteur.
Une réalité que connaissent bien tous ceux qui ont un jour tenté l’aventure de l’invention en France. Entre la conception, la protection intellectuelle et la commercialisation, le chemin est semé d’embûches. Et pourtant, certains y arrivent. Parfois grâce à un bout de papier essuie-tout oublié dans un tiroir.
Ce couple bordelais a failli jeter l’objet qui allait tout changer

Sourisak et Léa Vongphakdy ne se présentaient pas comme des inventeurs. Ils étaient juste deux personnes ordinaires qui aimaient cuisiner et recevoir. Jusqu’au jour où Léa est retombée, en rangeant un tiroir, sur un rouleau d’essuie-tout qu’elle avait gardé sans vraiment savoir pourquoi. « Est-ce qu’on le jette ou pas ? Est-ce qu’on en fait quelque chose ? », se souvient-elle.
Ce moment d’hésitation a changé leur vie. Cinq ans après avoir mis ce rouleau de côté, le couple a eu l’idée d’un ustensile de cuisine pensé pour le barbecue. L’objet — discret, malin, redoutablement efficace — s’attaque à un problème que tous les amateurs de brochettes connaissent bien : comment faire glisser les aliments de la pique dans l’assiette sans en mettre partout, sans se brûler, sans que ça tombe sur les voisins ?
La réponse que Sourisak et Léa ont trouvée est d’une simplicité désarmante. « On vient mettre sa brochette dedans et on a juste à tirer dessus pour venir détacher les aliments. Après, on verse dans l’assiette. C’est pour éviter d’en mettre sur les voisins ou que ça tombe sur nous », explique Sourisak en faisant une démonstration devant les caméras de TF1.
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De la médaille d’argent au Lépine… aux rayons des hypermarchés
Leur invention, commercialisée sous la marque Pikysi, a d’abord été récompensée par une médaille d’argent au concours Lépine — l’une des compétitions d’inventeurs les plus prestigieuses de France. Une reconnaissance qui a ouvert des portes.
Depuis septembre, le produit est disponible en rayon dans les hypermarchés de la région bordelaise. Et pour Sourisak, voir son objet exposé aux côtés des grandes marques reste une sensation étrange, presque irréelle. « Ça fait bizarre déjà de se dire que c’est là, que ça se vend, et que ça va aider pas mal de gens », confie-t-il avec une sincérité touchante.
Le produit, vendu autour de 15 euros, commence à attirer l’attention bien au-delà des frontières françaises. Le couple est aujourd’hui démarché par des distributeurs aux États-Unis et au Québec. Ce qui est parti d’un tiroir en désordre est en passe de devenir un succès international.
Si vous cherchez d’autres idées malignes pour la maison et la cuisine, jetez un œil à ces pépites IKEA qui font immédiatement premium sans se ruiner, ou à cette enseigne discount encore moins chère que Lidl et Action qui s’installe en Bretagne.
La France, pays d’inventeurs… mais en retard sur ses voisins

L’histoire de Robert Bietrix et du couple Vongphakdy n’est pas un cas isolé. L’an dernier, près de 16 000 brevets ont été déposés en France, soit environ 250 par million d’habitants. Un chiffre qui peut sembler impressionnant… jusqu’à ce qu’on le compare à nos voisins.
« On a quand même une marge de progression énorme. L’Allemagne dépose trois fois plus de brevets par million d’habitants que nous, et la Suisse quatre fois plus », souligne Guylène Kiesel Le Cosquer, associée conseil en propriété industrielle chez Plasseraud IP.
Comment expliquer cet écart ? En partie par la structure même de l’économie française. La France domine en Europe sur le tourisme et les cosmétiques — deux secteurs qui nécessitent rarement un dépôt de brevet. À l’inverse, l’Allemagne excelle dans la chimie, l’industrie pharmaceutique et la mécanique, des domaines où la protection intellectuelle est quasi systématique.
Ce n’est donc pas un manque de créativité qui freine les Français — les histoires de Robert Bietrix et du couple Vongphakdy en témoignent — mais davantage un déficit de culture du brevet et de connexion avec les circuits de distribution industriels et commerciaux.
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Le vrai obstacle : entre l’idée et le rayon, un parcours du combattant

Pour un inventeur amateur, le chemin entre une bonne idée et un produit disponible en grande surface est semé d’obstacles. Il y a d’abord la conception et le prototypage — souvent coûteux, toujours chronophage. Ensuite la protection : déposer un brevet coûte plusieurs milliers d’euros et implique des démarches administratives complexes. Puis vient la phase commerciale, souvent la plus redoutable pour ceux qui ne sont pas issus du monde des affaires.
C’est exactement là que Robert Bietrix se heurte encore à un mur. Ses inventions sont bonnes — tout le monde s’accorde là-dessus. Mais sans réseau, sans agent commercial, sans contact dans la grande distribution, même la meilleure idée peut rester indéfiniment dans un garage.
Le concours Lépine, que le couple Vongphakdy a su utiliser comme tremplin, est l’une des rares portes d’entrée accessibles aux inventeurs sans réseau. Il attire chaque année des centaines de candidats et offre une visibilité précieuse auprès des acheteurs et distributeurs.
Ce que leur histoire nous dit vraiment
Ce qui frappe dans ces deux récits, c’est leur point commun inattendu : dans les deux cas, l’invention est née d’une observation banale du quotidien. Pas d’un laboratoire, pas d’une équipe de R&D, pas d’un budget colossal. Un coup d’œil sur une brochette qui tombe, un tiroir qu’on range, une frustration de jardinier.
C’est peut-être là que réside le vrai génie à la française : non pas dans les grands projets industriels, mais dans cette capacité à trouver des solutions simples à des problèmes que tout le monde connaît et que personne ne prend le temps de résoudre.
Robert Bietrix, malgré ses 80 ans et ses tiroirs pleins de prototypes qui attendent encore leur heure, n’a pas dit son dernier mot. « Il faut savoir se calmer, sinon la maison serait pleine de prototypes », sourit-il. On a l’impression qu’il ne se calme pas vraiment.
En attendant que ses inventions trouvent leur chemin jusqu’aux rayons, d’autres bonnes affaires sont déjà accessibles. Découvrez par exemple cette astuce inattendue avec des balles de tennis au jardin ou encore les appareils de cuisine Lidl à surveiller lors de la Black Friday Week.