Les 8 métiers les plus exercés en France par des femmes : le numéro 1 n’est pas infirmière
On croit tous connaître la réponse. Infirmière, institutrice, aide-soignante… Les clichés ont la vie dure. Mais quand on plonge dans les données de l’INSEE et du ministère du Travail, le classement réel des métiers les plus féminisés de France réserve au moins deux grosses surprises. Et le numéro 1 regroupe à lui seul plus d’un million de femmes en activité.

Un marché du travail encore très segmenté
En France, 48 % de la population active est féminine. Pourtant, selon les chiffres de la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques), la moitié des femmes qui travaillent se concentrent dans seulement 12 familles de métiers sur les 87 recensées officiellement.
Autrement dit, la diversité professionnelle des femmes reste bien plus étroite que celle des hommes. Et certains secteurs, comme la santé ou l’éducation, accaparent une part démesurée des emplois féminins. Mais le podium, lui, réserve quelques chocs.
Positions 8 et 7 : deux piliers de l’éducation nationale
8e place : les enseignantes du secondaire. Plus de 215 000 femmes occupent un poste de professeure dans les collèges et lycées français, selon les données du ministère de l’Éducation nationale. Le taux de féminisation atteint 58 % dans le secondaire — une majorité solide, mais loin d’un monopole.
7e place : les enseignantes du primaire. À l’école élémentaire et en maternelle, la proportion s’envole : 83 % des enseignants sont des femmes. En chiffres absolus, cela représente environ 280 000 professeures des écoles. Un chiffre qui a très peu bougé en dix ans malgré des campagnes pour attirer davantage d’hommes dans ce secteur.

Positions 6 et 5 : santé et soin, mais pas celles qu’on attend
6e place : les aides à domicile. Ce métier, souvent invisible dans les statistiques grand public, emploie pourtant près de 320 000 femmes en France. Le taux de féminisation dépasse 95 % — l’un des plus élevés de toute la nomenclature des métiers. Et avec le vieillissement de la population, ce chiffre devrait encore grimper : les projections de France Stratégie prévoient 100 000 postes supplémentaires d’ici 2030. Si tu t’intéresses aux écarts de salaires entre villes, note que ce métier figure parmi les moins rémunérés de France, avec un salaire médian autour de 950 € nets mensuels pour un temps partiel subi.
5e place : les infirmières. Oui, elles arrivent… cinquième. Pas première, pas deuxième. Environ 360 000 femmes exercent comme infirmières salariées en France. Le taux de féminisation est de 87 %. Très élevé, certes, mais le volume total ne suffit pas à hisser ce métier au sommet — d’autres professions drainent des effectifs bien plus massifs.
Position 4 : le grand oublié des classements
4e place : les agentes d’entretien et de nettoyage. Plus de 430 000 femmes travaillent dans le secteur du nettoyage en France, soit un taux de féminisation de 72 %. Ce chiffre surprend souvent, car le secteur reste peu médiatisé. Pourtant, derrière les bureaux propres et les sols brillants du matin, une armée quasi invisible de femmes — souvent précaires, souvent à temps partiel — assure l’essentiel.
Le secteur a connu une légère revalorisation salariale après la crise Covid, les « premiers de corvée » ayant été temporairement mis en lumière. Mais les salaires médians restent proches du SMIC pour la grande majorité.

La médaille de bronze qui ne surprendra personne
3e place : les aides-soignantes. Environ 490 000 femmes exercent ce métier en France, avec un taux de féminisation de 91 %. C’est la profession de santé la plus exercée par des femmes en volume pur — devant les infirmières, donc. Les aides-soignantes interviennent aussi bien en hôpital qu’en EHPAD ou à domicile. Un secteur sous tension permanente, avec des déficits de recrutement records dans certains départements comme la Seine-Saint-Denis ou la Creuse.
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Si le sujet du coût de la vie et des salaires en France t’intéresse, sache que le budget d’une institutrice à 2 150 € nets reste supérieur à celui de beaucoup d’aides-soignantes — malgré la pénibilité comparable des deux métiers.
La médaille d’argent : 750 000 femmes dans un seul secteur
2e place : les employées de commerce. Caissières, vendeuses, conseillères en magasin… Ce groupe massif rassemble plus de 750 000 femmes selon la DARES, avec un taux de féminisation de 76 %. Le commerce de détail est l’un des premiers employeurs féminins de France, mais aussi l’un des secteurs où le temps partiel subi est le plus répandu — près de 40 % des postes selon la DARES.
C’est aussi un secteur en pleine mutation : l’essor du e-commerce et la fermeture progressive de nombreuses enseignes physiques font peser une menace réelle sur ces 750 000 emplois. La fermeture de grandes surfaces à Paris illustre bien cette tendance de fond qui frappe en premier les emplois de caisse et de vente.

Le numéro 1 : plus d’un million de femmes, et personne ne l’aurait deviné
1re place : les assistantes maternelles et gardiennes d’enfants. Avec plus de 1,1 million de femmes recensées (assistantes maternelles agréées incluses), c’est le métier le plus exercé par des femmes en France. Loin devant tout le monde. Le taux de féminisation flirte avec les 98 %.
Ce chiffre est souvent sous-estimé parce qu’une grande partie de ces femmes travaillent à leur domicile, hors des radars des statistiques traditionnelles de l’emploi salarié. Leur statut hybride — ni fonctionnaire, ni salariée classique — les rend presque invisibles dans les débats publics.
Pourtant, elles forment le premier filet de garde d’enfants du pays, bien avant les crèches collectives. Et leur rémunération, encadrée par une convention collective spécifique, reste l’une des plus basses de France rapportée aux qualifications exigées. Au regard du seuil de richesse en France en 2025, la quasi-totalité de ces femmes se situent bien en dessous de la médiane nationale.
Ce que ce classement dit vraiment de la France
Regarde ce top 8 dans son ensemble : soin, éducation, nettoyage, commerce, garde d’enfants. Ce sont presque exclusivement des métiers du lien, du service, de la prise en charge des autres. Des métiers essentiels, mais historiquement sous-valorisés.
La France a beau afficher des discours sur l’égalité professionnelle, les données de l’INSEE confirment que la ségrégation par métier reste très forte — et qu’elle se double d’une ségrégation salariale. Les dix métiers les plus féminisés affichent en moyenne un salaire médian inférieur de 22 % à celui des dix métiers les plus masculins.
Un chiffre à méditer. Et toi, tu avais deviné le numéro 1 ?