Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Insolite

Peu de gens le savent, mais on peut vraiment skier en Belgique

Publié par Elsa Fanjul le 26 Mar 2026 à 7:55

Le pays plat qui cache une vraie culture du ski

Peu de gens le savent, mais on peut vraiment skier en Belgique — et ce qui se passe là-bas hallucine tout le monde
Publicité

La Belgique et le ski. L’association fait sourire. Et pourtant, elle est bien réelle.

Dans l’est de la Wallonie, nichées entre les tourbières et les sapins des Hautes Fagnes, de petites stations de sports d’hiver existent bel et bien. On est loin des pistes de Chamonix ou de Val Thorens. Mais on y skie, pour de vrai.

Le point culminant du pays, le signal de Botrange, culmine à 694 mètres. Pas de quoi impressionner un habitué des Alpes. Suffisant, en revanche, pour accueillir quelques pistes exposées au vent du nord — et des familles entières qui n’attendent qu’une chose : la neige.

Publicité

Des remontées mécaniques « 100 % faites maison »

La station d’Ovifat est l’une des plus emblématiques du coin. Pierre Heinen, son président depuis trois ans, ne cache pas la particularité de l’endroit.

« Nos remontées mécaniques sont 100 % faites maison à partir de roues de tramway. Un bon coup de mazout et ça part », lâche-t-il avec un rire franc.

Trois pistes au total : une verte, une bleue, une rouge. Pas de quoi décourager les mordus de glisse qui viennent de Belgique, de France, du Luxembourg ou d’Allemagne pour dévaler ces parcours devenus rarissimes face au gigantisme des grandes stations européennes.

Publicité

Sa seule concurrente ? La station voisine à l’évocateur nom de Baraque de Fraiture. Accessible en moins de 3h depuis Paris, elle change la donne pour les week-ends hivernaux.

La neige : dix jours par an, pas plus

Illustration

Le vrai problème, c’est le réchauffement climatique. Pierre Heinen ne l’esquive pas : la neige naturelle tombe en moyenne « dix jours par an seulement ».

Publicité

Pour pallier cette réalité, Ovifat a investi dans des canons à neige. De quoi faire tiquer les visiteurs étrangers. « Ça fait un peu halluciner les étrangers, mais on parvient à s’en sortir et on ne ferme pas », assure-t-il.

En janvier dernier, une furieuse tempête a tout changé. La région s’est retrouvée sous un manteau blanc épais, et la station a vécu ses heures de gloire. Comme lors des grandes tempêtes historiques, certaines restent gravées dans les mémoires pour des décennies.

Quatre heures d’attente et des milliers de visiteurs en un week-end

Quand la neige tombe, c’est la ruée. Bénévoles, clubs de foot reconvertis en vendeurs de forfaits, bières locales brassées au sommet du pays, frites fraîches : Ovifat se transforme en fête populaire.

Publicité

« Plusieurs milliers de personnes sont venues en l’espace de deux week-ends. Il y a eu plus de quatre heures d’attente pour prendre le matériel. On peut le dire : on s’est fait massacrer », rigole Pierre Heinen.

Son conseil pour les visiteurs qui veulent éviter la cohue ? Venir avec son propre matériel. Le message a été répété plusieurs fois. Il est sincère.

À lire aussi

Une olympienne belge qui confirme : « On est vraiment un pays de ski »

Illustration
Publicité

Karen Persyn a représenté la Belgique aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010. Elle sait mieux que quiconque ce que signifie être skieuse dans un pays sans vraies montagnes.

« Il y a de la neige une ou deux fois par an. Quand c’est le cas, tout le monde se rue là-bas, les médias ne parlent que de ça », raconte-t-elle.

Pour s’entraîner, elle avait recours aux dômes indoor — des pistes plates et très courtes — avant de rallier les Alpes françaises le reste de l’année. Ovifat et la Baraque de Fraiture ? « C’est très familial et moins compétition. Je n’y allais pas. »

Publicité

Aujourd’hui directrice technique à la Fédération belge de ski, elle insiste : il existe en Belgique une vraie culture de la glisse, méconnue, moquée parfois, mais bien vivante. Les athlètes féminines des JO d’hiver continuent de porter ce flambeau sur la scène internationale.

Le biathlon belge, une discipline qui défie les pronostics

Maya Cloetens, biathlète sur le circuit mondial, a grandi près de Bruxelles. Son souvenir des premières neiges de l’hiver est identique à celui de milliers de Belges.

« Au moment des premiers flocons de l’année, des cars partaient direction les Hautes Fagnes. Toutes les écoles y allaient. »

Publicité

Sur les pistes de compétition, les blagues fusent. « On me charrie en disant que nous, les skieuses belges, nous ne nous entraînons jamais dans le pays. Alors que c’est faux. On fait du ski l’été dans un stade de biathlon à Elsenborn. On est vraiment un pays de ski », assure-t-elle.

Des championnats nationaux organisés… en urgence

Illustration

Comment organiser les Championnats de Belgique de ski nordique quand on ne sait jamais si la neige sera au rendez-vous ?

Publicité

La réponse tient en un mot : la débrouille. « On n’a pas de date fixe car on ne sait jamais quand il va neiger. Dès que c’est le cas, on organise tout hyper vite et on prévient les participants au dernier moment », explique Karen Persyn.

C’est une logistique improbable pour un pays qui produit pourtant de vrais athlètes de haut niveau dans les disciplines de glisse. La preuve que l’amour du ski ne se mesure pas en centimètres de dénivelé.

Un pays de fond aussi : les forêts, les sapins, l’hiver belge

Comme dans le Jura ou les Vosges, les stations belges attirent une foule de skieurs de fond. Ces passionnés rêvent de s’enfoncer dans la pénombre des grands sapins ardennais, loin des foules et du bruit des télécabines.

À lire aussi

Publicité

C’est un autre rapport à la neige. Plus contemplatif, plus solitaire. Celui d’un pays qui a appris à chérir chaque centimètre d’or blanc tombé du ciel gris de l’hiver.

Et quand la neige manque à l’appel, il reste les dômes couverts, les canons artificiels, et cette obstination tranquille de ceux qui refusent d’abandonner leurs planches dans un grenier.

Ce que ces petites stations ont que les grandes ont perdu

Illustration
Publicité

Ovifat ne ressemble pas à Courchevel. C’est précisément ce qui en fait le charme.

Ici, pas de palace, pas de forfait à 70 euros la journée, pas de file d’attente pour un restaurant étoilé. Il y a des bénévoles qui damont la neige à la tombée de la nuit, des bières locales qui coulent entre deux descentes, et des gamins qui apprennent à tomber sur une piste verte en rigolant.

La meilleure station de ski au monde est peut-être française — mais les plus attachantes sont parfois celles qu’on ne connaît pas encore.

Publicité

Il faut juste avoir la chance d’être là quand la neige tombe. Parce qu’en Belgique, quand ça arrive, tout le monde lâche tout et se rue vers les Hautes Fagnes. Sans exception.

Un pays qui skie dans ses rêves, et parfois dans la réalité

Jacques Brel chantait : « Ce soir, ce soir, il neige sur mes rêves et sur Liège. » Il n’avait pas tout à fait tort — ni tout à fait raison.

La neige tombe, en Belgique. Rarement, certes. Mais quand elle tombe, elle transforme tout. Les routes, les humeurs, les priorités. Et ces petites stations familiales, improbables et attachantes, se réveillent soudainement pour accueillir des milliers de personnes qui n’attendaient que ça.

Publicité

Alors non, la Belgique n’est pas une grande nation du ski alpin. Mais c’est un pays qui aime la neige avec une intensité rare, précisément parce qu’elle se fait désirer. Et chaque hiver, on guette le moindre signe de son retour.

Peu de gens connaissent cette réalité. Maintenant, vous faites partie des rares qui savent.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *