905 mètres de long, 242 mètres de haut : la Chine inaugure un escalator vertigineux à flanc de montagne
Remplacer une heure de marche épuisante à flanc de montagne par un trajet de 21 minutes, sans le moindre effort. C’est ce que propose la ville de Wushan, en Chine, depuis le 17 février 2026. Son arme : un système d’escalators en plein air de 905 mètres de long, qui grimpe 242 mètres de dénivelé au-dessus des gorges du Yangtsé. Rien de comparable n’existe sur la planète.
Pourquoi construire un escalator géant en pleine montagne

Pour comprendre ce chantier, il faut remonter aux années 1990 et à la construction du barrage des Trois-Gorges. Le comté de Wushan a été entièrement déplacé à cette époque. Les habitants se sont retrouvés installés sur un relief extrême, avec une pente moyenne de 35 % et des sections atteignant presque 60 %. Concrètement, rejoindre les quartiers hauts depuis le bord du fleuve signifiait gravir des escaliers raides pendant une heure, ou emprunter des routes saturées aux heures de pointe.

La municipalité de Chongqing — surnommée « la ville verticale » — n’en est pas à son coup d’essai en matière de solutions d’ingénierie urbaine surprenantes. Dès les années 1990, un escalator de 112 mètres reliait déjà deux gares de la métropole. Mais à Wushan, l’ampleur du problème réclamait une réponse d’une tout autre échelle.
Train, téléphérique… les projets abandonnés avant le choix final
Selon le Smithsonian Magazine, les autorités ont d’abord envisagé un train à crémaillère. L’idée a été écartée : trop coûteux et trop rigide pour un terrain aussi accidenté. Un téléphérique a ensuite été étudié puis abandonné à son tour, jugé inadapté aux flux quotidiens de milliers de résidents.
C’est finalement un système modulaire d’escalators qui s’est imposé. Modulaire, parce qu’un seul escalier mécanique de 905 mètres n’existe tout simplement pas. Les ingénieurs ont conçu un parcours découpé en segments, capable d’épouser chaque courbe de la montagne. La construction a duré quatre ans et coûté 23 millions de dollars, soit environ 21 millions d’euros — un budget modeste comparé à un tramway ou un funiculaire classique.
Mais la vraie prouesse technique ne tient pas qu’à la longueur. Elle tient à ce que contient réellement cette infrastructure.
21 escalators, 8 ascenseurs et un partenaire suisse inattendu
Le plus grand escalator du monde n’est pas un unique tapis roulant géant. Il assemble 21 escaliers mécaniques, 8 ascenseurs, 4 tapis roulants horizontaux et plusieurs passerelles piétonnes. Huang Wei, ingénieur en chef chez China Railway Eryuan Engineering, est catégorique : aucun projet similaire n’existe nulle part ailleurs sur la planète.
Les composants mécaniques ont été fabriqués par Schindler, l’entreprise suisse spécialisée dans les ascenseurs et escalators. Sa filiale près de Shanghai a produit l’ensemble des pièces. Ce n’est pas un hasard : Schindler a déjà fourni 1 400 escalators au réseau de métro de Chongqing. Peu de fabricants au monde disposent de cette expérience sur un terrain aussi exigeant.
Pour éviter que la structure ne dénature le paysage, les ingénieurs ont opté pour une conception largement vitrée. L’objectif : alléger visuellement l’ensemble et offrir une vue dégagée sur les gorges du Yangtsé. Trois plateformes panoramiques ponctuent le trajet, transformant le déplacement quotidien en un spectacle à ciel ouvert. Et la nuit, le tableau change radicalement.
Un ruban de lumière au-dessus des gorges du Yangtsé
Après le coucher du soleil, des installations lumineuses transforment l’escalator en un immense ruban lumineux accroché à la montagne. Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux chinois, ont fait le tour du monde. L’effet visuel est saisissant : une ligne de lumière continue serpente sur près d’un kilomètre à flanc de falaise, au-dessus du fleuve.
Ce spectacle nocturne n’est pas qu’esthétique. Il fait partie d’une stratégie touristique assumée par les autorités locales. Wushan, situé à l’entrée des Petites Gorges du Yangtsé, cherche à attirer les visiteurs bien au-delà de ses croisières fluviales traditionnelles. L’escalator est devenu en quelques semaines une destination à part entière.
Pourtant, réduire ce projet à une attraction serait une erreur. Les chiffres de fréquentation racontent une autre histoire.
9 000 trajets par jour et un ticket à 0,40 euro
Environ 9 000 personnes empruntent l’escalator chaque jour pour se déplacer entre les quartiers bas et hauts de Wushan. Ce ne sont pas des touristes qui prennent des selfies : ce sont des habitants qui vont travailler, faire leurs courses ou déposer leurs enfants à l’école. Le trajet coûte actuellement 3 yuans, soit environ 0,40 euro. Les autorités analysent les données d’utilisation avant de fixer un tarif définitif.

Durant le Nouvel An chinois 2026, l’infrastructure a enregistré 450 000 trajets en quelques jours. Un pic qui a permis de tester la robustesse du système dans des conditions de forte affluence. Pour une ville de montagne où chaque déplacement vertical représentait autrefois un effort physique considérable, le changement est radical.
Ce modèle modulaire — qui associe escalators, ascenseurs et tapis roulants selon la topographie — intéresse déjà d’autres villes confrontées à des reliefs extrêmes. La Chine démontre une nouvelle fois sa capacité à transformer ses contraintes géographiques en solutions exportables. Quand un simple ascenseur défaillant fait la une ailleurs dans le monde, Wushan a choisi d’en aligner 29 à flanc de montagne — et ça fonctionne.