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14 fois gagnant au Loto : la méthode redoutable de ce mathématicien roumain qui a affolé les autorités

Publié par Cassandre le 06 Mai 2026 à 13:24

Un soir de février 1992, un seul homme a raflé le jackpot, six deuxièmes prix, 132 troisièmes prix et 135 000 petits lots lors d’un unique tirage du Loto en Virginie. Pas de chance miraculeuse. Pas de voyance. Juste des maths, un algorithme et des centaines de complices. Son nom : Stefan Mandel. Et sa technique est si redoutable que plusieurs pays ont dû réécrire leurs lois pour l’arrêter.

27 millions de dollars en une soirée télévisée

Bâtiment officiel australien symbolisant le changement de loi sur les loteries

Le 15 février 1992, la Virginie retient son souffle devant le tirage du Loto diffusé en direct à la télévision. Les six numéros gagnants tombent. Un seul parieur les a trouvés. Gain : 27 millions de dollars. Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

Tirage du Loto diffusé à la télévision américaine en 1992

Le même joueur empoche aussi les six deuxièmes prix du tirage, les 132 troisièmes prix et pas moins de 135 000 petits lots. Un record qui intrigue les statisticiens autant qu’il alarme les autorités américaines. Personne ne croit à un coup de chance. Et pour cause : derrière ce hold-up légal se cache un mathématicien roumain qui a passé des décennies à perfectionner son système.

Stefan Mandel n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai. Ce soir-là en Virginie, il coche sa quatorzième victoire à des loteries nationales. Avant les États-Unis, il a sévi en Roumanie, au Royaume-Uni et en Australie. Sa méthode ? Pas un secret ésotérique réservé aux génies. Plutôt un principe que, selon ses propres mots, « n’importe quel lycéen doué en mathématiques » pourrait comprendre.

Le principe est d’une simplicité déconcertante

L’idée de Mandel repose sur une logique imparable : si tu achètes TOUTES les combinaisons possibles d’un tirage, tu es sûr de gagner le gros lot. Évidemment, le diable se cache dans les chiffres. Comme le détaille Le Point, un loto qui demande de trouver six bons numéros parmi 40 génère 2 763 633 600 combinaisons possibles.

Piles de grilles de Loto imprimées sur un bureau

Le coût d’achat de toutes ces grilles est colossal. Mais Mandel a fait le calcul : quand le jackpot dépasse le prix total des combinaisons, l’opération devient mathématiquement rentable. Il ne s’agit plus de jouer — il s’agit d’investir. Le pari n’est plus un pari. C’est une certitude budgétisée.

La vraie prouesse n’est donc pas intellectuelle. Elle est logistique. Acheter des millions de grilles, les remplir une par une avec chaque combinaison unique, les valider avant la clôture des jeux… Mandel a dû transformer cette équation théorique en opération militaire. Et c’est là que les mathématiques rencontrent l’organisation à grande échelle.

Des imprimantes, un algorithme et des centaines de complices

Tout a commencé modestement en Roumanie. Stefan Mandel s’associe avec quatre amis pour tester sa théorie. Résultat : un premier gain d’environ 17 000 euros. La preuve de concept est validée. Le mathématicien comprend qu’il tient quelque chose, mais que l’échelle doit changer radicalement.

Au fil des années, il perfectionne son dispositif. Des imprimantes tournent à plein régime pour produire les millions de grilles nécessaires. Un algorithme maison pré-remplit chaque billet avec une combinaison unique, évitant les doublons et les erreurs humaines. Chaque grille est un rouage dans une mécanique parfaitement huilée.

Mais le nerf de la guerre, c’est l’argent. Pour couvrir toutes les combinaisons, il faut des millions de dollars de mise initiale. Mandel recrute alors plusieurs centaines d’investisseurs, organisés comme les actionnaires d’une entreprise. Chacun met au pot, achète sa part de grilles et, en cas de victoire, récupère un pourcentage proportionnel à sa mise. Un fonds d’investissement version loterie, en somme.

Le stratagème paraît imparable. Sauf que quand des camions entiers de grilles arrivent dans les bureaux de tabac, les autorités commencent à tiquer. Et la riposte ne se fait pas attendre.

Le jour où des pays entiers ont changé la loi à cause d’un seul homme

Le premier pays à réagir est l’Australie, où Mandel a réussi plusieurs coups dans les années 1980. Le gouvernement australien modifie sa législation avec une règle simple mais radicale : il devient désormais interdit qu’une seule personne — ou un groupe coordonné — achète l’ensemble des combinaisons d’un tirage.

Le Royaume-Uni emboîte le pas. Puis d’autres pays. La France a elle aussi adapté ses règles de jeu pour rendre ce type d’opération impossible. Les loteries modernes intègrent désormais des mécanismes qui empêchent l’achat massif et coordonné de grilles, que ce soit par des limites d’achat, des systèmes de détection de patterns ou des restrictions sur les achats groupés.

Aux États-Unis, après le coup de la Virginie en 1992, le FBI et la CIA ont mené une enquête approfondie sur Mandel et son réseau. Quatorze agents fédéraux ont épluché ses comptes pendant des mois. Verdict ? Aucune loi américaine n’interdisait sa méthode à l’époque. Mandel n’a jamais été condamné pour ses gains aux loteries. Il avait exploité une faille — parfaitement légale — que personne n’avait anticipée.

Pourquoi cette méthode ne marchera plus jamais

Si la technique de Mandel fascine encore les joueurs, elle appartient définitivement au passé. Et ce n’est pas qu’une question de loi. Les loteries modernes ont été conçues pour rendre le calcul économiquement absurde.

Prenons le Loto français actuel. Avec 49 numéros et un numéro chance, le nombre de combinaisons possibles dépasse les 19 millions. À 2,20 € la grille, couvrir toutes les combinaisons coûterait plus de 42 millions d’euros. Or, le jackpot dépasse rarement ce montant. Sans compter les taxes sur les gains, les frais logistiques et le risque de partager le jackpot avec un autre gagnant. L’équation n’est tout simplement plus rentable.

Les EuroMillions, c’est encore pire : 139 838 160 combinaisons. Même avec un jackpot de 50 millions, le pari serait suicidaire financièrement. Mandel lui-même l’a reconnu : sa fenêtre d’opportunité existait uniquement parce que les loteries des années 1980-1990 proposaient des jeux plus simples, avec moins de combinaisons et des jackpots parfois disproportionnés.

Quant à la logistique, elle est devenue impossible. À l’époque, les points de vente acceptaient n’importe quel volume de grilles sans broncher. Aujourd’hui, les systèmes informatiques des opérateurs détectent immédiatement les achats anormaux. Un réseau qui tenterait d’acheter 19 millions de grilles serait repéré en quelques heures.

« N’importe quel lycéen doué en maths peut le comprendre »

Ce qui rend l’histoire de Stefan Mandel si fascinante, ce n’est pas la complexité de sa méthode. C’est précisément l’inverse. Comme il l’a lui-même déclaré, sa technique ne demande aucun génie. Juste de la rigueur, de l’organisation et un sens aigu de l’opportunité.

Mandel a exploité un angle mort : les loteries étaient pensées comme des jeux de hasard, pas comme des produits financiers. Personne n’avait imaginé qu’un joueur traiterait le Loto comme un investissement avec un retour garanti. Il n’a pas triché. Il n’a pas corrompu. Il a simplement fait ce que les organisateurs pensaient impossible.

Après son dernier coup en 1992, le mathématicien roumain s’est retiré sur une île du Pacifique Sud, au Vanuatu. Contrairement à d’autres gagnants du Loto dont la fortune s’est transformée en cauchemar, Mandel a vécu tranquillement avec ses gains — et la satisfaction d’avoir battu le système avant que le système ne se réforme pour l’arrêter.

Son histoire reste un rappel savoureux : parfois, la frontière entre le génie et la triche tient à une seule chose — la loi. Et quand la loi n’a rien prévu, c’est celui qui a fait ses calculs le premier qui ramasse la mise.

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