Un YouTubeur débarque sur une île interdite avec un Coca et une noix de coco : il risque cinq ans de prison

Un YouTubeur américain de 24 ans a décidé de poser le pied sur l’une des îles les plus dangereuses et interdites de la planète. Son objectif : filmer une vidéo pour sa chaîne. Son kit de « premier contact » avec une tribu coupée du monde depuis des millénaires ? Une canette de Coca-Cola Light et une noix de coco. Résultat : une arrestation, une détention provisoire et un procès prévu le 29 avril. Il encourt jusqu’à cinq ans de prison.
L’île où aucun étranger ne revient vivant
North Sentinel. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais c’est l’un des endroits les plus fermés au monde. Cette petite île de l’archipel indien d’Andaman-et-Nicobar, dans le golfe du Bengale, abrite la tribu des Sentinelles : environ 150 autochtones qui vivent en totale autarcie depuis des milliers d’années. Aucun contact pacifique n’a jamais été établi avec eux.

L’Inde a interdit toute approche de l’île. Et ce n’est pas une formalité administrative. En 2018, un missionnaire américain nommé John Allen Chau avait tenté de rejoindre North Sentinel pour évangéliser la tribu. Il a été tué par des flèches dès son arrivée sur le rivage. Les garde-côtes indiens n’ont jamais pu récupérer son corps.
La loi indienne de protection des tribus aborigènes des îles Andaman-et-Nicobar est très claire : pénétrer dans les zones tribales protégées est un délit grave, passible de cinq ans d’emprisonnement et d’une lourde amende, comme le rappelle le Times of India. Cette loi ne protège pas seulement la tribu : elle protège aussi ceux qui seraient assez inconscients pour s’en approcher.
Mais ça, visiblement, Mykhailo Viktorovych Polyakov le savait très bien. Et c’est justement ce qui l’intéressait.
Trois tentatives pour atteindre l’île interdite
Le YouTubeur n’a pas débarqué sur North Sentinel sur un coup de tête. Selon la police indienne, il s’agissait de sa troisième tentative. En octobre 2024, il avait d’abord essayé de rallier l’île… à bord d’un kayak gonflable. Le personnel d’un hôtel local l’avait repéré et intercepté avant qu’il ne prenne le large.

Pas découragé, il avait retenu en janvier 2025 pour une deuxième tentative. Nouvel échec. Mais la troisième fois a été la bonne – ou la mauvaise, selon le point de vue. Cette fois, il a réussi à se rendre sur place en bateau. D’après HGS Dhaliwal, responsable de la police d’Andaman-et-Nicobar, Polyakov a sifflé au large de l’île pendant environ une heure pour attirer l’attention des Sentinelles.
Puis il a accosté. Cinq minutes sur le rivage. Juste le temps de déposer ses « offrandes » – la fameuse noix de coco et la canette de Coca Light –, de collecter des échantillons de sable et de filmer une vidéo. Avant de remonter dans son bateau et de s’éloigner. Le tout, sachant qu’un homme avait été tué exactement au même endroit six ans plus tôt, pour la même raison.
Ce n’est pas du courage. C’est du contenu.
L’arrestation et le refus de libération sous caution
Les autorités indiennes ont annoncé l’arrestation de Mykhailo Polyakov le 4 avril 2025. Il a d’abord passé trois jours en garde à vue pour un interrogatoire complémentaire, selon la police locale. L’affaire a immédiatement fait le tour du monde : un YouTubeur américain arrêté en Inde pour avoir tenté de contacter une tribu isolée avec une canette de soda, le genre de fait divers qui fait les gros titres de la presse internationale.
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Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. D’après le média britannique Metro, citant le Times, le YouTubeur s’est vu refuser une libération sous caution mi-avril. Il est resté en détention provisoire. Son procès a été fixé au 29 avril. L’accusation est limpide : violation de la loi de protection des tribus aborigènes. Peine maximale : cinq ans ferme.
Pourtant, depuis sa cellule ou après une éventuelle remise en liberté, le jeune homme de 24 ans ne semble absolument pas avoir l’intention de se faire oublier. Bien au contraire.
Une vidéo publiée en plein procès
Après plus d’un an sans poster la moindre vidéo sur YouTube, Polyakov a publié en janvier une bande-annonce de son aventure indienne. Le teasing ultime avant la tempête judiciaire. Puis, le 21 avril – soit huit jours avant la date de son procès –, la « partie 1 » d’une vidéo intitulée « La dernière île » est apparue sur sa chaîne.

Dans cette vidéo, l’Américain revient sur son arrestation, qui a fait les titres partout dans le monde, et raconte les débuts de sa tentative de contact avec la tribu des Sentinelles. Il détaille notamment sa première excursion, plusieurs mois avant son débarquement réussi sur l’île. Le tout filmé, monté, mis en scène. Le fait qu’il risque la prison ne l’empêche visiblement pas de monétiser l’histoire.
Sur sa chaîne, Polyakov se présente comme un adepte de voyages extrêmes. Il a notamment mis en ligne des vidéos d’une visite en Afghanistan où il affirme avoir rencontré des membres des talibans. Le schéma est toujours le même : se rendre dans les endroits les plus dangereux ou interdits de la planète, filmer, publier. Comme un métier à haut risque dont le salaire se mesure en vues et en abonnés.
Le vrai problème derrière la vidéo
Au-delà du buzz, cette affaire pose une question de fond. Les Sentinelles n’ont jamais demandé à être filmés. Ils n’ont jamais demandé de Coca Light. Chaque contact extérieur représente pour eux un risque sanitaire potentiellement mortel : leur système immunitaire n’a jamais été exposé aux maladies du monde moderne. Un simple rhume pourrait décimer la tribu entière.
C’est précisément pour cette raison que l’Inde a érigé un périmètre d’exclusion aussi strict autour de North Sentinel. La loi n’existe pas pour punir les touristes curieux : elle existe parce qu’un contact non contrôlé pourrait provoquer un désastre irréversible pour l’une des dernières communautés humaines totalement isolées de la planète.
En publiant ses vidéos, Polyakov ne risque pas seulement la prison. Il transforme en spectacle un lieu que la plupart des anthropologues considèrent comme sacré. Et surtout, il donne potentiellement à d’autres l’envie de tenter la même chose. Quand John Allen Chau a été tué en 2018, l’affaire avait pourtant servi de leçon. Visiblement, sept ans et des millions de vues plus tard, cette leçon n’a pas suffi.
Le verdict attendu le 29 avril pourrait bien envoyer un message plus clair.